Depuis quelques semaines, des dizaines de milliers de jeunes Français descendent dans les rues pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage. On réclame davantage de personnel enseignant et de professionnels, des bâtiments mieux entretenus, des classes moins surchargées et un système scolaire plus équitable. Pour financer ces mesures d’urgence destinées à améliorer les conditions d’enseignement, les organisations étudiantes appellent une enveloppe de 10 milliards d’euros.1 Selon ce qu’elles avancent, cette somme ne réglera pas l’ensemble des problèmes du système éducatif français, mais répondra simplement à certaines de ses difficultés les plus pressantes. À ces préoccupations s’ajoutent la pression des évaluations, l’incertitude entourant l’accès aux études supérieures et, depuis les premières manifestations, les tensions avec les forces policières. Ce qui au départ ne constituait qu’une contestation s’est transformé en un mouvement national remettant en question la capacité de l’État à offrir aux jeunes des conditions d’éducation à la hauteur de ses promesses.
De ce côté-ci de l’Atlantique, le portrait présente d’étonnantes similitudes. Au Québec, la pénurie de personnes enseignantes est devenue chronique. Selon des données d’avril 2026, quelque 10 110 personnes enseignaient dans les écoles publiques québécoises sans détenir la qualification légale normalement exigée.2 À cela s’ajoutent des bâtiments scolaires en mauvais état, des besoins croissants en services professionnels, des inégalités entre établissements et des inquiétudes persistantes concernant la santé psychologique des élèves. Derrière les difficultés quotidiennes des équipes-écoles se trouvent des questions qui concernent directement l’ensemble de la société : quelles conditions voulons-nous offrir aux élèves, et jusqu’où sommes-nous disposés à aller pour les garantir ?
Le phénomène dépasse largement ces deux territoires.3 En Allemagne, les pénuries de personnel et les disparités sociales préoccupent les autorités scolaires. Aux États-Unis, les inégalités de financement et les coûts des études supérieures alimentent les débats. En Corée du Sud et au Japon, la pression de performance soulève d’autres questions sur le bien-être des élèves. En Argentine et en Afrique du Sud, les difficultés de financement et d’accès aux études ont notamment donné lieu à des mobilisations étudiantes. Les manifestations ne sont pas partout aussi importantes et les problèmes ne présentent pas partout la même intensité, mais leur récurrence dans des pays aux niveaux de richesse, aux traditions politiques et aux gouvernements très différents invite à s’interroger sur une situation répandue. Force est de constater qu’à plusieurs endroits dans le monde, l’amélioration de l’éducation demande des engagements qui dépassent souvent la durée d’un mandat électoral.
C’est peut-être là que réside le véritable paradoxe politique. Promettre de régler les problèmes en éducation permet à un gouvernement de manifester sa volonté d’agir et de répondre aux préoccupations des familles. En revanche, consacrer les sommes nécessaires à des améliorations durables oblige à faire des choix budgétaires qui peuvent déplaire, alors que les bénéfices les plus importants ne seront parfois visibles que plusieurs années plus tard. Le gouvernement qui finance les transformations n’est pas nécessairement celui qui en récoltera les avantages politiques. D’où une question qui mérite d’être posée : dans une démocratie où les gouvernements sont jugés tous les quatre ou cinq ans, qui est politiquement récompensé pour avoir préparé l’avenir plutôt que pour avoir promis de le faire ? Peut-être personne. Et c’est précisément là que réside le problème.
1 Beaudouin, A., Gagnebet, P., Houot, G., Keltz, B., Korbosli, O., Lecherbonnier, S., Pommiers, E., Schittly, R., Traullé, F., Guidi, E. et Rof, G. (2026, 6 octobre). Mouvement lycéen : la mobilisation s’amplifie et agrège de nombreux soutiens. Le Monde. https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/06/mouvement-lyceen-la-mobilisation-s-amplifie-et-agrege-de-nombreux-soutiens_6789130_3224.html
2 Ministère de l’Éducation du Québec. (s. d.). Tableau de bord de l’éducation [Tableau de bord interactif]. Microsoft Power BI. https://app.powerbi.com/view?r=eyJrIjoiODMzYTQyYTctNTc5YS00YjJmLWEzMWQtYjhjOGUzYTM1MWFmIiwidCI6IjJjZThmYzE4LWE1YjAtNDhlYy05MjAwLTI4N2E4OTA2ODkwNCJ9
3 Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2026). Regards sur l’éducation 2026 : Indicateurs de l’OCDE. https://doi.org/10.1787/cba0b622-fr
#LeProfCorrige
Il y a longtemps que cette rubrique n’était pas apparue sur cette page. Alors je me gâte et je publie deux fautes de français commises par autant de nos médias.

Votre dinde vous coûtera plus cher, aurions-nous dû lire. Ici, cher est employé comme adverbe et doit demeurer invariable. Le titre a été corrigé par Québecor après quelques heures de publication en ligne.
En voici une autre :

Eh oui, même Le Devoir peut laisser passer une coquille ! Comme la précédente, elle a depuis été corrigée, mais pas avant que je ne m’en empare !
Ici, on aurait dû lire le PCQ déterminé à le priver d’une majorité. Dans ce contexte, le mot déterminé est un participe passé et non un verbe à l’infinitif.
Dans mes haut-parleurs
En 1991, l’artiste franco-sénégalais MC Solaar lançait son tube Caroline. Trente-cinq ans plus tard, la chanteuse algéro-québécoise Zaho, de son vrai nom Zehira Darabid, enregistre Comme Caroline, en collaboration avec MC Solaar. Dans la chanson originale, l’homme raconte sa blessure suivant une séparation. Comme Caroline raconte la même séparation, cette fois à travers le coeur de la femme qui l’a initiée. Le concept est intéressant et le résultat se laisse écouter.
La bonne nouvelle de cette semaine
Treize ans après Alice Munro, une autre Canadienne décroche le prestigieux prix Nobel de littérature. L’Académie suédoise a couronné jeudi Anne Carson, 76 ans, une poète et essayiste qui explore les émotions humaines à travers les grands récits de l’Antiquité. Née à Toronto, elle entretient également un lien privilégié avec Montréal, ayant enseigné à l’Université McGill de 1988 à 2002.
Voilà une belle reconnaissance pour cette créatrice hors du commun, mais aussi une nouvelle occasion de faire rayonner la littérature canadienne sur la scène internationale.
L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.
