Billet du 28 mai 2021 : Retour à la vie

Et puis ? Remarquez-vous le changement ?

Personnellement, oui, je le sens. Le couvre-feu est maintenant chose du passé, au Québec. Les terrasses des restaurants rouvrent aujourd’hui et j’espère qu’elles seront bondées. Il y a quelques jours, c’est dans la boutique spécialisée d’où il provient que mon vélo a reçu sa mise au point. L’an dernier, j’avais dû y procéder moi-même. À moindres frais, certes, mais à moindre efficacité également.

Et en prime, le Canadien de Montréal jouera devant 2 500 spectateurs, demain, au Centre Bell. Ce sera une première en plus de quatorze mois pour une équipe sportive canadienne.

L’été s’annonce beau. À nous de voir, en poursuivant le respect des mesures sanitaires, à ce que le soleil continue de briller au-delà de la saison estivale.


Question de la semaine

Qu’ont en commun ces quatre images ?

Réponse au bas du billet, après la bonne nouvelle de cette semaine.


Dans le cours d’univers social

Ou dans le cours de littérature, c’est selon.

James Bond, ornithologue de renom, est celui qui a inspiré à Ian Flemming le nom de son célèbre, mais fictif, agent secret britannique. J’ai appris récemment que l’auteur avait puisé dans une autre source bien réelle plusieurs éléments descriptifs de l’agent 007. 

Le type s’appelait Dušan Popov, surnommé Tricycle, car il travaillait à la fois pour les Allemands, les Britanniques et les Serbes. Connaissance de Flemming, c’est devant ce dernier que Popov a misé l’entièreté de ses frais de mission à une table de baccarat, bluffant ainsi avec succès un riche client lithuanien. On dit aussi de cet agent triple qu’il était un grand séducteur. Ce sont là des éléments importants du roman Casino Royale, le premier d’une longue série signée Ian Flemming.

Ce genre d’anecdotes me passionne.


Dans le cours de français

Dimanche dernier, la chroniqueuse Annie-Soleil Proteau était présente sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle, afin de présenter son documentaire La dernière maison, qui sera diffusé sous peu. Le lendemain, son conjoint, l’homme politique Pascal Bérubé, a publié ceci sur Twitter :

Madame Proteau m’impressionne aussi. Ce qui me dérange, ce sont les fautes de français que son conjoint a publiées.

#LeProfCorrige

Ici, on aurait dû lire « … quand vous la rencontrez ». Le verbe doit se conjuguer à la 2e personne du pluriel, pas être mis à l’infinitif. Aussi, « Celle que vous avez vue à l’écran… », avec vue qui s’accorde au féminin avec le déterminant Celle, complément direct employé avec l’auxiliaire avoir et précédant le participe passé.

Je l’ai déjà mentionné, tout le monde a droit à l’erreur. Mais à défaut de se relire avant de publier, il faut savoir se corriger. Surtout quand, comme Monsieur Bérubé, on défend les couleurs d’un groupe politique qui se targue de bien promouvoir la langue française. Et surtout quand, comme Monsieur Bérubé, on est enseignant de formation.


Dans le cours de musique

J’ai complètement raté la sortie du plus récent album de Daniel Bélanger, l’automne dernier. C’est par hasard que j’en ai entendu un extrait, cette semaine. Ce que j’estime surtout chez Daniel Bélanger, c’est qu’il cherche d’abord à se faire plaisir. Ensuite, qui l’aime le suive ! S’il m’avait refroidi avec Déflaboxe, il y a une quinzaine d’années, j’ai vraiment apprécié le reste de son œuvre.

Cette fois, il nous arrive avec un premier titre instrumental. Il n’est pas sans rappeler les musiques de film et il évoque très certainement Ennio Morricone. L’album s’intitule Travelling et est enregistré en collaboration avec un orchestre dirigé par Achille Cassel. La pièce que je vous propose s’appelle Froide était la gâchette. Avec le banjo et la voix qui fredonne, on pense assurément aux westerns de Sergio Leone. 

Daniel Bélanger – Froide était la gâchette – Travelling – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Celle que je vous suggère cette fois est directement tirée de la chronique de Patrick Lagacé, dimanche dernier. Une histoire qui aurait pu s’avérer dramatique, mais qui, en parallèle, a donné lieu à un remarquable élan de solidarité humaine.

Lire Du vin et des miracles – La chronique de Patrick Lagacé du 23 mai 2021

Un couple de vignerons de l’Estrie en arrivait à une étape cruciale de l’entretien de ses vignes, à la cinquième année de sa viticulture. Un accident causant un important traumatisme crânien au fils adolescent de ce couple est venu perturber le calendrier, les parents devant se trouver à son chevet. Tout interrompre ruinerait probablement le travail des quatre premières années.

Un appel lancé par un ami du père à un autre vigneron a tôt fait de réunir une imposante main-d’œuvre des viticulteurs environnants, qui ont bénévolement procédé à la taille de la culture du vignoble des parents. Ces derniers ont ainsi pu concentrer leurs efforts au soutien de leur fils.

Après avoir frôlé la mort, ce dernier est maintenant hors de danger.


Réponse à la question de la semaine :

Qu’ont en commun les quatre images ? Elles représentent les quatre emblèmes officiels du Québec. Enfin, presque. Parce que si l’iris versicolore, le harfang des neiges et le bouleau jaune revendiquent déjà ce titre, ce n’est qu’après une adoption complète à l’Assemblée nationale que le papillon amiral se joindra à eux. Ceci se fera cependant très prochainement, puisque le projet de loi en ce sens a été déposé cette semaine par la députée d’Argenteuil. Son dépôt a été adopté à l’unanimité.


Image en titre du billet : Shutterstock


Billet du 4 décembre 2020 : Une semaine toute littéraire

Il faut souvent peu de choses pour semer le bonheur. Il y a quelques semaines, la directrice de l’école où j’enseigne, lors d’une rencontre avec mes élèves, leur suggérait d’écrire une lettre à leurs grands-parents et de la leur poster. Les communications ayant beaucoup évolué, le courrier personnel est pratiquement disparu de la réalité moderne. D’ailleurs, aucun de mes élèves, âgés de 11 et 12 ans, ne savait comment poster une lettre. Afin de favoriser les suites à sa suggestion, ma patronne m’a offert une roulette de timbres, dans les jours qui ont suivi.

J’ai donc saisi l’occasion pour démarrer ce projet d’écriture dans ma classe. Hier, nous avons marché jusqu’à une boîte postale située à proximité de l’école et chacun de mes 24 élèves a posté sa lettre. Au cours des prochains jours, autant de grands-parents ou de couples de grands-parents, isolés par les mesures sanitaires, recevront ces mots d’amour. Certains voleront jusqu’en France, au Brésil, au Maroc et en Haïti.

La magie de Noël demeure bien présente.


Dans le cours de français

Plusieurs événements liés à la littérature se sont déroulés, au cours des derniers jours. Outre le Salon du livre de Montréal, qui y est allé cette année d’une édition entièrement virtuelle, les prestigieux prix Goncourt et Renaudot ont été décernés cette semaine. Une première, le Renaudot 2020 de l’essai a été attribué à une Québécoise, Dominique Fortier, pour sa biographie de la poétesse Emily Dickinson. Le livre est intitulé Les villes de papier.


Dans le cours de français, deuxième période

Une association de libraires demande à des personnalités de diffuser une liste de suggestions de livres pour le congé des Fêtes. Parmi elles, le premier ministre du Québec, qui se plie volontiers à l’exercice. Ses suggestions de livres sont diffusées, au même titre que celles des autres personnalités impliquées. Mais comme l’actuel premier ministre n’a toujours pas reconnu que du racisme systémique était vécu au Québec, et aussi parce que parmi ses suggestions se trouve celle d’un auteur qui ne fait pas l’unanimité, l’association de libraires reçoit une série de menaces et d’invectives. Au point où elle décide de retirer les choix du premier ministre de sa liste de diffusion. Ce qui crée le tollé inverse. Les libraires reviennent donc sur leur décision, 24 heures plus tard, et diffusent de nouveau les choix du premier ministre.

C’est bien cela ?

Ah bon.


En tant que lecteur, je remercie François Legault pour sa liste littéraire, que je trouve fort intéressante. Oui, Mathieu Bock-Côté en fait partie. Et en effet, je suis plus souvent qu’autrement en désaccord avec ses positions que je trouve rétrogrades, exclusives et d’un nationalisme se rapprochant de celui des Le Pen. Mais je lis quand même Mathieu Bock-Côté ! Parce que, justement, je veux connaître et comprendre les arguments de celles et ceux dont les opinions diffèrent des miennes.

Quant à la position du premier ministre sur le racisme systémique, je propose d’en débattre sur une autre tribune que celle offerte par les libraires. Il me semble que ce serait plus pertinent.


Dans le cours de musique

Je fais une exception, cette semaine. Comme à l’habitude, j’irai de la présentation d’une musique toute québécoise. Cependant, plutôt que d’y aller avec une émergence artistique, je profiterai de l’espace que je m’offre chaque semaine pour rendre hommage au grand André Gagnon, décédé hier. Peu de gens le savent, mais André Gagnon est à l’origine de la musique de la plupart des chansons de La souris verte, une émission qui a bercé mon enfance. Il a passé sa carrière à composer des oeuvres originales ou à adapter celles d’autres compositeurs, comme Claude Léveillé, dans tous les styles. Son grand succès de l’album Neiges, Wow, s’inscrit dans la plus pure mouvance disco du milieu des années 1970. C’est toutefois un autre succès, tiré de l’album Le Saint-Laurent, que je vous propose en #musiquebleue. En hommage à un pianiste québécois de renommée mondiale, voici Un piano au soleil.


La bonne nouvelle de cette semaine

En septembre dernier, le chroniqueur Patrick Lagacé publiait un billet dans lequel il était question de deux frères jumeaux de 17 ans, originaires du Congo, qui pour suivre leurs cours à distance s’installaient aux abords d’une bibliothèque montréalaise, au froid, car c’était pour eux la seule manière de pouvoir bénéficier d’un réseau sans fil efficace. La chronique avait suscité une immense vague de réactions, de laquelle une campagne de sociofinancement a été mise sur pied afin de soutenir financièrement ces jeunes immigrants et leur mère.

La semaine dernière, Lagacé récidivait en publiant cette fois un reportage sur la mère des deux garçons. Plusieurs fois par an, notamment dans le cadre de cours d’univers social, je répète à mes élèves, exemples à l’appui, à quel point nous sommes chanceux de vivre ici, au Québec, au Canada. Non seulement le contenu de ce texte s’ajoutera-t-il à ma liste d’exemples, mais le courage et la volonté de cette mère d’offrir un bel avenir à ses fils est digne de mention dans ma rubrique de bonne nouvelle hebdomadaire.

Victime de violences au Congo, cette mère a profité d’une tournée au Canada de la troupe de danse dont elle faisait partie pour demander son statut de réfugiée. Les garçons, demeurés au Congo, étaient alors âgés de trois ans. Ils en avaient neuf lorsqu’après maintes démarches, leur mère les a revus, ici, à Montréal. Elle s’est rapidement adaptée à la vie québécoise en suivant, peu de temps après son arrivée, un cours pour devenir préposée aux bénéficiaire, métier qu’elle pratique depuis, toujours dans le même CHSLD. En ne maintenant qu’un lien téléphonique avec eux, elle s’est privée de la majeure partie de l’enfance de ses fils. Malgré cela, et malgré la rigueur de nos hivers, elle répond un franc « Jamais ! » à son interlocuteur, lorsqu’il lui demande si elle éprouve le moindre regret de se trouver maintenant ici.

De toute évidence, la force et la persévérance des fils sont tout droit héritées de leur mère.