Billet du 5 juin 2020 : Entendez-vous ?

Dans le cours de français

C’est hier, le 4 juin, que Le Petit Robert 2021 et Le Robert illustré 2021 sont apparus sur les rayons des librairies. Comme chaque année, le pédagogue et rédacteur en moi s’intéresse aux nouveaux mots et nouvelles expressions qui y sont admis. Cette année, l’actualité s’est montrée particulièrement influente. Parmi les nouveautés, on y retrouve covid, déconfiner, déconfinement et distanciation (sociale et physique), mots et expressions dont il a été question dans mes billets des dernières semaines.

Ainsi, covid peut maintenant s’écrire en lettres minuscules. L’ouvrage semble également se diriger vers l’omission du trait d’union, lorsqu’il s’agit d’un covid en particulier, comme le covid 19. Lorsqu’il s’agit d’un covid, viens-je de mentionner ? Comme le covid 19 ? Alors qu’il n’y a pas si longtemps, j’insistais sur son genre féminin ? Le Petit Robert n’a pas statué et lui a octroyé les deux genres. On pourra donc continuer d’évoquer la covid, autant que le covid. À noter ici qu’aux dires mêmes d’Alain Rey, linguiste et rédacteur en chef des éditions Le Robert, seul l’usage populaire en France justifie le genre masculin de covid. L’Organisation mondiale de la Santé, l’Office québécois de la langue française et, nouvellement, l’Académie française, recommandent plutôt le genre féminin.

J’ai également eu l’occasion de livrer mon analyse bien humble et personnelle sur le verbe déconfiner et son pendant nominal déconfinement, mais également sur le nom distanciation. Dans le billet où je m’exprimais sur ce dernier mot, j’en arrivais à la conclusion qu’une distanciation ne pouvait être ni sociale, ni physique, dans le contexte grammatical lié à la maladie à coronavirus. Ainsi, dans son édition 2021, Le Petit Robert vient actualiser sa définition du mot. Dans un premier temps, il ajoute le mot quelqu’un (qqn) à sa définition initiale de distanciation, qui est maintenant ainsi libellée : « Recul, détachement pris par rapport à qqn, qqch. ». Ensuite, il insère pour la première fois l’expression distanciation sociale, la définissant comme le « fait de maintenir une distance de sécurité entre les personnes pour des motifs sanitaires. » Une référence officielle permet donc maintenant les aspects physique et social à la distanciation.

Parmi les autres mots qui entrent dans Le Petit Robert par la grande porte, notons télétravail, téléconsultation, technophile et technophobe, détox, THC, hypercentre, halloumi, kombucha, IPA, veggie, mocktail, sexto, savoir-être, présentéisme, polyamour, pansexuel, se désâmer, cloud, blacklister, cluster, brainstormer, trackeur, spammer et story.

Certains anglicismes vous font sourciller ? Moi aussi.


« Une grande nation n’est pas jugée par son nombre de milliardaires ou ses allégements fiscaux. Elle est jugée par la façon dont elle traite ses personnes les plus vulnérables. »

Bernie Sanders, le 29 mai 2020

Dans le cours de mathématiques

Un nombre, 21. Comme dans 21 secondes. Et un calcul. Un calcul politique.

Un habile calcul politique ? C’est la question que je me suis posée quand j’ai entendu le long silence du premier ministre Justin Trudeau, lorsque interrogé sur la menace du président américain de déployer son armée face aux manifestants dans son propre pays. Le calcul politique ne suscitait aucun doute pour moi. Mais était-ce habile ?

Écouter les réflexions des analystes peut certes contribuer à se forger une idée. Se tourner vers les réactions de l’opposition donne généralement une bien meilleure indication. L’opposition critiquera, c’est presque un automatisme. Mais la force ou la faiblesse de ses arguments poivrera une plaie ouverte ou témoignera au contraire d’un agacement devant un adversaire qui vient de marquer des points.

Comment a donc réagi l’opposition ? D’abord, les Conservateurs et les Verts sont demeurés plutôt avares de commentaires. Les chefs du Bloc québécois et du NPD ont réagi. Mais si Justin Trudeau a pris 21 secondes avant de répondre à une question, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh ont mis 25 heures avant de réagir.

Suite aux premiers commentaires des analystes qui, de façon consensuelle, avançaient que le long silence parlait beaucoup, monsieur Blanchet a évoqué le passé de professeur de théâtre du premier ministre, tout en lui reprochant son manque de courage. De son côté, monsieur Singh a plutôt comparé le silence de Justin Trudeau au silence de ceux qui ne réagissaient pas quand lui-même était victime de racisme.

En bout de ligne, est-ce le premier ministre qui en sort égratigné ou l’opposition qui semble agacée ? En ce qui me concerne, on se rapproche plus de la seconde option.


« Vu sur Nat Géo Wild. Un lion tient dans ses crocs le cou d’un buffle jusqu’à sa mort, étouffé. Vu sur les télés. Un policier blanc de Minneapolis appuie son genou sur la gorge de George Floyd jusqu’à sa mort, asphyxié. Une différence: l’homme noir a dit: »Je ne peux pas respirer. » »

Bernard Pivot, le 4 juin 2020

Dans le cours d’éthique et culture religieuse

Dans la foulée de l’affaire George Floyd, aux États-Unis, le tennisman québécois Félix Auger-Aliassime a relaté sur ses réseaux sociaux une histoire de profilage racial vécue par son père, dans les rues de Québec. Selon ses dires, rapportés par Radio-Canada, l’homme était au volant de sa Mercedes, lorsqu’il a été interpellé par la police locale.

« La policière a dit à mon père qu’il s’agissait d’une simple vérification, puisqu’il est plutôt rare de voir une personne de couleur noire à bord d’un véhicule de luxe dans ce quartier », a précisé l’athlète.

Nous avons pu lire et entendre toutes sortes de statistiques, au cours de la dernière semaine, sur des interventions policières de tout acabit concernant des personnes blanches, noires, arabes, hispaniques ou asiatiques. Effectivement, les chiffres semblent plus lourds dans un sens que dans l’autre. Différents corps de police ont déjà pris l’engagement de se pencher sur la question et d’apporter des correctifs à cette situation inacceptable.

Au-delà de la couleur de la peau du père de Félix Auger-Aliassime, un fait me dérange énormément. Ne vit-on pas dans une société où s’applique la présomption d’innocence ? Dans le cas qui nous préoccupe, on a interpellé quelqu’un qui n’avait commis aucun crime, seulement pour vérifier si par hasard il n’en avait pas commis un. C’est un geste que je trouve également condamnable. La technologie permet depuis plusieurs années de dicter un numéro de plaque minéralogique et d’obtenir rapidement les informations recherchées. Ceci contrevient tout autant au principe de présomption d’innocence, mais c’est définitivement plus discret.


Dans le cours de musique

Deux des plus grands rappeurs québécois, Koriass et FouKi, ont uni leurs talents pour produire l’album Génies en herbe, lancé la semaine dernière. Fidèles à ce qu’ils ont pu offrir dans le passé, les deux artiste présentent un produit doté d’une poésie exceptionnelle. En #musiquebleue, voici la pièce éponyme.


Les bonnes nouvelles de cette semaine

Je vous soumets trois bonnes nouvelles, plutôt qu’une seule, cette semaine. La première me touche particulièrement. Étant impliqué depuis longtemps dans la communauté des Basses-Laurentides, je peux témoigner du dévouement et de la générosité de la famille Farsa, propriétaire du restaurant du même nom. Dans la région, on ne compte plus les heures de bénévolat de Simon Farsa et de son entourage auprès des organismes sociaux et communautaires, pas plus qu’on ne continue de compter ses nombreux dons en nourriture.

L’an dernier, suites aux inondations à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, la famille Farsa avait offert des centaines de repas aux sinistrés et aux bénévoles. Eh bien ceux qui en ont bénéficié ont récemment orchestré un retour d’ascenseur. Les résidents locaux ont ainsi convenu d’encourager en bloc le restaurant Farsa, durement touché par la crise de la covid 19, en budgétant l’achat régulier de repas pour emporter. Cet élan de solidarité est hors du commun.

Un Québécois à la tête de Twitter

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réseau social Twitter a défrayé les manchettes, cette semaine. Après s’être dressé devant les publications du président américain, le géant du microblogage a nommé le Québécois Patrick Pichette à la présidence de son conseil d’administration. À son actif, monsieur Pichette revendique l’expérience des conseils d’administration chez Bombardier, Google et la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau, entre autres.

M’entends-tu ?

L’excellente série québécoise M’entends-tu ?, créée par Florence Longpré, était déjà diffusée sur les plateformes TOU.TV et Club Illico, en plus du site de son diffuseur, Télé-Québec. Voilà qu’elle sera maintenant disponible sur Netflix, devenant ainsi accessible dans plus de 190 pays. C’est un autre beau rayonnement pour la culture québécoise.


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