Billet du 31 juillet 2026 : En éducation, l’incertitude est aussi une compression

Dans mon billet intitulé François Legault et le mirage de la priorité éducative, le 20 juin 2025, je rappelais qu’en 2018, celui qui aspirait à devenir premier ministre avait promis que son gouvernement ne couperait « jamais » dans les services aux élèves.1 Pourtant, sept ans plus tard, Québec imposait au réseau scolaire des compressions de plusieurs centaines de millions de dollars. Je soutenais alors qu’il était illusoire de prétendre que celles-ci pourraient être absorbées uniquement par les structures administratives. Dans un centre de services scolaire que je connais bien, même la fermeture complète du centre administratif n’aurait permis de réaliser que 58 % de l’effort exigé. Le reste devait forcément être retranché dans les écoles. Ce que j’écrivais alors au futur se conjugue aujourd’hui au présent.

Quelques semaines plus tard, devant la mobilisation du milieu, le gouvernement avait annoncé qu’il « redonnait » 540 des 570 millions de dollars retranchés au réseau. Le choix du verbe était révélateur. Québec présentait comme un nouvel investissement le retrait partiel d’une compression qu’il venait lui-même d’imposer. Plusieurs avaient alors poussé un soupir de soulagement. Le pire semblait évité. Mais en éducation, retirer brusquement des centaines de millions, puis en remettre presque autant au milieu de l’été, ne ramène pas le réseau à son point de départ. Entre-temps, les centres de services scolaires ont dû revoir leurs budgets, préparer des scénarios de réduction, retarder des embauches, abolir des postes vacants et prévenir certains employés que leur contrat ne serait pas renouvelé. L’argent peut revenir dans une colonne budgétaire, mais le temps perdu, les personnes parties et les équipes désorganisées, beaucoup moins facilement.

Un article publié récemment dans Le Devoir en fournit une illustration particulièrement troublante.2 Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, près de 70 postes professionnels disparaîtront cet automne. Neuf personnes ne seront pas réengagées et 59 postes vacants seront abolis. Parmi les employés touchés se trouvent notamment des psychoéducateurs et des orthopédagogues, alors que les besoins des élèves, eux, n’ont évidemment pas diminué. Certaines personnes avaient mis des années à construire des relations de confiance avec les jeunes, les familles et les équipes-écoles. On ne remplace pas ces liens en rouvrant simplement une ligne budgétaire. Pendant ce temps, selon l’article du Devoir, certains centres de services scolaires continuent d’embaucher, tandis que d’autres retranchent massivement des ressources. Les raisons de ces écarts demeurent difficiles à comprendre, tout comme la logique qui conduit le gouvernement à transmettre ses règles budgétaires à la fin de juin, lorsque l’organisation de la rentrée est déjà largement engagée.

Voilà peut-être la leçon la plus importante de cet épisode. Une école n’a pas seulement besoin d’argent. Elle a besoin de prévisibilité, de stabilité et de règles connues suffisamment tôt pour organiser ses services. Les professionnels qui accompagnent les élèves ne sont pas des variables que l’on ajoute ou que l’on retire au gré des annonces gouvernementales. Ils font partie de milieux humains dans lesquels la continuité compte autant que le financement. En juin 2025, je parlais du mirage de la priorité éducative. Un an plus tard, le mirage se dissipe encore un peu. Une priorité ne se mesure pas aux sommes que l’on retire, puis que l’on remet partiellement sous la pression. Elle se mesure à la stabilité que l’on garantit. À ce chapitre, le réseau scolaire attend toujours.

1 Martin, J.-F. (2025, 20 juin). François Legault et le mirage de la priorité éducative. Jean-Frédéric Martin. https://jeanfredericmartin.com/2025/06/20/billet-du-20-juin-2025-francois-legault-et-le-mirage-de-la-priorite-educative/

2 Bokuma, N. (2026, 16 juillet). Des coupes créent de l’« instabilité » dans les écoles de l’ouest de Montréal. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/education/994886/coupes-creent-instabilite-ecoles-ouest-montreal


Sur mes écrans

Je profite habituellement de mes vacances estivales pour visionner une ou deux séries télévisées, généralement produites ici. Cet été, un de mes choix s’est arrêté sur Le gouffre lumineux, qui porte au petit écran le roman de même nom inspiré du parcours de la comédienne Anick Lemay, de son diagnostic de cancer à la fin des traitements. Non seulement le scénario captive, mais la réalisation est conçue de façon à nous faire vivre les ressentis, tant physiques qu’émotionnels, du personnage principal. Il s’agit d’un véritable tour de force.

Les musiques utilisées dans la série sont presque exclusivement québécoises, judicieusement choisies et réfèrent à plusieurs époques. On peut ainsi entendre le très rythmé Wow, d’André Gagnon, chaque fois qu’un traitement de chimiothérapie est administré à l’héroïne de l’histoire.

De plus, la série nous permet de revoir, de manière touchante et posthume, le grand Marc Messier. Il s’agit évidemment de son tout dernier rôle à la télé, lui qui est décédé deux jours avant la mise en ligne sur Tou.tv Extra.

Lemay, A. et Perron, M.-È. (Créatrices). (2026). Le gouffre lumineux [Minisérie télévisée]. Productions J; ICI TOU.TV EXTRA.


Dans mes écouteurs

Née à Montréal, Allison Russell est une autrice-compositrice-interprète et multi-instrumentiste dont la musique mêle folk, soul, gospel, blues et americana. Après avoir fait partie de Po’ Girl, Birds of Chicago et du collectif Our Native Daughters, elle s’est imposée en solo avec les albums Outside Child, puis The Returner. Lauréate d’un Grammy pour la chanson Eve Was Black, #musiquebleue de mon billet du 9 février 2024, elle transforme les blessures de son histoire en chansons de résistance, de solidarité et d’espérance. Son troisième album, In the Hour of Chaos, vient de paraître. En ce dernier jour de juillet, en voici l’extrait Cold April.

Allison Russell (avec Denitia et Kara Jackson) – Cold April – In the Hour of Chaos – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Deux jeunes Brésiliens de 17 ans, Bernardo Renner et Ísis Valentin, ont imaginé HADA, un prototype de pansement biodégradable fabriqué à partir d’aloe vera et de camomille. Leur objectif est aussi simple qu’ambitieux : réduire les déchets produits par les pansements conventionnels contenant du plastique, tout en explorant les propriétés de matières végétales dans la conception d’un dispositif favorisant la cicatrisation. Cette idée née d’un problème du quotidien rappelle que les innovations environnementales les plus porteuses ne sont pas toujours spectaculaires : elles peuvent aussi transformer de petits objets utilisés par des millions de personnes.

Le projet a valu aux deux étudiants le titre de lauréats 2026 pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud du concours international The Earth Prize, ainsi qu’un financement de 12 500 $ US destiné à poursuivre le développement et la validation de leur invention. HADA demeure pour l’instant un prototype plutôt qu’un produit médical homologué, mais cette distinction lui offre la possibilité de franchir de nouvelles étapes vers des essais plus poussés et une utilisation concrète. Voilà une excellente nouvelle : deux adolescents démontrent qu’avec de la créativité, de la science et une conscience écologique, il est possible de repenser même les objets les plus ordinaires.

Source : The Earth Prize


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Journal de vacances du 19 juillet 2024 : Le cirque

Je commence ce billet avec un coup de gueule, cette semaine.

L’actualité américaine est marquée par des dérapages en série, exacerbés par la récente tentative d’assassinat de Donald Trump, le 13 juillet dernier. Les réactions à cet incident sont révélatrices des tensions profondes qui secouent nos voisins du Sud. D’un côté, certains et certaines voient la protection divine dans la survie de Trump, tandis que d’autres se moquent de sa blessure à l’oreille. Ces comportements illustrent à quel point le débat politique peut devenir extrême et déraisonnable.

Se lancer en politique nécessite une force intérieure immense et un courage à toute épreuve. Les attaques personnelles, les menaces, et même les tentatives d’assassinat font partie des risques que prennent celles et ceux qui choisissent de servir le public. Malgré mon aversion totale pour Donald Trump et tout ce qu’il représente, il est crucial de rappeler que la violence ne doit jamais être une réponse à la dissidence politique.

Même quand un politicien comme Trump semble porter atteinte aux fondements démocratiques de sa propre société, il est impératif de respecter le cadre légal et un dialogue comprenant un minimum de civilité. L’assassinat ne fait qu’engendrer plus de chaos et de division. C’est en défendant nos idéaux par des moyens constructifs que nous pourrons espérer un avenir plus juste et plus harmonieux.


Nous vivons actuellement un moment historique. Les États-Unis se trouvent à un moment charnière de leur histoire. Les tensions internes et les divergences politiques semblent atteindre un point de non-retour, exacerbées par des événements internationaux majeurs tels que la guerre entre la Russie et l’Ukraine. D’un côté, Joe Biden et les démocrates insistent sur la nécessité de maintenir et même de renforcer l’aide à l’Ukraine, tout en critiquant fermement Vladimir Poutine. De l’autre, Donald Trump et les républicains ne cachent pas leur admiration pour Poutine et laissent entendre qu’ils couperont l’aide à l’Ukraine s’ils reviennent au pouvoir, tout en menaçant de retirer les États-Unis de l’OTAN.

Ces divisions profondes au sein de la population américaine pourraient avoir des conséquences graves et durables. Si les États-Unis réduisent leur soutien à l’Ukraine et se retirent de l’OTAN, cela pourrait affaiblir l’alliance occidentale et laisser le champ libre à des régimes autoritaires comme celui de Poutine. De plus, sur le plan intérieur, cette polarisation pourrait intensifier les conflits sociaux et politiques, miner la confiance dans les institutions démocratiques, et surtout provoquer d’autres actes de violence.

Quel camp choisira le peuple américain, le 5 novembre prochain ? Je demeure optimiste en me disant que beaucoup d’événements peuvent encore survenir et que les chances demeurent qu’une majorité privilégie celui du dialogue et du respect des principes démocratiques. Il en va de l’avenir stable et pacifique d’une grande partie de la planète.


Sortie de vacances

Mercredi soir avait lieu la première de l’hommage à l’œuvre de Rock et Belles Oreilles, par le Cirque du Soleil. Intitulé RBO : The Cirque, l’événement est à l’affiche jusqu’au 17 août, à l’Amphithéâtre Cogeco, à Trois-Rivières. J’y suis allé jeudi.

D’abord, je mentionne avoir été grandement impressionné par l’Amphithéâtre Cogeco. Mes connaissances du lieu se limitaient à un spectacle de la Fête nationale qui s’y est tenu sans spectateurs, en temps de COVID, et dont la télédiffusion nationale avait suscité de nombreuses critiques en raison de l’absence du fleurdelisé ailleurs que sur scène. 1 L’endroit, sis sur les berges du Saint-Laurent, est simplement magnifique. Aucun siège n’offre une mauvaise vue sur la scène et le son est excellent.

Ceci étant mentionné, le spectacle est conçu pour rejoindre les inconditionnels de RBO. Heureusement, j’en suis. La première partie du spectacle a su me divertir, sans plus. L’accent était mis sur les chansons et les gags du groupe, rendus de façon plus ou moins habile par les clowns du Cirque.

La seconde partie, malgré quelques longueurs, a toutefois su offrir une prestation des plus époustouflantes, les acrobates contribuant à une performance beaucoup plus digne du Cirque du Soleil, suscitant de belles réactions du public. Les chansons du groupe humoristique passaient au second plan et servaient de toile de fond à la production, laissant entièrement la scène aux artistes.

Finalement, je recommande ce spectacle. Les prix des billets sont abordables, le lieu est magnifique et le spectacle vaut le déplacement.

1 Billet du 26 juin 2020 : Le plus présent des absents


Dans mes écouteurs

Fille de l’auteur-compositeur-interprète Tomás Jensen, Avril Jensen a suivi les traces de son père. Elle écrit en français et en anglais, tout en utilisant le studio familial pour ses enregistrements. Dans sa nouvelle sortie, Nowhere To Be Found, elle chante en anglais, alors que son collaborateur Erwan lui donne la réplique en français. Le résultat musical est des plus intéressants.

Avril Jensen et Erwan – Nowhere To Be Found – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Chaque année, le prix de musique Polaris récompense le meilleur album canadien de l’année. Pour 2024, la liste des artistes sélectionnés a été dévoilée au cours des derniers jours. Non seulement les femmes y sont représentées en grand nombre, mais le Québec y trouve une large place également.

Sur la courte liste des dix artistes nommés, notons les présences d’Elisapie, de Charlotte Cardin, d’Allison Russell, ainsi que du groupe NOBRO, entièrement composé de Montréalaises.

Le gala aura lieu le 17 septembre prochain, au Massey Hall de Toronto.


Billet du 9 février 2024 : Doigt d’honneur à l’index

La littérature jeunesse québécoise s’est retrouvée sur la sellette, ce jeudi.

D’abord au Missouri, quand Valentina Gomez, candidate républicaine au poste de secrétaire d’État de l’endroit, dans un geste d’éclat, a brûlé au lance-flammes un exemplaire du livre Naked, version traduite de Tout nu !, un lexique de 150 mots sur la sexualité s’adressant aux adolescents. Ce bouquin, écrit par Myriam Daguzan Bernier et illustré par Cécile Gariépy, aborde différents thèmes comme l’identité et l’estime de soi, mais aussi la masturbation, l’avortement et les infections transmises sexuellement.

C’est ce que madame Gomez, une militante MAGA (Make America Great Again), veut combattre. Je précise ici que sa mise en scène survient au lendemain d’un vote au Sénat du Missouri, où les avortements sont interdits depuis deux ans. Ce vote stipule que les interruptions de grossesse demeurent illégales même dans les cas de viols et d’inceste. 1 On ne peut même plus qualifier ces politiques de conservatrices. Elles reculent le temps en ramenant une population plus d’un demi-siècle en arrière.

L’autre nouvelle relate un événement qui s’est produit à Montréal. La Bibliothèque juive de Montréal a fait retirer de ses rayons tous les livres de l’autrice et illustratrice Élise Gravel. Non, ce n’est pas parce que madame Gravel a parlé de fesses dans un de ses livres. C’est plutôt en raison de cette publication, le 2 janvier dernier, sur sa page Facebook :

Source : Facebook (Élise Gravel)

Aïe, aïe, aïe ! Et je m’aperçois que je me suis même permis un « J’adore » quand elle a publié. Je souscris toujours à ses propos cinq semaines plus tard. Le peuple juif a souffert de l’Holocauste. Je dénonce l’Holocauste. Le peuple palestinien souffre de ce que lui fait subir le gouvernement israélien. Je dénonce les attaques israéliennes qui, effectivement, peuvent maintenant être qualifiées de génocide, quoi qu’en disent plusieurs personnalités politiques d’ici et d’ailleurs. Je dénonce aussi les violences du Hamas. Mais le Hamas, ce n’est pas la Palestine. Et le gouvernement israélien n’est pas tout le peuple juif. Je dénonce haut et fort les récentes attaques à l’arme à feu contre des écoles juives de Montréal.

Élise Gravel s’affiche comme pacifiste, ce qui a valu la mise à l’index de ses œuvres par une institution littéraire montréalaise. Quel message faut-il y décoder ?

J’espère que les dérapages s’arrêteront ici.

1 Ballentine, Summer. Missouri : Le Sénat vote contre l’avortement en cas de viol ou d’inceste. La Presse, Montréal, selon Associated Press. Le 7 février 2024.


Dans le cours de français

Mes élèves écrivaient, cette semaine. L’un d’eux m’a demandé s’il pouvait utiliser le mot week-end. Je le fais moi-même parfois, mais dans un contexte scolaire francophone, c’est différent. Je lui ai mentionné que, comme le mot cool, week-end est un mot de langue anglaise maintenant intégré dans les dictionnaires francophones. Toutefois, s’il existe une expression française équivalente, c’est cette dernière qui doit être employée dans sa composition.

Qu’est-ce que le premier ministre aurait dû dire, ici ?

#LeProfCorrige

Les jeunes trouvent ça amusant, ou sympathique, plutôt que cool.

En passant, monsieur Déry, « priceless » ne se trouve dans aucun dictionnaire francophone, contrairement au cool de François Legault !


Dans le cours de musique

Elle est Montréalaise, elle possède toute une voix et elle a remporté un prix Grammy, dimanche dernier. Avec sa chanson Eve Was Black, voici Allisson Russell.

Allisson Russell – Eve Was Black – The Returner – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Je ne me lasserai jamais de voir des Québécois nous faire rayonner sur la planète. La chanteuse folk Allisson Russell et le maestro Yannick Nézet-Séguin l’ont fait dimanche dernier, remportant chacun un prix Grammy à la grand-messe de la musique américaine.

Allisson Russell a remporté le prestigieux trophée dans la catégorie Roots americana, grâce à sa chanson Eve Was Black, alors que Yannick Nézet-Séguin, avec le Metropolitan Opera, a remporté celui du meilleur album d’opéra, avec Blanchard : Champion.