Dans mon billet intitulé François Legault et le mirage de la priorité éducative, le 20 juin 2025, je rappelais qu’en 2018, celui qui aspirait à devenir premier ministre avait promis que son gouvernement ne couperait « jamais » dans les services aux élèves.1 Pourtant, sept ans plus tard, Québec imposait au réseau scolaire des compressions de plusieurs centaines de millions de dollars. Je soutenais alors qu’il était illusoire de prétendre que celles-ci pourraient être absorbées uniquement par les structures administratives. Dans un centre de services scolaire que je connais bien, même la fermeture complète du centre administratif n’aurait permis de réaliser que 58 % de l’effort exigé. Le reste devait forcément être retranché dans les écoles. Ce que j’écrivais alors au futur se conjugue aujourd’hui au présent.
Quelques semaines plus tard, devant la mobilisation du milieu, le gouvernement avait annoncé qu’il « redonnait » 540 des 570 millions de dollars retranchés au réseau. Le choix du verbe était révélateur. Québec présentait comme un nouvel investissement le retrait partiel d’une compression qu’il venait lui-même d’imposer. Plusieurs avaient alors poussé un soupir de soulagement. Le pire semblait évité. Mais en éducation, retirer brusquement des centaines de millions, puis en remettre presque autant au milieu de l’été, ne ramène pas le réseau à son point de départ. Entre-temps, les centres de services scolaires ont dû revoir leurs budgets, préparer des scénarios de réduction, retarder des embauches, abolir des postes vacants et prévenir certains employés que leur contrat ne serait pas renouvelé. L’argent peut revenir dans une colonne budgétaire, mais le temps perdu, les personnes parties et les équipes désorganisées, beaucoup moins facilement.
Un article publié récemment dans Le Devoir en fournit une illustration particulièrement troublante.2 Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, près de 70 postes professionnels disparaîtront cet automne. Neuf personnes ne seront pas réengagées et 59 postes vacants seront abolis. Parmi les employés touchés se trouvent notamment des psychoéducateurs et des orthopédagogues, alors que les besoins des élèves, eux, n’ont évidemment pas diminué. Certaines personnes avaient mis des années à construire des relations de confiance avec les jeunes, les familles et les équipes-écoles. On ne remplace pas ces liens en rouvrant simplement une ligne budgétaire. Pendant ce temps, selon l’article du Devoir, certains centres de services scolaires continuent d’embaucher, tandis que d’autres retranchent massivement des ressources. Les raisons de ces écarts demeurent difficiles à comprendre, tout comme la logique qui conduit le gouvernement à transmettre ses règles budgétaires à la fin de juin, lorsque l’organisation de la rentrée est déjà largement engagée.
Voilà peut-être la leçon la plus importante de cet épisode. Une école n’a pas seulement besoin d’argent. Elle a besoin de prévisibilité, de stabilité et de règles connues suffisamment tôt pour organiser ses services. Les professionnels qui accompagnent les élèves ne sont pas des variables que l’on ajoute ou que l’on retire au gré des annonces gouvernementales. Ils font partie de milieux humains dans lesquels la continuité compte autant que le financement. En juin 2025, je parlais du mirage de la priorité éducative. Un an plus tard, le mirage se dissipe encore un peu. Une priorité ne se mesure pas aux sommes que l’on retire, puis que l’on remet partiellement sous la pression. Elle se mesure à la stabilité que l’on garantit. À ce chapitre, le réseau scolaire attend toujours.
1 Martin, J.-F. (2025, 20 juin). François Legault et le mirage de la priorité éducative. Jean-Frédéric Martin. https://jeanfredericmartin.com/2025/06/20/billet-du-20-juin-2025-francois-legault-et-le-mirage-de-la-priorite-educative/
2 Bokuma, N. (2026, 16 juillet). Des coupes créent de l’« instabilité » dans les écoles de l’ouest de Montréal. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/education/994886/coupes-creent-instabilite-ecoles-ouest-montreal
Sur mes écrans
Je profite habituellement de mes vacances estivales pour visionner une ou deux séries télévisées, généralement produites ici. Cet été, un de mes choix s’est arrêté sur Le gouffre lumineux, qui porte au petit écran le roman de même nom inspiré du parcours de la comédienne Anick Lemay, de son diagnostic de cancer à la fin des traitements. Non seulement le scénario captive, mais la réalisation est conçue de façon à nous faire vivre les ressentis, tant physiques qu’émotionnels, du personnage principal. Il s’agit d’un véritable tour de force.
Les musiques utilisées dans la série sont presque exclusivement québécoises, judicieusement choisies et réfèrent à plusieurs époques. On peut ainsi entendre le très rythmé Wow, d’André Gagnon, chaque fois qu’un traitement de chimiothérapie est administré à l’héroïne de l’histoire.
De plus, la série nous permet de revoir, de manière touchante et posthume, le grand Marc Messier. Il s’agit évidemment de son tout dernier rôle à la télé, lui qui est décédé deux jours avant la mise en ligne sur Tou.tv Extra.
Lemay, A. et Perron, M.-È. (Créatrices). (2026). Le gouffre lumineux [Minisérie télévisée]. Productions J; ICI TOU.TV EXTRA.
Dans mes écouteurs
Née à Montréal, Allison Russell est une autrice-compositrice-interprète et multi-instrumentiste dont la musique mêle folk, soul, gospel, blues et americana. Après avoir fait partie de Po’ Girl, Birds of Chicago et du collectif Our Native Daughters, elle s’est imposée en solo avec les albums Outside Child, puis The Returner. Lauréate d’un Grammy pour la chanson Eve Was Black, #musiquebleue de mon billet du 9 février 2024, elle transforme les blessures de son histoire en chansons de résistance, de solidarité et d’espérance. Son troisième album, In the Hour of Chaos, vient de paraître. En ce dernier jour de juillet, en voici l’extrait Cold April.
La bonne nouvelle de cette semaine
Deux jeunes Brésiliens de 17 ans, Bernardo Renner et Ísis Valentin, ont imaginé HADA, un prototype de pansement biodégradable fabriqué à partir d’aloe vera et de camomille. Leur objectif est aussi simple qu’ambitieux : réduire les déchets produits par les pansements conventionnels contenant du plastique, tout en explorant les propriétés de matières végétales dans la conception d’un dispositif favorisant la cicatrisation. Cette idée née d’un problème du quotidien rappelle que les innovations environnementales les plus porteuses ne sont pas toujours spectaculaires : elles peuvent aussi transformer de petits objets utilisés par des millions de personnes.
Le projet a valu aux deux étudiants le titre de lauréats 2026 pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud du concours international The Earth Prize, ainsi qu’un financement de 12 500 $ US destiné à poursuivre le développement et la validation de leur invention. HADA demeure pour l’instant un prototype plutôt qu’un produit médical homologué, mais cette distinction lui offre la possibilité de franchir de nouvelles étapes vers des essais plus poussés et une utilisation concrète. Voilà une excellente nouvelle : deux adolescents démontrent qu’avec de la créativité, de la science et une conscience écologique, il est possible de repenser même les objets les plus ordinaires.
Source : The Earth Prize
L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.












