Billet du 24 septembre 2021 : Les couleurs qui changent et celles qui demeurent

Si les arbres prennent de nouvelles couleurs, certains paysages conservent les mêmes. C’est le cas, notamment, sur une certaine colline ottavienne.

En anglais, a win-win situation est une expression consacrée qui signifie que tout le monde gagne quelque chose. Dans le cas inverse, des anglophones se permettent d’évoquer a lose-lose situation, un pendant moins usité. En français, la locution gagnant-gagnant est acceptée, mais n’est pas recommandée par l’Office québécois de la langue française. Quant à perdant-perdant, l’expression ne trouve aucune place dans le paysage linguistique francophone.

Elle qualifierait pourtant très bien la situation vécue par les principaux partis politiques fédéraux, cette semaine. Comme les arbres qui se verront bientôt dépouillés de leurs feuilles, tout le monde a perdu quelque chose dans cette 44e élection canadienne. 

Justin Trudeau et Yves-François Blanchet ont perdu leur pari respectif. Le premier visait un gouvernement majoritaire. Son gain de deux sièges s’est avéré insuffisant pour le lui accorder. Le second avait affirmé, en début de campagne, que son parti remporterait huit circonscriptions supplémentaires, pour porter sa députation à 40. Selon les chiffres d’hier, il devra se contenter d’une seul, pour un total de 33.

Erin O’Tool a perdu beaucoup. Non seulement doit-il faire le deuil de deux sièges au parlement, mais ses positions plus modérées que celles de ses prédécesseurs lui ont coûté la confiance d’un bon nombre de ses militants.

Le leadership d’Annamie Paul ne survivra pas à la guerre intestine qu’elle a elle-même alimentée avec le Parti vert. Ce dernier a perdu le tiers de sa députation et aurait doublé cette perte, n’eût été l’élection surprise d’un de ses candidats, à la suite du désistement d’un adversaire libéral.

Jagmeet Singh est à priori celui qui semble avoir le moins perdu. Son parti a en effet gagné un siège et presque deux points de pourcentage au vote populaire. Il s’est aussi, de toute évidence, assuré la balance du pouvoir. Mais malgré l’excellence de sa campagne électorale, le chef néo-démocrate a probablement perdu dans l’urne une quantité importante d’appuis, le vote progressiste préférant se ranger du côté des libéraux plutôt que de risquer un éventuel gouvernement conservateur.

Quant à Maxime Bernier, avec 5 % du vote populaire et aucun candidat élu, il s’est permis une allocution qui ressemblait à s’y méprendre à un discours de victoire. Il a ainsi perdu toute crédibilité.


Donc, si tout le monde a perdu quelque chose, qui sort gagnant ? À mon humble avis, c’est la démocratie. La population canadienne a clairement indiqué au premier ministre, de même qu’aux autres chefs de partis, qui décidait de la composition du parlement. En dessinant une Chambre des communes aux couleurs identiques à celles qui avaient précédé le déclenchement des élections, le peuple a démontré qu’il y trouvait son compte dans un gouvernement minoritaire. Les formations politiques, jusqu’à nouvel ordre, devront s’y faire.


Dans le cours de français

«Inscrivez à votre agenda que vous aurez un examen sur les pentagones.»

Comment doit-on prononcer les mots soulignés ? Le mot examen ne cause pas trop de soucis. À peu près tout le monde prononce ég-za-min ou èg-za-min. Mais qu’en est-il des deux autres ? Doit-on dire a-jin-da ou a-jan-da ? Pin-ta-gonn ou pan-ta-gonn ?

Les deux prononciations sont-elles possibles ? La réponse est non. Du moins, pas dans cet exemple. Le en dans agenda et dans pentagone doit se dire in. C’est donc a-jin-da et pin-ta-gonn

Parmi les autres mots dont le en doit obligatoirement se prononcer in, on trouve appendice, magenta et rhododendron. Dans ce dernier cas, admettons que l’erreur est fréquente.

Entendre la prononciation de rhododendron.

Il existe quand même une série de mots avec en pour lesquels les deux prononciations sont acceptées. Parmi eux, notons consensus, référendum et mentor. Toutefois, le mot mentorat doit se prononcer man-to-ra.

Même si la langue française me le permet, je préfère éviter de me prétendre min-tor !


Dans le cours d’univers social

Qu’ont en commun Israël, le Royaume-Uni et la province de l’Alberta, au Canada ? Les trois endroits présentent actuellement un taux élevé d’infections et d’hospitalisations en lien avec la COVID-19, malgré des statistiques de vaccination dépassant les 60 % de leur population. Mais ils s’apparentent aussi sur autre chose : une levée rapide des mesures sanitaires une fois ce pourcentage atteint.

Autre donnée importante, la moyenne d’âge des personnes non vaccinées est très basse, la presque totalité des enfants n’ayant pas reçu une première dose. Les personnes gravement atteintes, dans cette quatrième vague, sont beaucoup plus jeunes que celles des deux premières.

Les scientifiques le répètent, le vaccin est un moyen efficace de contrer le coronavirus, mais reste un moyen parmi d’autres. Le port du couvre-visage dans les endroits publics, la distanciation physique et le lavage fréquent des mains doivent demeurer des habitudes de vie, jusqu’à ce que la pandémie se soit grandement essoufflée à travers la planète.

Nous en avons encore pour un certain temps, mais on peut se permettre d’espérer.


Dans le cours de musique

Quand j’ai entendu les premières notes de la chanson Dynamite, j’ai pensé à Marjo et à Corbeau. Quand j’ai entendu les suivantes, c’est le groupe français Niagara qui m’est venu en tête. Malgré cela, la musique de Cynthia Veilleux, alias Feu toute !, livre un ensemble original et entraînant. Le rythme est rock, le son est pur. La pièce est extraite de son premier album, Parade nuptiale (Dance With Me), sorti en avril dernier.

Feu toute! – Dynamite – Parade nuptiale (Dance With Me) – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

C’est une excellente nouvelle, cette semaine, alors qu’Hydro-Québec a officiellement paraphé une entente de 25 ans avec l’État de New York, afin de fournir de l’électricité sur le territoire de ce dernier. Non seulement le contrat devrait rapporter plus de 20 milliards $ à la société d’état québécoise, aux dires du premier ministre François Legault, mais il permettra à plus d’un million de foyers new-yorkais de passer d’une énergie fossile à une énergie propre. Ce changement s’inscrit d’ailleurs dans un exercice de lutte aux changements climatiques, selon la nouvelle gouverneure Kathy Hochul. Rappelons que New York a récemment subi des inondations meurtrières.

Il a aussi été annoncé que le projet s’accomplira en collaboration avec au moins un groupe autochtone. Bien que la construction de nouveaux barrages demeure une possibilité dans un avenir plus lointain, rien en ce sens n’est prévu pour le moment. La pièce de théâtre documentaire J’aime Hydro, de Christine Beaulieu et Annabel Soutar, dénonce d’ailleurs le fait que la société gouvernementale produise beaucoup trop d’électricité en comparaison aux besoins requis par sa clientèle. La nouvelle entente devrait ainsi permettre d’éliminer certains surplus et de rétablir un meilleur équilibre.

Lire le communiqué d’Hydro-Québec.

Écouter J’aime Hydro sur Ohdio.


Billet du 15 mai 2020 : Haut les masques !

Après l’école

La journée est terminée. Les travaux aussi. Je peux enfin prendre du temps pour moi. Je suis seul chez moi. Je mets de la musique et je danse. Jusqu’ici, ça va ? Je continue.

En ce temps de confinement, un ami m’appelle en vidéoconférence. Il voit que je danse. Nous décidons de nous amuser et de monter une chorégraphie à distance. Ça va toujours ?

Une fois la chorégraphie complétée, nous nous installons chacun devant l’écran de notre tablette électronique, nous exécutons la chorégraphie chacun de notre côté et nous rions beaucoup. À distance. Un problème ?

Mon ami propose de refaire la danse, de l’enregistrer et de la déposer sur sa chaîne YouTube. D’accord, là, peut-être que ça en chatouillera certains. Parce que sur mon lieu de travail, je dois maintenir une certaine prestance. Mais je décide d’y aller quand même ! Je suis chez moi, après le travail, et je ne fais qu’une vidéo de danse, après tout.

Tout ce qu’il y a de plus légal, honnête, drôle et sain. Oui, sain. Parce qu’enfin, j’ai l’occasion de me détendre.

Ceci est une histoire vécue. Pas par moi, mais par quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui a été blessé parce qu’on lui a reproché de se laisser aller publiquement, alors qu’il avait encore beaucoup de travail à faire. Pourtant, sa journée de travail était terminée. Cette même personne a été meurtrie. Meurtrie d’avoir été pointée du doigt parce qu’elle s’amusait, alors que des gens mouraient. Pourtant, quiconque s’amuse ou se détend le fait pendant que d’autres gens meurent. Peu importe le moment ou le lieu. Ainsi va la vie.

Et à celles et ceux qui seraient tentés de condamner cette personne parce qu’elle s’exhibe en dansant ou en remerciant un entrepreneur qui lui a fait parvenir six cannettes de bière, dites-vous que ceci est bien peu de choses, en cette ère de vedettariat instantané et de télé-réalité.

La question qu’il faut se poser est la suivante : Avons-nous confiance en cette personne quand elle est au travail ?

En ce qui me concerne, c’est clair. Le docteur Arruda a toute ma confiance. Ce qu’il fait chez lui, à l’extérieur de ses heures de travail, ne regarde que lui.


Dans le cours d’univers social

Dans mon billet de la semaine dernière, je faisais état du grand succès de la Corée du Sud à gérer la crise de la COVID-19. Sans statuer sur ce que constitue une bonne ou une mauvaise décision pour ce faire, ce n’est pas mon rôle et je n’en ai pas les compétences, j’avais tout de même dressé une liste des actions prises par cet état oriental. En tête de liste, un dépistage massif et le port généralisé du couvre-visage.

Depuis la semaine dernière, deux éléments en lien avec le contenu de mon billet sont venus ponctuer l’actualité. D’abord, le pays a procédé à la fermeture de tous ses bars et restaurants, après qu’un client eut infecté à lui seul une soixantaine de personnes en se rendant dans certains de ces établissements. Ensuite, le Québec a orienté deux de ses stratégies de la semaine vers… une hausse des tests de dépistage et une forte incitation au port du couvre-visage.


Dans le cours de mathématiques

Le directeur national de la santé publique du Québec, le docteur Horacio Arruda, martèle depuis deux semaines qu’il veut voir passer le nombre quotidien de tests de dépistage de 6 000 à 13 000. Mercredi de cette semaine, on n’y était toujours pas parvenu, ce qui a soulevé l’ire du premier ministre, lors du point de presse du jour. François Legault a cependant tenu à relativiser la situation, en lançant quelques chiffres sur la performance du Québec au niveau du dépistage, si on la compare aux autres provinces canadiennes.

Là-dessus, il a raison, comme le démontre le tableau suivant :

Toutefois, tant qu’à se comparer, aussi bien le faire avec les meilleurs. Une recherche en ligne permet de trouver facilement les pays offrant le meilleur taux de dépistage de la COVID-19 parmi ses citoyens. Sur le graphique, en plus du Québec et du Canada, j’ai ajouté, toujours pour fins de comparaison, les États-Unis, la France et la Corée du Sud. En disposant les données dans ce tableau, voici ce que ça donne :

Source : Our World in Data. Selon l’endroit, les données sont celles du 11, 12 ou 13 mai 2020.

Les pays dont nous entendons beaucoup parler se trouvent loin derrière l’Islande, le Bahreïn et le Luxembourg quant au nombre de personnes testées par bloc de 100 000 habitants.

À mon tour, je relativiserai deux éléments. Le premier est que je suis conscient que le nombre d’habitants au kilomètre carré diffère grandement d’un endroit à l’autre. Malgré les chiffres associés au dépistage, ceci peut avoir une incidence importante sur le taux de transmission du virus.

Le deuxième élément, c’est que le taux de dépistage ne peut expliquer à lui seul les succès ou insuccès d’un état au niveau de sa lutte à la COVID-19. À preuve, la Belgique et le Portugal ont beaucoup testé et présentent malgré tout un bilan peu reluisant. À l’inverse, la Corée du Sud, qui présente un des meilleurs bilans dans le monde, a beaucoup moins dépisté per capita, bien qu’en nombres absolus la quantité de personnes testées soit quotidiennement jusqu’à dix fois supérieure à celle du Québec.

C’est là que le masque entre en ligne de compte.

Dans le cours d’éthique et culture religieuse

C’est d’éthique dont il sera surtout question. De transparence, en particulier. Rappelez-vous au début de la crise, les autorités québécoises, tout comme celles de la France, répétaient à qui mieux mieux que le masque ne servait pas à grand chose. Aujourd’hui, on le « recommande fortement » et on jongle avec l’idée de l’imposer. À mots à peine couverts, on a laissé entendre qu’on avait craint la pénurie, en début de crise, et qu’on avait alors opté la stratégie de l’inutilité.

La transparence de François Legault, si appréciée en mars et en avril, commence à s’embuer un peu. Et si je maintiens que ses actions et ses décisions demeurent dignes de confiance, une partie de la population québécoise commence à penser autrement, si on en croit le dernier sondage hebdomadaire de la firme Léger. Avec un pourcentage de satisfaction qui frôlait la perfection à 95% le 13 avril dernier, le premier ministre a vu ce pourcentage s’effriter à 92% le 20 avril, 91% le 27 avril, 88% le 4 mai et 77% le 11 mai. Notez que cette dernière marque ferait quand même l’envie d’un bon nombre de chefs d’états, mais la chute de 18 points en l’espace de quelques semaines a tout de même fait glisser François Legault du premier au quatrième rang des premiers ministres canadiens, derrière John Horgan, Scott Moe et Doug Ford.

Néanmoins, je ne peux aucunement blâmer le duo Arruda-Legault d’avoir agi de cette façon au sujet des masques. Si de simples rumeurs ont réussi à créer des pénuries de papier hygiénique, de farine et de sachets de levure partout au Québec, en mars et en avril, imaginez ce qu’une réelle préoccupation sur l’utilisation des masques aurait pu causer comme tort au domaine médical et à la suite des choses. De deux maux, il faut choisir le moindre et assumer les conséquences du choix.


Dans le cours de sciences et technologie

En quoi le couvre-visage est-il utile ? Des images ont circulé sur Internet, au cours des dernières semaines. J’en publierai une ici, après une mise en garde, cependant. Si l’utilité des masques est convenablement présentée dans cette succession de pictogrammes, les pourcentages qui les accompagnent ne sont pas scientifiquement démontrés. Plusieurs sources ont pris la peine de le mentionner.

Alors tenez compte de ce qui suit, mais ne vous accrochez pas trop sur les chiffres. Et surtout, par respect pour les autres, prenez l’habitude de porter un couvre-visage quand vous sortez.


Dans le cours de sciences et technologie, 2e période

Cette semaine, un ami a publié quelque chose d’intéressant sur ses réseaux sociaux. Il a en fait exprimé une crainte tout à fait légitime. Le site du gouvernement du Canada se veut cependant rassurant.

Mon ami revenait sur le fait que le coronavirus pouvait se transmettre d’humain à animal. Il s’inquiétait ainsi de la possibilité de voir le virus s’attaquer aux fermes d’élevage. Il imaginait déjà la catastrophe, étant donné la difficulté, voire l’impossibilité de maintenir un troupeau de bêtes à distance de deux mètres dans un enclos.

Le site canadien de la santé publique minimise les risques, du moins pour le moment. S’il est vrai que quelques cas de transmission de la COVID-19 d’un humain à un animal ont jusqu’à présent été recensés, rien ne permet d’affirmer que l’inverse est possible. Ainsi, malgré ce qu’on a pu lire ou entendre au sujet des chauves-souris et des pangolins, rien ne prouve pour l’instant qu’un animal pourrait transmettre la maladie à un humain. On continue d’étudier la question. Également, quelques études auraient avancé que les porcs, les canards et les poulets ne seraient pas sensibles au virus.

Plusieurs études demeurent à l’état embryonnaire et des conclusions devraient être publiées au cours des prochains mois.


Dans le cours de musique

Mon premier contact avec Catherine Major remonte à une douzaine d’années. Elle assurait alors la première partie d’un spectacle de Michel Fugain, auquel je m’étais rendu assister. Tout m’a séduit chez elle. Sa musique, les paroles de ses chansons et, surtout, sa façon de les interpréter, avec une passion peu commune. J’ai eu le privilège de la revoir en spectacle et chaque fois, elle a su m’éblouir par sa générosité.

Aujourd’hui, 15 mai 2020, Catherine Major lance son 5e album, intitulé Carte mère. Grâce aux privilèges qu’offrent l’achat en ligne, il se trouve déjà dans mes listes de lecture ! En #MusiqueBleue cette semaine, c’est une chanson extraite de cet album que je vous propose. Elle a pour titre Moi non plus.

La bonne nouvelle de cette semaine

Elle sera brève. Mais si je me fie à ce que j’ai lu sur les réseaux sociaux depuis mercredi, elle fait de nombreux heureux. Ainsi, plusieurs sports, dont le tennis et le golf, pourront recommencer à être pratiqués dès la semaine prochaine, partout au Québec, incluant Montréal. Avec l’été qui approche, ceci constitue un baume sur les blessures des confinés, ainsi qu’un espoir de jours meilleurs pour tous.

Billet du 27 mars 2020 : Ce virus qui nous ouvre les yeux

Dans le cours de français

Nous baignons dans les paradoxes, depuis les derniers jours. La situation vécue mondialement nous plonge dans un univers surréel devant lequel nous assimilons ce qui nous arrive en même temps que nous réfléchissons aux tenants et aboutissants de l’avant et de l’après coronavirus. Cette condition, c’est dans un état de confinement que nous la vivons.

C’est ce qui amène le premier paradoxe.

Le mot confinement, vu comme un presque isolement, vient du latin confinium, qui signifie voisinage. Présentement, notre vie est tout, sauf voisinage. Se reclure est le mot d’ordre, pester contre les désobéissants fait partie de notre quotidien, nous qui revendiquons d’ordinaire le statut de rebelles. Autre paradoxe.

Dans la même famille que confinement et confiner, on note aussi le nom masculin pluriel confins. Se rendre aux confins d’un endroit, d’un territoire, c’est atteindre ses limites. C’est se rendre loin. Alors que demeurer confiné chez soi, c’est rester où on est. Encore un paradoxe.

Et pour reprendre les mots d’Alain Rey, les confins de la langue française, c’est le monde. C’est vaste !

Dans le cours d’éthique et culture religieuse

La COVID-19 bouleverse l’humanité, je ne vous l’apprends pas. La peur envahit une majorité, mais les craintes se répandent partout. Alors que l’humain est programmé pour se montrer réfractaire aux changements, voilà qu’à peu près tout a basculé en l’espace de quelques semaines. Avant la relâche scolaire, le Canada présentait des statistiques de plein emploi. Au cours des dix derniers jours, on y a vu apparaître plus d’un million de nouveaux chômeurs.

Pourtant, paradoxe, la morosité demeure bien enfouie et ce sont des sourires que l’on constate sur la plupart des visages. Bien sûr, les ruées dans les épiceries et magasins à grande surface ont donné lieu à quelques engueulades et scènes disgracieuses, mais de façon générale, la résilience accomplit très bien son oeuvre.

Je constate personnellement deux chambardements majeurs. Le premier, c’est qu’une égalité sociale vient de s’établir. Peu importe son statut, tout le monde vit cette situation de la même façon. La chanteuse Madonna l’explique plutôt bien dans cette vidéo, diffusée dimanche dernier. Et la réaction négative de certains puissants de ce monde, dont au moins un a ouvertement réclamé des sacrifices humains pour épargner l’économie de son pays, confirme cet état de fait. Leur peur est palpable.

Le second élément que je constate, c’est que la pause imposée par les différents gouvernements s’applique au sens large. D’abord, beaucoup prennent le temps de marcher, de passer du temps en famille, de lire, de ressortir les jeux de société, de réapprendre à cuisiner, bref, de vivre.

Mais au-delà de ce que chacun vit personnellement, on peut aussi constater des changements sociaux qui étaient impensables, il y a quelques jours à peine. Par exemple, plusieurs états en conflit observent actuellement une trêve, gouvernements et oppositions travaillent main dans la main, les faits divers ont pratiquement disparu des bulletins de nouvelles, le prix de l’essence a chuté de manière radicale et la pollution a diminué considérablement. Moins d’automobiles, presque plus d’avions dans le ciel, les usines fermées, tout ceci fait en sorte que l’air est soudainement devenu plus pur et qu’on entend très bien les chants des oiseaux, en ce début de printemps.

Et les nombreux arcs-en-ciel, dessinés par les enfants et leurs parents avant d’être affichés dans les fenêtres des maisons, n’est qu’un exemple parmi d’autres de la grande démonstration de solidarité dont nous sommes témoins. La collaboration des institutions financières, des gouvernements et des administrations municipales, pour alléger le fardeau financier des affligés, en est un autre.

Bien sûr, l’humanité viendra à bout de ce virus et la vie finira par reprendre son cours. Mais il aura certainement réussi à marquer l’histoire. Et ce ralentissement de rythme, cette liberté que nous goûtons en ce moment, malgré les craintes et incertitudes, aurons-nous envie d’en conserver un morceau lorsque la machine se remettra à fonctionner à plein régime ? Je le souhaite.

Il n’en tient qu’à nous d’exprimer haut et fort ce que nous voulons et ce que nous ne voulons plus. Si la force et le courage manquaient aux représentants de ma génération pour pouvoir le faire, je suis d’avis que les générations qui nous suivent, celle de mes enfants et celle de mes élèves, sauront nous rappeler à l’ordre. Parce qu’ils découvrent maintenant les beautés que nos ascendants et nous n’avons pas su entretenir et conserver, pour mieux les leur léguer.

La bonne nouvelle de cette semaine

Tous ces concerts gratuits, qui nous sont offerts par différents artistes, pour égayer nos journées de confinement. Chris de Burgh nous en présente un quotidien sur sa page Facebook, mais plusieurs autres, dont Francis Cabrel, Coldplay, Matthieu Chédid, Fred Pellerin, Neil Diamond, Alfa Rococo et Yannick Nézet-Séguin, pour ne nommer que ceux-là, ont gracieusement offert leurs prestations.

Bravo et merci.

Billet du 20 mars 2020 : En confinement non barricadé

Dans le cours de français

Un cours de français à la maison, cette semaine, la COVID-19 nous confinant tous dans nos quartiers. Et mon crayon de correction s’attardera aux publications de deux influenceurs, dans ce billet.

#LeProfCorrige

Ici, je ferai abstraction du deuxième paragraphe, dans lequel Madame Longpré a volontairement employé à l’écrit des expressions du parler québécois. Je me préoccuperai plutôt de l’autocorrection de sa première phrase, ainsi que de sa dernière ligne.

Premièrement, il ne fallait pas corriger le mot négatif en le remplaçant par son féminin, encore moins par « negative », en omettant son accent. Ce n’est pas la famille qui est négative, du moins je l’espère, mais le résultat du test ou du contrôle. Il aurait donc été préférable de lire « Nous avons tous obtenu un résultat négatif à la COVID-19 », mais la forme première, avec le résultat en sous-entendu, était acceptable. Aussi, COVID-19 étant semble-t-il de genre féminin, il doit en être de même de son déterminant.

À la dernière ligne, cependant, il aurait fallu lire « Nulle part » et non « Nul part ». Le nom part, féminin singulier, appelle l’adjectif qui l’accompagne à s’accorder de la même façon.

#LeProfCorrige

Ici, plusieurs erreurs. Allons-y ligne par ligne.

Sur la première ligne, on aurait dû lire « snowbirds », avec la marque du pluriel.

Sur la troisième ligne, une coquille a transformé le voisin en voison.

Sur la quatrième ligne, il aurait fallu voir « est allé changé ses pneus », avec le déterminant possessif ses et non le déterminant démonstratif ces.

Sur la cinquième ligne, finalement, le monde, nom collectif singulier, est tellement inconscient, selon Monsieur Primeau. Conjuguer le verbe à la troisième personne du pluriel est une erreur.

Dans le cours de mathématiques (ou les statistiques de Trevor Timmins, 2e partie)

Dans mon billet du 6 mars dernier, je lançais quelques statistiques pour étayer mes interrogations concernant le travail de Trevor Timmins, le directeur du recrutement chez les Canadiens de Montréal. J’y mentionnais, entre autres choses, que depuis son entrée en fonction, en 2003, ce sont 21 joueurs repêchés par Timmins qui ont joué 240 matchs ou plus dans la LNH. De ce nombre, toutefois, 17 ont été sélectionnés entre 2003 et 2007. Ce qui implique que depuis 2008, soit depuis 12 ans, seulement quatre joueurs repêchés par le Tricolore ont participé à 240 joutes ou plus avec la grande équipe.

Dans les heures qui ont suivi la publication, on me demandait où se situait la formation montréalaise si on la comparait aux autres équipes, à ce niveau. J’ai ainsi repris le même exercice, cette fois avec les Bruins de Boston, les Blackhawks de Chicago et les Penguins de Pittsburgh. Pourquoi ces trois équipes ? Simplement parce que depuis 2003, ce sont les trois équipes qui ont le plus souvent participé à une finale de la Coupe Stanley. Tant qu’à comparer les Canadiens, aussi bien le faire avec les meilleures équipes.

Qui plus est, les Blackhawks de Chicago sont l’équipe avec laquelle Marc Bergevin a acquis son expérience de gestionnaire, avec de devenir directeur général.

Voici quelques tableaux.

D’abord, on remarque que mis à part les Blackhawks, qui ont vraiment fait une bonne provision de joueurs, les équipes en ont sensiblement repêché le même nombre entre 2003 et 2016. J’ai arrêté en 2016 car aucun joueur sélectionné à partir de 2017 n’a encore joué 240 matchs dans la LNH.

Ensuite, on découvre en regardant ces tableaux que Boston et Pittsburgh n’ont pas vraiment connu plus de succès que Montréal dans leurs repêchages, entre 2008 et 2016. Et de 2003 à 2007, les Canadiens ont largement eu le dessus sur les trois autres formations. Au niveau des chiffres, du moins. Parce que c’est pourtant là que se situe une explication plausible pour justifier ses déboires.

Parmi les joueurs repêchés entre 2003 et 2007, combien sont toujours avec leur équipe originale ? Chez Boston, Chicago et Pittsburgh, suffisamment pour former des noyaux solides, autour desquels se sont greffés des joueurs complémentaires, à travers les années. On peut penser aux Bergeron, Krejci, Marchand, aux Seabrook, Crawford, Toews, Kane, aux Crosby, Malkin, Letang et quelques autres. Ils possèdent tous au moins une bague de la Coupe Stanley, sinon deux ou trois.

Chez le Canadien, un seul : Carey Price. Et il n’est pas prêt d’obtenir sa première bague.

Bien sûr, on peut reprocher à Bob Gainey d’avoir échangé Ryan McDonagh. On peut blâmer l’organisation de ne pas en avoir bien développé certains. On peut peut-être regretter les pertes de Streit, de Subban, de Halak et même de Pacioretty, s’il y en a qui ont des raisons de ne pas croire en Tatar et Suzuki. Mais quand ont voit les noms des frères Kostitsyn, des Lapierre, O’Byrne, Latendresse, Chipchura, Grabovski, D’Agostini et White, combien n’ont pas connu la grande carrière à laquelle nous étions en droit de nous attendre ?

Avez-vous répondu tous ? Moi aussi. Et les responsables du recrutement doivent en être en grande partie imputables.

La bonne nouvelle de cette semaine

Mes élèves diraient que c’est de ne pas avoir eu d’école. Mais je ne peux pas en classer la cause parmi les bonnes nouvelles. On pourrait également considérer les manifestations musicales ou enjouées des populations confinées en Europe. Tout comme on pourrait parler de cet élan de solidarité et de collaboration au Québec, en cette situation sans précédent dans laquelle le coronavirus nous plonge.

La meilleure nouvelle de la dernière semaine, en ce qui me concerne, c’est le retour à la liberté de la Sherbrookoise Édith Blais et de son compagnon Luca Tacchetto. Échapper à ses ravisseurs, après 15 mois de détention dans la brousse africaine, et toujours afficher une excellente santé, voilà qui réjouit des familles, des amis, une population. Et qui permet à d’autres d’espérer.