Billet du 11 septembre 2020

Dans le cours de français

Le 11 août dernier, l’Office québécois de la langue française publiait, de concert avec l’Institut de la statistique du Québec, un rapport intitulé Enquête sur les exigences linguistiques auprès des entreprises, des municipalités et des arrondissements de Montréal. On y trouve plusieurs constats sur la langue parlée au travail, mais une statistique est venue confirmer une situation que je dénonce depuis plus de 25 ans. Selon ce rapport, 41% des entreprises et 20% des municipalités et arrondissements situés sur l’île de Montréal exigeraient une connaissance de l’anglais pour les communications à l’interne. Ceci contraste avec la moyenne québécoise où les proportions sont respectivement de 21% et 7,5%.

J’accepte facilement le fait qu’on veuille embaucher du personnel bilingue pour répondre dans les deux langues officielles à des clients ou à des fournisseurs. Il s’agit alors de communications externes et cela se justifie très bien.

Alors que le débat sur la langue d’affichage faisait rage au Québec, dans les années 1990, je savais que de grandes entreprises d’ici, ayant pourtant obtenu leur certificat de francisation, n’utilisaient que la langue de Shakespeare pour leurs communications internes, tant verbales qu’écrites. Les médias et la société en général n’en avaient que pour l’affichage, alors qu’un problème selon moi plus important leur passait sous le nez.

Force est d’admettre que cette situation a persisté et a évolué dans le mauvais sens. La bonne nouvelle, c’est qu’un organisme y a enfin prêté attention. Le même organisme qui octroie les certificats de francisation, d’ailleurs. Reste à savoir si des actions seront posées pour y remédier.


Dans le cours d’éducation physique

Je suis un grand partisan de baseball depuis plus de 40 ans. J’ai reçu la piqûre un samedi après-midi d’avril, en 1977, alors que mon grand-père et mon père nous avaient emmenés au Stade Olympique, mon frère et moi, pour notre premier match des Expos. Je m’en souviens très bien, les locaux avaient vaincu les Phillies de Philadelphie.

Ma passion ne s’est ensuite jamais démentie. J’ai joué, j’ai entraîné, j’ai passé nombre d’étés sur les terrains de baseball, pour moi et pour mon fils. Je suis un amateur de baseball beaucoup plus que je n’étais un partisan des Expos. Depuis plusieurs années, je suis abonné à MLB.tv et en saison, mon téléviseur est branché quotidiennement sur 2, 3 ou 4 matchs.

Depuis l’an dernier, je trouve les joutes ennuyantes. Pour être franc, je trouve qu’elles ressemblent au concours de coups de circuit qui précède le match des étoiles, chaque année. Plus grand chose ne se passe sur les buts, les défensives sont de plus en plus erratiques et les frappeurs ne savent plus contrer les défensives spéciales que l’adversaire déploie constamment contre eux. La longue balle est devenue la norme et n’impressionne plus.

Pour assister à du baseball pur et stratégique, il faut se tourner vers les calibres inférieurs, comme la Ligue Frontier, où évoluent les Capitales de Québec et les Aigles de Trois-Rivières, ou encore la Ligue de baseball junior élite du Québec. La première a suspendu ses activités pour l’année en cours, en raison de la pandémie.

Il faut surtout continuer d’enseigner aux jeunes que le baseball est un sport magnifique, où l’on gagne avec des coups sûrs, de la vitesse sur les buts, des lanceurs possédant un bon répertoire de lancers et une défensive qui sait réaliser tous les jeux. Un sport, comme toute chose, peut et doit évoluer. Mais il fait fausse route quand il en perd ses repères.


Et je cite :

« J’ai rêvé que Lucie Laurier était première ministre du Québec, que Maxime Bernier était premier ministre du Canada et que Jeff Fillion était en dépression parce qu’il n’avait plus rien contre quoi s’opposer. »

Daniel Thibault, auteur, le 8 septembre 2020.

Jouons avec les mots

La dernière fois, je vous demandais quelle était la particularité du mot ressasser. Au-delà du fait qu’il s’agisse d’un verbe évoquant un retour ou une répétition à l’intérieur de soi, ressasser est aussi le plus long palindrome de la langue française, c’est-à-dire le mot le plus long pouvant se lire aussi bien à l’envers qu’à l’endroit.

Il faut toutefois noter qu’un palindrome peut aussi se trouver dans une phrase ou même dans un texte. La phrase Élu par cette crapule est un palindrome connu. Mais la palme du plus long palindrome textuel revient au génie de Georges Perec, acrobate de la langue française, qui a su pondre un texte de 1247 mots, rien de moins, pouvant se lire également à rebours.

Dans la même veine, je vous demande cette semaine de vous pencher sur le mot institutionnalisation. Selon vous, qu’est-ce que ce mot possède de particulier ?

Réponse dans mon billet de la semaine prochaine.


Dans le cours de musique

Virage aussi intéressant qu’inusité pour Dylan Phillips, le batteur du groupe rock montréalais Half Moon Run. Il n’est pas rare de voir un membre d’un groupe entreprendre une carrière solo en parallèle, mais passer de la batterie au piano, passer du rock au néo-classique, ça sort de l’ordinaire. Phillips a lancé Undercurrents, un court album de cinq pièces, le 21 août dernier. En voici la pièce titre.

#musiquebleue


La bonne nouvelle de cette semaine

Acquisition de taille pour la recherche montréalaise sur l’intelligence artificielle, avec l’arrivée d’Irina Rish à la direction d’une chaire affiliée à l’Université de Montréal. Cette sommité internationale a ainsi quitté les bureaux newyorkais d’IBM, où elle travaillait depuis 20 ans, afin de poursuivre au Québec ses travaux visant à développer des relations entre l’intelligence artificielle et le cerveau humain. Ceci confirme la place enviable de la métropole québécoise sur l’échiquier international en matière d’IA. Madame Rish disposera d’un budget de 34 millions $.

Billet du 17 juillet 2020 : Journal de vacances (3 de 8)

Déformation professionnelle

Décidément…

Après La Presse et TVA Nouvelles, c’est Le Journal de Québec qui, cette semaine, y va d’une terrible faute de français, dans un écrit signé François-David Bernier :

Évidemment, on aurait dû voir « même si des propos pouvaient être véridiques », et non « pourraient ». Les si n’aiment pas les _raient, Me Bernier.


Bonjour, hi ! Bon matin, good morning

Je suis de nouveau intervenu dans un débat sur l’expression bon matin, cette semaine. En français, bon matin est une expression incorrecte, en ce sens où elle est un calque de l’expression anglaise good morning. Mais je ne me gêne quand même pas pour l’utiliser à peu près tous les jours. Vous avez bien lu.

L’Office québécois de la langue française explique, en plus de ce que j’ai mentionné plus haut, que le mot bonjour fait le travail que prétend faire bon matin et appelle à l’inutilité de cette dernière expression. Je suis en désaccord. Le jour, par définition, se déroule du lever du soleil jusqu’à son coucher. Le matin est le début du jour. Le bon matin se veut donc spécifique à ce moment de la journée.

Ajoutez que les expressions bon avant-midi, bon après-midi, bonne journée, bonsoir, bonne soirée et bonne nuit sont toutes acceptées en français. Ne retrouve-t-on pas dans ce lot des calques de good day, good afternoon, good evening et good night ? Pourquoi tant de fermeture devant bon matin ?

Chaque année, l’usage populaire permet d’intégrer dans les grands dictionnaires de la langue française une multitude de nouveaux mots et nouvelles expressions. Mes billets du 5 juin et du 12 juin en ont d’ailleurs fait état. Chaque année, parmi ces nouveautés, se trouvent non seulement des calques de l’anglais, mais carrément des anglicismes. Et pourtant, à peu près tous ont déjà un équivalent français.

Bon matin, c’est une consonance harmonieuse, c’est sympathique, c’est jovial ! Alors disons-le !


Le prof explique…

Une nouvelle rubrique voit le jour, cette semaine. Intitulée Le prof explique…, cette rubrique apparaîtra à l’occasion dans mon billet hebdomadaire. À travers une capsule vidéo plutôt ludique, je commenterai un sujet d’actualité.

Trois sujets ont principalement retenu l’attention des médias québécois, au cours de la dernière semaine. Martin Carpentier demeurant introuvable, je m’abstiendrai d’élaborer sur cette triste histoire dans cette édition. Alors que tout le monde redoute une deuxième vague de Covid-19, c’est une deuxième vague de #MoiAussi qui a pris tout le monde par surprise, depuis les derniers jours. Et comme le coronavirus, cette vague déferle rapidement, emportant plusieurs personnes, des personnalités principalement, dans son tourbillon. J’attendrai donc avant de commenter, si je trouve à le faire.

C’est donc l’autre sujet qui fera l’objet de cette première capsule, soit le port obligatoire du couvre-visage dans tous les lieux publics fermés, à partir de demain. Le débat est très polarisé. D’un côté, celles et ceux pour qui la lutte au virus doit primer sur tout le reste. Et de l’autre côté, les gens pour qui les libertés individuelles sont plus importantes.

Les libertés individuelles sont très importantes pour moi. Mais c’est justement parce que j’ai hâte de recouvrer la mienne, pleine et entière, que je fais ce qu’il faut pour vaincre cette satanée Covid.

Voici la capsule de cette semaine :


Fêtes estivales (suite)

Il y a deux semaines, je faisais mention sur cette page des fameux « Covid partys », tenus dans l’état de l’Alabama, chez nos voisins du Sud. En fin de rubrique, j’exprimais le souhait que ces étourderies ne résultent pas en hausse significative des infections, tout en mentionnant que je reviendrais aujourd’hui sur les statistiques. Eh bien nous y sommes.

Ces chiffres sont frais du 15 juillet. En 13 jours, donc, on parle d’une augmentation 20 977 cas et de 389 décès supplémentaires, pour une population de 4,9 millions d’habitants, comparativement à 8,5 millions pour le Québec. Durant ce temps, le gouverneur de l’état voisin de la Géorgie poursuit la mairesse d’Atlanta parce qu’elle a imposé le port du couvre-visage dans sa ville.

Cette semaine, une abondance de personnes ont qualifié de « moutons » les gens qui portent le couvre-visage. Si je me fie aux statistiques rapportées ci-dessus, je pense me rapprocher de la vérité en affirmant que ça ne semble pas être les moutons qui se dirigent vers l’abattoir.


Et je cite :

Je partage les craintes des gens qui sont concernés par la liberté, mais il y a d’autres valeurs aussi, telles que la vie et la sécurité de la personne. Malheureusement, dans ce cas-ci, je pense que le droit de ne pas porter de masque ne peut pas prévaloir sur les preuves médicales selon lesquelles le masque ralentit substantiellement la propagation du virus.

Julius Gray, juriste, le 15 juillet 2020

Un bol d’air frais

Pas tout à fait. Pas du tout un bol d’air frais, en fait. Mais aux gens qui prétendent que le masque bloque l’oxygène, le docteur Alain Vadeboncoeur s’est prêté à une expérience intéressante :

D’accord, nous sommes loin de l’air pur et frais du sommet d’une montagne, mais cette expérience s’avère concluante. L’air circule très bien à travers un couvre-visage.


Dans mes écouteurs

En #musiquebleue cette semaine, un son rock comme je les aime, avec Les Chic-Chocs, de Sara Dufour.


Billet du 29 mai 2020 : Rien n’est jamais acquis à l’homme. Ou à l’humanité.

Dans le cours de français

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a pris un peu tout le monde par surprise, vendredi de la semaine dernière, en annonçant que la Ville allait mettre un frein à la prédominance du masculin sur le féminin dans ses communications écrites. Pour ce faire, elle investira dans une formation à la communication épicène pour les élus et plusieurs employés.

Selon Larousse, épicène est un adjectif désignant un nom « qui a la même forme aux deux genres, correspondant aux deux sexes (par exemple un élève/une élève, un enfant/une enfant) ». Il peut aussi qualifier un nom genré, mais qui désigne à la fois le masculin et le féminin. Ainsi, girafe est un nom féminin signifiant autant le mâle que la femelle dans l’espèce. Même chose pour le nom sentinelle, qui sera toujours employé au féminin, peu importe si le poste est occupé par un homme ou par une femme.

Les critiques n’ont pas tardé à fuser de toute part, suggérant que madame Plante, en ce temps de COVID-19, devrait investir ailleurs le temps et l’argent des Montréalaises et Montréalais. Au-delà du moment plus ou moins mal choisi, je trouve la gymnastique linguistique intéressante.

Admettons-le, on est loin des acrobaties stylistiques de Georges Perec, écrivain français décédé en 1982, qui s’imposait des contraintes complètement folles ou géniales, c’est selon, avant de prendre la plume. Entre autres oeuvres, il a publié La disparition, un roman policier de plus de 300 pages à l’intérieur duquel la lettre « e » est totalement absente. Il est aussi l’auteur du grand palindrome, un texte de 1 247 mots se lisant aussi bien (ou aussi difficilement) à l’envers qu’à l’endroit.

L’exercice proposé par la Ville de Montréal permettra des rédactions plus recherchées, particulièrement au niveau du vocabulaire. Dans un document de 71 pages, publié en 2018, l’Office québécois de la langue française (OQLF) suggère quelques exemples de formulations neutres. Ainsi, on mentionnera le personnel d’une entreprise, plutôt que ses employées et employés. Selon l’OQLF, la formulation neutre doit être favorisée. En cas d’impossibilité, il faut opter pour les deux genres, même si cela alourdit le texte.

En terminant, si je m’adresse à Valérie Plante, dois-je l’appeler madame la mairesse, madame la maire ou madame le maire ? Partout dans la francophonie, incluant le Québec, les trois appellations sont admises, mais l’OQLF suggère madame la mairesse. La forme épicène est cependant madame la maire.


Dans le cours d’univers social

J’ai l’habitude de faire preuve de prudence avec les comparaisons. Chaque individu, chaque situation est unique. Et si des événements se répètent, les contextes les entourant peuvent en modifier les finalités, en tout ou en partie.

La Seconde Guerre mondiale fait partie du programme d’univers social de 6e année du primaire. J’ai donc passé la majeure partie de ma carrière à l’enseigner. Chaque année, mes élèves sont touchés par l’Holocauste et toute la ségrégation de l’Allemagne nazie envers les Juifs. Chaque année, ces élèves me demandent comment une population entière a pu laisser une telle horreur se produire. Chaque année, depuis longtemps, je leur réponds en présentant un ex-leader charismatique, qui a su gagner la confiance de son peuple et, à grands coups de désinformation, lui faire renoncer à certains de ses droits démocratiques.

D’autres dirigeants ont ensuite joué la carte de la désinformation et ainsi manipulé leurs populations. L’ex-URSS, notamment au temps de la guerre froide, en est un exemple. Plusieurs de ces empires ont fini par s’effondrer, de manière plus ou moins dramatique.

En regardant l’actualité des derniers jours, je constate que dans un des plus grands pays de la planète, trois actes racistes dirigés vers des gens appartenant au même groupe social ont eu des conséquences suffisamment importantes pour faire les bulletins de nouvelles tout autour du globe. Deux hommes y ont laissé leur vie. Ce pays est dirigé par un leader charismatique aux yeux de certains, narcissique pour d’autres, qui utilise la désinformation pour en arriver à ses fins. Quand le réseau Twitter a simplement demandé à ses membres de s’assurer de l’exactitude des faits présentés par deux des publications du leader en question, ce dernier a mis moins de 24 heures pour signer un décret rendant tous les réseaux sociaux en partie responsables de ce qui y est diffusé par leurs membres, ce qui les expose à une multitude de poursuites judiciaires. Ultimement, certains de ces réseaux pourraient devoir fermer et ainsi priver des centaines de milliers de personnes d’un droit de s’exprimer démocratiquement.

Malgré les nombreuses similitudes, il faut rester prudent avec les comparaisons. Le peuple américain, contrairement au peuple allemand de 1933 à 1945, possède toujours le droit de choisir démocratiquement son leader. Ce choix s’exprimera d’ailleurs dans quelques mois.


Dans le cours d’univers social, deuxième période

J’ai vu passer toutes sortes de commentaires sur les réseaux sociaux, cette semaine, concernant l’aide que le gouvernement du Québec apportera à un groupe dirigé par Guy Laliberté pour rapatrier les intérêts du Cirque du Soleil dans la Belle Province. Il a été question de dons, d’aide à des milliardaires, de copinage entre puissants alors que les moins bien nantis rongent leur frein, de liens avec la situation dans les CHSLD, le tout accompagné de qualificatifs comme scandaleux, inacceptable ou dégueulasse.

Personnellement, je vois la situation d’un autre oeil. Bien que la somme de 275 millions $ soit imposante, il s’agit d’un prêt, avec intérêts, et non d’un don. Ensuite, le fait de ramener l’entreprise dans le giron québécois, avec tout ce que cela comportera en retombées économiques, ressemble plus à un investissement intelligent qu’à une dilapidation de fonds publics. Finalement, on parle ici de la sauvegarde de plus de 1 300 emplois seulement au siège social de Montréal, sans compter les emplois indirects.

En ce temps de pandémie, au cours duquel le taux de chômage est passé de 2% à 17% en deux mois et où plusieurs commerces et industries sont menacés, une participation publique à ce projet n’était peut-être pas essentielle, mais j’ai bon espoir qu’elle finisse par s’avérer très avantageuse.


Dans le cours d’éthique et culture religieuse

Certains endroits dans le monde ont rivalisé d’ingéniosité pour faire respecter la distance de deux mètres entre chaque individu. C’est une question de respect envers soi et envers les autres. Le port du couvre-visage en est un autre exemple.

Alors que les pays de l’hémisphère Sud sont à leur tour frappés par le coronavirus, d’autres endroits où la vie commençait à reprendre son cours normal doivent maintenant reculer et revenir à une forme de confinement. Après le Japon, il y a déjà plusieurs semaines, voilà que la Corée du Sud doit resserrer ses règles après l’éclosion de nouveaux foyers de contagion. Plus près de nous, la province du Nouveau-Brunswick, qui ne répertoriait plus aucun cas de COVID-19, doit maintenant repousser son échéancier de retour à la normale, après qu’un médecin infecté au Québec ait omis de se placer en quarantaine à son retour à Campbellton. Au moins 150 personnes se sont trouvées en contact avec ce médecin, depuis.

Dans la région du Grand Montréal, l’assouplissement des règles de confinement a eu pour effet de créer un sentiment de liberté dont plusieurs ont abusé, si on se fie aux images diffusées dans les différents médias. « Rien n’est jamais acquis à l’homme », chantait Brassens. Les situations en Corée du Sud et dans la ville de Campbellton le démontrent bien. Respecter les règles, c’est contribuer à un retour à la normale dans de meilleurs délais.


Dans le cours de musique

Du soleil, cette semaine, dans le cadre de ma suggestion #musiquebleue. La pièce s’intitule Sunshine et elle est tirée de l’album SOMMM, sorti en avril. Cet album est le fruit du travail d’Arianne Moffatt et Étienne Dupuis-Cloutier, entourés d’une pléiade d’invités. Parions que, comme moi, vous vous laisserez surprendre par Sunshine et que l’album au complet traversera vos hauts-parleurs ou vos écouteurs.


La bonne nouvelle de cette semaine

Deux amis, Ève Duhamel et Julien Vallée, oeuvrant dans le domaine du multimédia, ont fondé l’entreprise Vallée Duhamel en 2013. Ayant surtout réalisé des publicités, l’entreprise a également été appelée à collaborer sur des vidéoclips québécois, notamment avec Coeur de pirate et Ariane Moffatt.

La semaine dernière, la chanteuse américaine Katy Perry a lancé son vidéoclip Daisies, réalisé par Vallée Duhamel. Les deux créateurs ont dû revoir tout le projet afin de le livrer à temps, en raison du confinement provoqué par la pandémie de COVID-19. Ils ont opté pour une animation 2D, pour laquelle ils ont travaillé à distance avec plusieurs collaborateurs.

Il semble que leur talent leur ait ouvert la porte à des associations avec d’autres artistes internationaux. L’histoire est à suivre !

Billet du 24 avril 2020 : Éloignement physique, qu’en pensez-vous ?

Dans le cours de français

Quand on parle de COVID-19, quel genre doit-on employer ?

Dans les médias francophones canadiens, on utilise le féminin. Les médias français, de leur côté, utilisent les deux genres, mais penchent plutôt vers le masculin. Alors, doit-on parler du COVID-19 ou de la COVID-19 ?

L’Office québécois de la langue française constitue le seul organisme linguistique à avoir statué sur la question, et il a opté pour le féminin. Ses raison sont clairement expliquées et je les résume ici. D’abord, COVID-19 est la contraction de Coronavirus Disease 2019, que l’on traduit par maladie à coronavirus 2019. Déjà, maladie étant un nom féminin, on dit naturellement la maladie à coronavirus. D’où la COVID-19.

En France, aucun organisme ne s’est officiellement prononcé. Toutefois, coronavirus étant un nom masculin, l’usage outre-mer a étendu son genre à la contraction COVID-19. C’est pourquoi les Français ont d’abord adopté massivement le masculin, avant que quelques scientifiques, ainsi que le site Éduscol, ne commencent à utiliser le féminin.

Qu’est-ce qui a donc pu les inciter à modifier le genre ? C’est simplement que l’Organisation mondiale de la Santé, dans sa littérature rédigée en français, a officiellement adopté le féminin, évoquant les mêmes arguments que l’Office québécois de la langue française.

#LeProfCorrige

Ici, bien qu’aucune position officielle n’ait été adoptée par les autorités linguistiques de France, on aurait dû lire « les quelque 500 morts quotidiens de la COVID-19 », plutôt que « les quelque 500 morts quotidiens du covid ». Aussi, le sigle n’ayant pas encore été lexicalisé, les majuscules s’imposent (Source).

Viens-je vraiment de reprendre Bernard Pivot sur une question de grammaire ? J’ai chaud, tout à coup. J’ai très chaud !

Dans le cours d’univers social

De toute évidence, plusieurs enseignantes et enseignants du Québec seront appelés à reprendre du service sur leur lieu de travail, d’ici la mi-mai. L’annonce officielle devrait en être faite la semaine prochaine. Le premier ministre s’est cependant avancé en mentionnant que d’ici l’été, l’école serait optionnelle pour les élèves.

J’ai hâte de voir le plan dans son ensemble. Actuellement, je maintiens des contacts quotidiens avec mes élèves, à partir d’activités que je leur fais parvenir et pour lesquelles je leur donne une rétroaction. Et je garde un contact hebdomadaire avec la classe, via une vidéoconférence à laquelle nous participons à chaque début de semaine. Me sera-t-il possible de maintenir ces liens et activités en me présentant en classe avec une partie de mon groupe seulement ?

Égide Royer, une des plus grandes sommités québécoises en matière d’éducation et d’enseignement, insiste pour qu’un éventuel retour à l’école avant septembre ne s’effectue qu’en suivant un motif pédagogique. Il laisse entendre que ce ne serait toutefois pas le cas, se basant sur les informations que François Legault a laissé filtrer, et que les écoles seraient transformées en garderies, le temps de quelques semaines. Il recommande plutôt que le gouvernement du Québec utilise le reste du printemps et l’été pour s’assurer que le corps enseignant dispose de compétences suffisantes pour la formation à distance. Parallèlement, il recommande qu’on s’assure que chaque élève reçoive un outil technologique adéquat pour suivre ses cours à partir de la maison.

Tout porte à croire qu’en effet, les enseignantes et les enseignants seront appelés à jouer un rôle qui s’apparentera plus à celui des éducatrices et éducateurs en milieu de garde qu’au leur. Si ce scénario se confirme, je demande seulement au premier ministre la même franchise envers nous qu’envers les médecins spécialistes, la semaine dernière, lorsqu’il leur a expressément demandé d’effectuer un travail d’infirmière ou de préposé aux bénéficiaires, dans les CHSLD. Cette franchise me donnerait l’impression de contribuer au plan de reprise de façon utile. Et nous serions plusieurs à le prendre positivement, j’en suis convaincu.

Dans le cours de français, deuxième période

Suite à mon billet de la semaine dernière, une amie me demandait mon avis sur l’expression distanciation sociale. Elle mentionnait ne l’avoir jamais entendue avant l’actuelle crise. Je ne crois pas l’avoir lue ou entendue auparavant non plus.

Je me souviens cependant qu’au début du confinement, un intervenant à la télévision indiquait qu’il fallait plutôt parler de distanciation physique, car les interactions sociales demeuraient possibles, notamment grâce aux moyens électroniques.

Alors d’où partons-nous ?

Il faut d’abord savoir que le mot distanciation implique un recul ou un repli de soi face à quelque chose d’abstrait, comme un événement. C’est comme la distinction nécessaire entre les verbes distancer et distancier. Distancer ou se distancer sous-tend l’augmentation d’un écart physique entre des personnes, des objets ou les deux. Alors que distancier, plus souvent qu’autrement employé à sa forme pronominale se distancier, signifie prendre ses distances devant quelque chose qui n’est pas physique, comme les paroles de quelqu’un, par exemple.

Selon l’Office québécois de la langue française, le nom distanciation est directement relié au verbe (se) distancier.

En toute logique, ceci vient donc invalider l’expression distanciation physique, étant donné qu’il est impossible à une distanciation d’être physique.

Peut-elle être sociale, maintenant ? Comme l’adjectif social est lié au nom société, il faut se demander jusqu’à quel point ce nom est concret ou abstrait. Dans le cas qui nous occupe, c’est plutôt concret. La logique voudrait donc, encore une fois, que l’expression distanciation sociale soit incorrecte.

Par quoi pourrait-on la remplacer ? Je ne suis pas linguiste, mais j’opterais pour éloignement physique.

Dans le cours de musique

J’ai aimé la voix et le style de Beyries dès ma première écoute d’une de ses interprétations. Son histoire n’est pas banale. Malgré le fait qu’elle ait, depuis son plus jeune âge, composé des chansons, elle les conservait pour elle, sans jamais les enregistrer. Elle destinait sa carrière à un autre domaine lorsqu’elle fut frappée, dans la vingtaine, par un cancer du sein. Durant ses traitements, elle a exprimé ses émotions à travers notes et poésie, produisant ainsi son premier album, Landing, sorti en 2017. S’ensuivit un excellent album éponyme, en français, en 2018. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est une chanson tirée d’un monoplage lancé le 7 avril dernier, Out of Touch.

Beyries est originaire de Montréal. #musiquebleue (Source)

La bonne nouvelle de cette semaine

Cette semaine, j’ai moins envie de vous transmettre une bonne nouvelle que de souligner trois beaux gestes. Trois personnes qui ont trouvé le moyen de se rendre utiles durant ce temps de pandémie. Trois personnes qui font la différence pour des gens âgés, pour des jeunes, pour des travailleuses et des travailleurs de la santé.

D’abord, Saïd Akjour. Il est un survivant de l’attentat à la grande mosquée de Québec. Atteint d’une balle tirée par l’auteur de la fusillade, le 29 janvier 2017, il a pu reprendre une vie presque normale, malgré une vive douleur chronique qui continue de l’accabler. Cet ex-enseignant est très occupé, par les temps qui courent. En effet, il agit comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de la Vieille Capitale. Son histoire a été relatée sur lapresse.ca, plus tôt cette semaine. Son dévouement est remarquable.

Ensuite, Marie-Ève Lévesque. Enseignante dévouée, elle a pris le taureau par les cornes dès le début de la période de confinement et a créé La classe en ligne, un lieu où elle donne quotidiennement des capsules pédagogiques pour tous les élèves du primaires. Avant la mise en circulation des trousses hebdomadaires du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, bien avant la réquisition des ondes de Télé-Québec, Marie-Ève Lévesque offrait un service similaire pour tous les élèves québécois âgés entre six et douze ans. Voilà une action proactive qui mérite d’être soulignée.

Finalement, une autre action proactive à souligner est celle du député et ex-hockeyeur professionnel Enrico Ciccone. Dès les premiers appels à la mobilisation, non seulement s’est-il porté volontaire pour aider en CHSLD, mais il a également encouragé et obtenu des membres de son personnel de circonscription qu’ils fassent de même. Avant sa première affectation, Enrico Ciccone avait déclaré publiquement qu’il était prêt à exécuter des tâches ménagères si c’était ce qu’on demandait de lui. Il a finalement fait plus. Beaucoup plus. Il en est resté marqué et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il a raconté cette première expérience, sur les ondes de RDI.

Je le mentionnais il y a quelques semaines, la situation actuelle fait souvent ressortir le meilleur de l’être humain. La solidarité s’exprime, comme les constats d’iniquités. La prise de conscience est réelle et plusieurs, comme Madame Lévesque, comme Messieurs Akjour et Ciccone, comme plusieurs autres, n’attendent pas qu’on leur donne la formation de pompier pour sauter sur les lances et arroser l’incendie. Chapeau à vous tous.