Billet du 17 juillet 2020 : Journal de vacances (3 de 8)

Déformation professionnelle

Décidément…

Après La Presse et TVA Nouvelles, c’est Le Journal de Québec qui, cette semaine, y va d’une terrible faute de français, dans un écrit signé François-David Bernier :

Évidemment, on aurait dû voir « même si des propos pouvaient être véridiques », et non « pourraient ». Les si n’aiment pas les _raient, Me Bernier.


Bonjour, hi ! Bon matin, good morning

Je suis de nouveau intervenu dans un débat sur l’expression bon matin, cette semaine. En français, bon matin est une expression incorrecte, en ce sens où elle est un calque de l’expression anglaise good morning. Mais je ne me gêne quand même pas pour l’utiliser à peu près tous les jours. Vous avez bien lu.

L’Office québécois de la langue française explique, en plus de ce que j’ai mentionné plus haut, que le mot bonjour fait le travail que prétend faire bon matin et appelle à l’inutilité de cette dernière expression. Je suis en désaccord. Le jour, par définition, se déroule du lever du soleil jusqu’à son coucher. Le matin est le début du jour. Le bon matin se veut donc spécifique à ce moment de la journée.

Ajoutez que les expressions bon avant-midi, bon après-midi, bonne journée, bonsoir, bonne soirée et bonne nuit sont toutes acceptées en français. Ne retrouve-t-on pas dans ce lot des calques de good day, good afternoon, good evening et good night ? Pourquoi tant de fermeture devant bon matin ?

Chaque année, l’usage populaire permet d’intégrer dans les grands dictionnaires de la langue française une multitude de nouveaux mots et nouvelles expressions. Mes billets du 5 juin et du 12 juin en ont d’ailleurs fait état. Chaque année, parmi ces nouveautés, se trouvent non seulement des calques de l’anglais, mais carrément des anglicismes. Et pourtant, à peu près tous ont déjà un équivalent français.

Bon matin, c’est une consonance harmonieuse, c’est sympathique, c’est jovial ! Alors disons-le !


Le prof explique…

Une nouvelle rubrique voit le jour, cette semaine. Intitulée Le prof explique…, cette rubrique apparaîtra à l’occasion dans mon billet hebdomadaire. À travers une capsule vidéo plutôt ludique, je commenterai un sujet d’actualité.

Trois sujets ont principalement retenu l’attention des médias québécois, au cours de la dernière semaine. Martin Carpentier demeurant introuvable, je m’abstiendrai d’élaborer sur cette triste histoire dans cette édition. Alors que tout le monde redoute une deuxième vague de Covid-19, c’est une deuxième vague de #MoiAussi qui a pris tout le monde par surprise, depuis les derniers jours. Et comme le coronavirus, cette vague déferle rapidement, emportant plusieurs personnes, des personnalités principalement, dans son tourbillon. J’attendrai donc avant de commenter, si je trouve à le faire.

C’est donc l’autre sujet qui fera l’objet de cette première capsule, soit le port obligatoire du couvre-visage dans tous les lieux publics fermés, à partir de demain. Le débat est très polarisé. D’un côté, celles et ceux pour qui la lutte au virus doit primer sur tout le reste. Et de l’autre côté, les gens pour qui les libertés individuelles sont plus importantes.

Les libertés individuelles sont très importantes pour moi. Mais c’est justement parce que j’ai hâte de recouvrer la mienne, pleine et entière, que je fais ce qu’il faut pour vaincre cette satanée Covid.

Voici la capsule de cette semaine :


Fêtes estivales (suite)

Il y a deux semaines, je faisais mention sur cette page des fameux « Covid partys », tenus dans l’état de l’Alabama, chez nos voisins du Sud. En fin de rubrique, j’exprimais le souhait que ces étourderies ne résultent pas en hausse significative des infections, tout en mentionnant que je reviendrais aujourd’hui sur les statistiques. Eh bien nous y sommes.

Ces chiffres sont frais du 15 juillet. En 13 jours, donc, on parle d’une augmentation 20 977 cas et de 389 décès supplémentaires, pour une population de 4,9 millions d’habitants, comparativement à 8,5 millions pour le Québec. Durant ce temps, le gouverneur de l’état voisin de la Géorgie poursuit la mairesse d’Atlanta parce qu’elle a imposé le port du couvre-visage dans sa ville.

Cette semaine, une abondance de personnes ont qualifié de « moutons » les gens qui portent le couvre-visage. Si je me fie aux statistiques rapportées ci-dessus, je pense me rapprocher de la vérité en affirmant que ça ne semble pas être les moutons qui se dirigent vers l’abattoir.


Et je cite :

Je partage les craintes des gens qui sont concernés par la liberté, mais il y a d’autres valeurs aussi, telles que la vie et la sécurité de la personne. Malheureusement, dans ce cas-ci, je pense que le droit de ne pas porter de masque ne peut pas prévaloir sur les preuves médicales selon lesquelles le masque ralentit substantiellement la propagation du virus.

Julius Gray, juriste, le 15 juillet 2020

Un bol d’air frais

Pas tout à fait. Pas du tout un bol d’air frais, en fait. Mais aux gens qui prétendent que le masque bloque l’oxygène, le docteur Alain Vadeboncoeur s’est prêté à une expérience intéressante :

D’accord, nous sommes loin de l’air pur et frais du sommet d’une montagne, mais cette expérience s’avère concluante. L’air circule très bien à travers un couvre-visage.


Dans mes écouteurs

En #musiquebleue cette semaine, un son rock comme je les aime, avec Les Chic-Chocs, de Sara Dufour.


Billet du 26 juin 2020 : Le plus présent des absents

Dans le cours de français

Sur Twitter, cette semaine, l’auteur Daniel Thibault, demandait d’où venait l’idée de mettre le tréma sur le e de aiguë. Je trouvais pertinent d’amener la réponse dans ce billet. J’essaierai d’expliquer le plus simplement possible.

Avant 1990, un tréma sur une voyelle signifiait que l’on devait prononcer la voyelle précédente. Ainsi, on doit prononcer le a dans maïs, le o dans Noël et le o dans stéroïde.

Depuis 1990, un tréma, toujours utilisé quand deux voyelles sont consécutives, signifie plutôt que l’on doit prononcer ces deux voyelles séparément. Une convention stipule que c’est la deuxième voyelle qui hérite du tréma. Qu’est-ce que ça change ? Rien… sauf pour les mots en gue. Parce que dans aiguë ou ambiguë, par exemple, on ne prononce qu’une seule des deux voyelles finales et consécutives, le u. Donc, pour montrer que l’accent doit être mis sur le u dans la prononciation du mot, on a proposé, pour les mots en gue seulement, d’utiliser le tréma comme n’importe quel autre accent sur la lettre qui doit être verbalement accentuée, tout en continuant d’accepter l’ancienne orthographe. C’est ainsi qu’on peut maintenant écrire aiguë ou aigüe, ambiguë ou ambigüe.

À noter qu’au masculin, comme il n’y a qu’une seule voyelle en fin de mot, plutôt que deux, on écrit aigu et ambigu.


Dans le cours d’univers social

J’aimerais revenir ici sur le spectacle de la Fête nationale du Québec. Comme d’autres, j’ai trouvé que ce spectacle était l’un des meilleurs jamais présentés dans le cadre de ces festivités. Et qu’est-ce que je constate le lendemain matin ? Plusieurs n’ont retenu que l’absence du fleurdelisé et le fait que Pierre Lapointe aurait dénaturé un classique de Plume Latraverse.

Je viderai en premier lieu la question de Pierre Lapointe. C’est vrai, il a changé les paroles de la chanson Rideau pour en faire :
Pis ceux qui ne sont pas contents
Ils viendront nous voir à l’entracte
On est ben ouverts à vos commentaires
Si vous payez l’cognac-gnac-gnac-gnac

Mais chez tous ceux et toutes celles qui s’en offusquaient et criaient au scandale, personne n’a soulevé qu’un autre classique québécois, Promenade sur Mars du groupe Offenbach, avait également été remodelé pour donner :
la femme que je suis
Quoiqu’elle en pense
N’a pas accès
Ni de près ni de loin

Deux poids, deux mesures, ici ?

Personnellement, je me suis délecté de la nouvelle version de Promenade sur Mars, y voyant un clin d’oeil important à une situation très actuelle. Autant que je me suis amusé de voir Pierre Lapointe, sourire aux lèvres, renoncer à lancer le gros tabarnak bien senti que réclame d’ordinaire cette chanson de Plume.

Le drapeau, maintenant. On l’a bien aperçu sur les masques des danseuses, de même que sur l’écran derrière la scène, mais il aurait fallu pallier au fait qu’en l’absence d’une foule sur place, il n’y aurait aucun drapeau sur le parterre. Le Mouvement national des Québécois a d’ailleurs assumé cette erreur.

Une fois ceci mentionné, est-ce que la fête s’en est trouvée complètement gâchée ? Oui, aux dires de plusieurs sur les réseaux sociaux. Je suis d’un tout autre avis.

Un drapeau est un symbole. C’est à travers des paroles et des actions qu’un peuple s’affirme. Le symbole, lui, ne fait qu’accompagner le reste. Il ne parle pas, ne bouge pas, ne prend aucune décision. Durant ce spectacle, y a-t-il eu des mots et des gestes qui ont transcendé tous les symboles ? Absolument.

Le discours de Fred Pellerin, alors qu’il martelait « On est au commencement de quelque chose », valait à lui seul tous les discours patriotiques qu’on a pu entendre depuis longtemps. Ceux d’Ariane Moffatt et de Christine Beaulieu, qui évoquaient respectivement l’avenir et le passé, en constituaient un splendide complément. Que dire du message imprimé sur le teeshirt d’Hubert Lenoir : « Avoir l’opportunité de changer le monde et ne rien faire, pourquoi? ».

Ajoutez l’harmonie qui réunissait toutes les couleurs de peau, les genres, les orientations sexuelles, les générations et les différentes langues qui ont forgé l’histoire du Québec, tout cela sur une même scène, et vous obtenez effectivement le point de départ de quelque chose. La prestation d’Elisapie, en paroles et en chansons, apportait cette volonté autochtone de faire partie de l’aventure. Qu’il demeure dans la Fédération canadienne ou qu’il acquière un jour son indépendance, ces artistes ont clairement formulé le voeux que le Québec soit désormais façonné de manière ouverte et inclusive. En ce sens, ils se sont fait les porte-parole de la génération de mes élèves, à travers un message que je reconnais bien. À propos de l’inclusion, Émile Bilodeau écrivait sur sa page Facebook : « Nos ancêtres ont fait des ‘moves’ qu’on doit aujourd’hui réparer. Si vous ne le faites pas, c’est ma génération qui va le faire. »

Pas besoin d’agiter un drapeau quand on l’a tatoué sur le coeur.


Et je cite :

Vous avez pas idée du niveau de harcèlement que je subis personnellement comme si c’était mon choix, ma faute alors que le MNQ lui-même a assumé la responsabilité de ce manquement. Le monde est capoté…

Ariane Moffatt, coanimatrice du spectacle de la Fête nationale, le 25 juin 2020

Dans le cours de mathématiques

Une statistique effarante a été publiée sur le site de Radio-Canada, mardi, à la suite d’un reportage de Thomas Gerbet. Malgré les rapports de non-conformité qui se multiplient et l’hécatombe meurtrière due à la COVID-19, seulement sept inspecteurs sont mandatés pour la surveillance des 1750 résidences pour aînés au Québec. À l’autre bout du spectre, voici de nouveau l’organigramme du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec :

Dès que j’ai pris connaissance de cette nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de penser à une blague qui avait circulé sur la Toile, il y a longtemps. Intitulée Un défi japonais, la blague évoquait deux équipes d’aviron qui devaient traverser le fleuve St-Laurent. Alors que les Japonais s’étaient présentés au défi avec un équipage composé de quatre rameurs et d’un barreur, l’équipage québécois comptait quant à lui sur un seul rameur et quatre cadres ou fonctionnaires pour l’encourager. Je présume que vous devinez lequel des deux équipages a remporté le défi.

Comme dans la blague, peut-être que notre système de santé compte trop de généraux et trop peu de soldats. Et cette métaphore n’implique aucunement les membres des Forces armées canadiennes venus prêter main forte au réseau.

Pour ajouter à l’absurdité de la situation, Thomas Gerbet précise dans son reportage que le nombre d’inspecteurs québécois affectés au bien-être animal est de dix-huit, soit plus du double. Je réitère ce que je mentionnais dans mon billet du 17 avril dernier : on reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses enfants et ses aînés. Le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a de toute évidence beaucoup de pain sur la planche.


Dans le cours d’éthique et culture religieuse

Quelqu’un qui a eu maille à partir avec les utilisateurs de Twitter, cette semaine, c’est le docteur Alain Vadeboncoeur. Pourtant, il n’a fait que répéter ce que la Santé publique recommande, soit le port du couvre-visage dans les lieux publics. Les insultes et épithètes vulgaires ont fusé de toute part en sa direction. Quelques émojis plus disgracieux, aussi.

Un fait important à retenir, c’est que le couvre-visage permet de protéger les autres et non de se protéger soi-même de la contagion des autres. Là-dessus, Alain Vadeboncoeur a traduit et diffusé une publication populaire, et un peu crue, qui l’illustre bien. Les phrases manquent de ponctuation, mais le message est quand même clair.

Par respect pour ceux qui m’entourent dans les lieux publics, je porte le couvre-visage. Si tout le monde faisait de même, nous nous éviterions probablement un autre confinement en cas de deuxième vague.


Et je cite :

C’est le cas de le dire, ceux qui ne croient pas au virus sont… démasqués.

Martin Petit, humoriste, le 21 juin 2020

Dans le cours d’art dramatique

Le personnage de Homer Simpson n’est pas reconnu pour sa grande classe. Toutefois, l’équipe des Simpson a agi avec une élégance remarquable en rendant un hommage particulier au comédien québécois Hubert Gagnon, décédé récemment. Pour les gens de ma génération, Hubert Gagnon était le Picabo des Oraliens, et le Flip de Flip et compagnie. Pour les générations suivantes, il a été la voix québécoise de Homer Simpson durant les 27 premières saisons de la série, avant d’être remplacé pour des raisons de santé.

Sur le compte Instagram des Simpson, voici ce qu’on pouvait trouver, le week-end dernier :

Notez le Au revoir Hubert !, rédigé en français. C’est de la grande classe.


Dans le cours de musique

On attend du nouveau matériel d’Émile Proulx-Cloutier depuis maintenant une trentaine de mois, soit depuis la sortie de son excellent album Marée haute. Si on a pu voir l’acteur à la télé et au cinéma durant cet intermède, c’est bien l’auteur-compositeur-interprète qui était de retour en studio, la semaine dernière, dans le cadre du StudioFest d’Ici Musique. Il y a repris la pièce Mon dos, du même album. C’est ce que je vous présente en #musiquebleue, cette semaine.


Et je cite :

Un vieil adage du hockey veut qu’une équipe doive rester en santé pour pouvoir espérer remporter la Coupe Stanley. Ça n’aura jamais été aussi vrai que cette année.

Martin Leclerc, journaliste, commentant les nombreux cas de COVID-19 dans le sport professionnel, le 22 juin 2020

La bonne nouvelle de cette semaine

La vie reprend graduellement son cours normal, au Québec. Ainsi, selon ce que rapportait le site HollywoodPQ ce mardi, le tournage de plusieurs séries québécoises reprendra au cours des prochains jours, suite à l’assouplissement des règles sanitaires. À coup de 15 minutes par jour, des scènes de proximité pourront même être tournées par les acteurs. Les téléspectateurs savoureront donc assurément du nouveau matériel dès cet automne.

Également, après les ciné-parcs, ce sont les radio-théâtres qui reviennent en force. Suite à la présentation de la pièce Tu te souviendras de moi, hier soir, la station Ici Première et son application OHdio récidiveront les 16 juillet, 6 août, 27 août, 17 septembre et 8 octobre, chaque fois à 20 heures, avec des pièces montées par des théâtres québécois et adaptées pour la radio.

Lentement mais sûrement, il fait bon de revoir nos artistes reprendre le travail.