Billet du 27 mars 2020 : Ce virus qui nous ouvre les yeux

Dans le cours de français

Nous baignons dans les paradoxes, depuis les derniers jours. La situation vécue mondialement nous plonge dans un univers surréel devant lequel nous assimilons ce qui nous arrive en même temps que nous réfléchissons aux tenants et aboutissants de l’avant et de l’après coronavirus. Cette condition, c’est dans un état de confinement que nous la vivons.

C’est ce qui amène le premier paradoxe.

Le mot confinement, vu comme un presque isolement, vient du latin confinium, qui signifie voisinage. Présentement, notre vie est tout, sauf voisinage. Se reclure est le mot d’ordre, pester contre les désobéissants fait partie de notre quotidien, nous qui revendiquons d’ordinaire le statut de rebelles. Autre paradoxe.

Dans la même famille que confinement et confiner, on note aussi le nom masculin pluriel confins. Se rendre aux confins d’un endroit, d’un territoire, c’est atteindre ses limites. C’est se rendre loin. Alors que demeurer confiné chez soi, c’est rester où on est. Encore un paradoxe.

Et pour reprendre les mots d’Alain Rey, les confins de la langue française, c’est le monde. C’est vaste !

Dans le cours d’éthique et culture religieuse

La COVID-19 bouleverse l’humanité, je ne vous l’apprends pas. La peur envahit une majorité, mais les craintes se répandent partout. Alors que l’humain est programmé pour se montrer réfractaire aux changements, voilà qu’à peu près tout a basculé en l’espace de quelques semaines. Avant la relâche scolaire, le Canada présentait des statistiques de plein emploi. Au cours des dix derniers jours, on y a vu apparaître plus d’un million de nouveaux chômeurs.

Pourtant, paradoxe, la morosité demeure bien enfouie et ce sont des sourires que l’on constate sur la plupart des visages. Bien sûr, les ruées dans les épiceries et magasins à grande surface ont donné lieu à quelques engueulades et scènes disgracieuses, mais de façon générale, la résilience accomplit très bien son oeuvre.

Je constate personnellement deux chambardements majeurs. Le premier, c’est qu’une égalité sociale vient de s’établir. Peu importe son statut, tout le monde vit cette situation de la même façon. La chanteuse Madonna l’explique plutôt bien dans cette vidéo, diffusée dimanche dernier. Et la réaction négative de certains puissants de ce monde, dont au moins un a ouvertement réclamé des sacrifices humains pour épargner l’économie de son pays, confirme cet état de fait. Leur peur est palpable.

Le second élément que je constate, c’est que la pause imposée par les différents gouvernements s’applique au sens large. D’abord, beaucoup prennent le temps de marcher, de passer du temps en famille, de lire, de ressortir les jeux de société, de réapprendre à cuisiner, bref, de vivre.

Mais au-delà de ce que chacun vit personnellement, on peut aussi constater des changements sociaux qui étaient impensables, il y a quelques jours à peine. Par exemple, plusieurs états en conflit observent actuellement une trêve, gouvernements et oppositions travaillent main dans la main, les faits divers ont pratiquement disparu des bulletins de nouvelles, le prix de l’essence a chuté de manière radicale et la pollution a diminué considérablement. Moins d’automobiles, presque plus d’avions dans le ciel, les usines fermées, tout ceci fait en sorte que l’air est soudainement devenu plus pur et qu’on entend très bien les chants des oiseaux, en ce début de printemps.

Et les nombreux arcs-en-ciel, dessinés par les enfants et leurs parents avant d’être affichés dans les fenêtres des maisons, n’est qu’un exemple parmi d’autres de la grande démonstration de solidarité dont nous sommes témoins. La collaboration des institutions financières, des gouvernements et des administrations municipales, pour alléger le fardeau financier des affligés, en est un autre.

Bien sûr, l’humanité viendra à bout de ce virus et la vie finira par reprendre son cours. Mais il aura certainement réussi à marquer l’histoire. Et ce ralentissement de rythme, cette liberté que nous goûtons en ce moment, malgré les craintes et incertitudes, aurons-nous envie d’en conserver un morceau lorsque la machine se remettra à fonctionner à plein régime ? Je le souhaite.

Il n’en tient qu’à nous d’exprimer haut et fort ce que nous voulons et ce que nous ne voulons plus. Si la force et le courage manquaient aux représentants de ma génération pour pouvoir le faire, je suis d’avis que les générations qui nous suivent, celle de mes enfants et celle de mes élèves, sauront nous rappeler à l’ordre. Parce qu’ils découvrent maintenant les beautés que nos ascendants et nous n’avons pas su entretenir et conserver, pour mieux les leur léguer.

La bonne nouvelle de cette semaine

Tous ces concerts gratuits, qui nous sont offerts par différents artistes, pour égayer nos journées de confinement. Chris de Burgh nous en présente un quotidien sur sa page Facebook, mais plusieurs autres, dont Francis Cabrel, Coldplay, Matthieu Chédid, Fred Pellerin, Neil Diamond, Alfa Rococo et Yannick Nézet-Séguin, pour ne nommer que ceux-là, ont gracieusement offert leurs prestations.

Bravo et merci.

3 réflexions sur “Billet du 27 mars 2020 : Ce virus qui nous ouvre les yeux

  1. Je reconnais en ces mots un homme de tête et de coeur. Un vieux sage avant sa vieillesse. Un porteur d’espoir et une usine à questions. Merci, Monsieur Martin, de mettre votre coeur sur la table, vos tripes à nu et votre conscience en partage.

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