Il y a des jours où l’actualité ressemble à une salle de classe sans consignes claires : ça parle fort, ça coupe la parole, ça cherche le regard, ça teste les limites. Au cours des dernières semaines, j’ai relu ces sorties où Donald Trump rabaisse les deux derniers premiers ministres canadiens en les qualifiant de « gouverneurs », brandit des menaces tarifaires délirantes, fantasme le Groenland comme un trophée et s’invente une armoire à prix Nobel qu’on aurait, paraît-il, omis de lui remettre. On pourrait en rire, comme on rit parfois d’un élève qui pousse trop loin pour voir jusqu’où ça va. Sauf qu’ici, le tableau n’est pas celui d’une classe : c’est celui du monde.
Depuis quelques années, dans les écoles que je fréquente, on voit émerger quelque chose de précieux : on enseigne de plus en plus aux membres du personnel, et même aux élèves, les bases du fonctionnement du cerveau. Pas pour excuser tout et n’importe quoi, mais pour mieux comprendre. Pour mettre des mots sur ce qui se passe quand le système d’alarme prend toute la place, quand la quête de récompense s’emballe, et quand le frein du contrôle n’est pas encore pleinement disponible. Ce frein, c’est le lobe préfrontal, celui qui aide à inhiber, à planifier et à relativiser. On rappelle aussi une idée simple : il se consolide lentement, souvent jusqu’au milieu de la vingtaine. Alors, à l’école comme à la maison, l’adulte n’est pas seulement un témoin; il devient, pour un temps, une partie du frein, en prêtant sa patience, son recul, ses mots et sa structure.
Et c’est ici qu’il faut nuancer : un cerveau nourri à l’attention apprend vite, oui, mais il ne se met pas automatiquement à mal réagir. L’attention peut renforcer le meilleur comme le pire. Elle peut encourager la curiosité, la persévérance et l’empathie; elle peut aussi, quand elle est attachée au choc et à la domination, renforcer des réflexes de provocation, de dénigrement et de menaces. Dans le cas de Trump, ce qui frappe, c’est la constance d’un style où la visibilité semble souvent obtenue par l’escalade : rabaisser, saturer l’espace, transformer la contradiction en affront, et faire de la scène publique un endroit où il faut, coûte que coûte, rester le personnage principal.
En classe, on apprend aux élèves que l’autorégulation, c’est aussi une responsabilité : reconnaître l’émotion, nommer la menace, ralentir, choisir une réponse plutôt qu’une réaction. Et on le fait en grande partie grâce à ce frein dont je faisais mention, le lobe préfrontal, celui qui permet de reprendre le volant quand l’alarme s’allume. Peut-être que nos sociétés ont besoin du même réflexe, à grande échelle : retrouver un peu de frein, un peu de recul et un peu de jugement commun. Bref, il nous faut quelque chose comme un préfrontal collectif, une capacité partagée à ne pas confondre bruit et force. Parce qu’à force de tout ramener au statut et à la récompense immédiate, on finit par laisser l’alarme décider à notre place. Et quand notre frein collectif ne s’active pas, les Trump de ce monde n’ont même plus besoin d’arguments : l’escalade suffit.
#LeProfCorrige
Vu dans La Presse, cette semaine :

Ici, on aurait dû lire conseiller, plutôt que conseillé. C’est une faute d’orthographe d’usage que La Presse a finalement corrigée, quelques heures après la publication de la nouvelle.
Dans mes écouteurs
Mon blogue fêtera ses six ans dans quelques jours. Ma rubrique #musiquebleue est apparue quelque semaines après ses débuts, en pleine pandémie, à la suite d’une suggestion de l’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon, qui voulait ainsi promouvoir la musique québécoise, notamment celle des artistes émergents. Depuis, chaque semaine jusqu’en juillet 2025, puis aux deux semaines, j’ai diffusé ici une pièce musicale répondant à ces critères.
Aujourd’hui, je crois que c’est la première fois que je vous propose une chorale. Jenny est selon moi une des plus belles chansons de Richard Desjardins. Elle est ici reprise par l’ensemble vocal Les Voix Ferrées, sous la direction musicale de Gabrielle Beaulieu-Brossard.
La bonne nouvelle de cette semaine
Cette semaine, j’ai envie de retenir une histoire où les réseaux sociaux servent, très concrètement, à remettre quelqu’un sur pied. D’après les publications relayées par Le Média Positif et ce que partage la créatrice Aya (compte @ayaa.lbns), une mobilisation de sa communauté a permis à Ivo, un homme sans-abri originaire du Brésil, de quitter la rue et d’organiser son retour dans son pays pour retrouver les siens. Une trajectoire qui rappelle qu’un élan collectif, même né d’un simple écran, peut parfois devenir un billet d’avion, une porte qui se rouvre et une seconde chance.
Ce que j’aime surtout, ici, c’est l’idée de solidarité qui se traduit en actions simples et immédiates : un coup de pouce financier, un hébergement temporaire, des démarches rendues possibles et, parfois, un retour vers sa famille. Ce n’est pas une solution miracle à l’itinérance, mais c’est un rappel précieux : quand une communauté se met en mouvement, l’aide cesse d’être un vœu pieux et devient un geste concret. Dans un monde qui s’épuise souvent à commenter, ça fait du bien de voir une histoire où l’on agit, et où un être humain retrouve un peu d’élan et de dignité.
Image d’en-tête générée par Nano Banana











