Billet du 10 avril 2026 : Trump et la maturité émotionnelle

Il y a quelque chose de frappant dans certaines prises de parole publiques récentes de Donald Trump. D’abord, le ton : abrupt, injurieux, vulgaire, souvent polarisé. Ensuite, les positions : affirmées avec force, parfois modifiées, puis réaffirmées autrement, sans que la complexité de la situation semble réellement intégrée. Peu importe ici le fond géopolitique, ce qui mérite attention, c’est la forme. Car la forme, en matière de communication humaine, n’est jamais neutre.

Depuis plusieurs décennies, des chercheurs comme John Bowlby1, Mary Ainsworth2, Daniel J. Siegel3 et Gordon Neufeld4 nous ont appris à regarder autrement ces manifestations. Non pas comme de simples traits de caractère, mais comme des expressions d’un certain degré de maturation du système émotionnel et relationnel. Chez l’enfant comme chez l’adulte, le développement du cerveau ne se mesure pas uniquement à l’intelligence ou au pouvoir. Il se lit dans la capacité à réguler ses émotions, à tolérer la frustration, à rester en lien malgré le désaccord, à intégrer la complexité sans la réduire à des oppositions simplistes.

Dans cette perspective, un langage chargé, une escalade verbale rapide ou une tendance à transformer toute situation en rapport de force peuvent être interprétés comme des réponses dominées par les circuits émotionnels immédiats. Siegel parlerait ici d’un manque d’intégration entre les systèmes émotionnels et les fonctions plus réflexives du cerveau. Neufeld, de son côté, verrait possiblement une difficulté à accéder à cette maturité qui permet d’assumer de reconnaître ses limites ou de composer avec l’incertitude sans devoir immédiatement la transformer en victoire ou en menace.

Les travaux de Bowlby et de Ainsworth ajoutent une couche supplémentaire à cette lecture. Ils montrent que, lorsque la sécurité relationnelle est fragilisée, l’individu peut adopter des stratégies de protection qui passent par le contrôle, la domination ou la mise à distance de l’autre. Dans un contexte politique, ces stratégies peuvent prendre la forme d’une confrontation, où l’autre n’est plus un interlocuteur, mais un adversaire à vaincre.

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de poser un diagnostic à distance, ni de prétendre connaître l’histoire développementale d’un individu comme Trump. Mais ces modèles nous offrent un miroir. Ils nous permettent de reconnaître certaines tendances récurrentes, de les nommer, et surtout de réfléchir à ce qu’ils produisent dans l’espace public. Car au-delà des intentions, ce sont les effets qui comptent : montée de la tension, simplification des enjeux, difficulté à construire du commun.

Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Dans un monde complexe, interdépendant, traversé de crises multiples, la véritable force ne réside pas seulement dans la capacité d’imposer. Elle réside dans la capacité de contenir, de nuancer, de relier. Autrement dit, dans une forme de maturité qui n’a rien de spectaculaire, mais qui est profondément structurante. Cette semaine, à la lumière des prises de parole du président américain, cette distinction entre imposer et contenir prend un visage particulier.

Ce que ces chercheurs nous rappellent, c’est que le développement du cerveau humain ne s’arrête pas à l’enfance. Il se poursuit dans chaque situation de tension, dans chaque désaccord, dans chaque moment où une réponse est possible plutôt qu’une réaction.

Et à ce jeu-là, la puissance la plus impressionnante n’est pas toujours celle que l’on croit.

1 Bowlby, J. (1978). Attachement et perte. Volume 1 : L’attachement. Presses universitaires de France.

2 Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (2014). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Psychology Press.

3 Siegel, D. J. (2021). Le cerveau de l’enfant (nouvelle éd.). Les Arènes.

4 Neufeld, G., et Maté, G. (2013). Retrouvez votre rôle de parent : pourquoi les parents doivent compter plus que les pairs. Éditions de l’Homme.


Dans mes écouteurs

Le plus récent album de La Zarra, Der Himmel, m’apparaît comme une œuvre de libération, à la fois fragile et affirmée, où l’artiste se défait des attentes pour retrouver sa propre voix. On y traverse une trajectoire intime, du doute à la lumière, portée par une écriture plus personnelle et des influences musicales qui osent s’écarter des sentiers battus. Et cette voix… cette voix théâtrale, chaude, presque intemporelle, agit ici comme un fil conducteur qui donne sens à l’ensemble. Un album qui ne cherche pas à plaire d’abord, mais à être vrai, et c’est précisément ce qui le rend si agréable à écouter.

En #musiquebleue, voici la pièce titre.

La Zarra – Der Himmel – Der Himmel – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Il y a des gestes qui parlent plus fort que bien des discours. Dans une époque où la place du français suscite régulièrement des débats au Québec, voilà qu’un dirigeant américain du baseball indépendant choisit, pour ses 50 ans, non pas le soleil de la Floride ni les lumières de Las Vegas, mais une semaine d’immersion en français, à Québec. Pendant plusieurs jours, Matt Shepardson s’est plongé dans la langue avec rigueur et humilité, enchaînant les heures d’apprentissage avec un objectif simple et profondément humain : être capable, un jour, d’échanger avec les partisans des Capitales de Québec dans leur langue. Un choix qui, à lui seul, témoigne d’un respect sincère envers la culture québécoise.

Ce qui frappe, au-delà de l’effort linguistique, c’est l’intention. Apprendre une langue, c’est tendre la main. C’est reconnaître l’autre. Et dans les bureaux comme dans les restaurants de Québec, ce geste n’est pas passé inaperçu. On raconte qu’un simple « merci » lancé en français a suffi à créer un lien, à ouvrir une porte, à susciter un sourire. Shepardson ne parle pas encore parfaitement le français, mais il progresse avec constance, porté par une volonté qui incite le respect. Et peut-être est-ce là la plus belle leçon : le respect ne se commande pas, il se mérite. Une phrase à la fois.

Source :
Lalancette, M. (2026, 29 mars). Une semaine d’immersion en français pour le numéro 2 de la Ligue Frontière. Le Soleil. https://www.lesoleil.com/sports/baseball/capitales/2026/03/29/une-semaine-dimmersion-en-francais-pour-le-numero-2-de-la-ligue-frontiere-DR3WQDWUVZGYBJ


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Journal de vacances du 20 août 2021

J’étire la sauce. En fait, mes vacances scolaires se sont terminées hier. Aujourd’hui, c’est le retour à l’école pour quatre journées pédagogiques, avant la rentrée des élèves, jeudi prochain.

Pour la première fois de ma carrière, la fébrilité habituelle fait place à l’appréhension. Bien sûr, je suis prêt à enseigner, à planifier, à corriger. J’ai aussi hâte de rencontrer mes élèves. Mais malgré les huit dernières semaines de congé, j’ai le sentiment que le corps n’a pas suffisamment récupéré. En ce sens, je me considère tout de même privilégié de pouvoir bénéficier de si longues vacances.

Vivement la fin de la pandémie et des mesures sanitaires.


Souvenirs de vacances

Un des bons côtés de la pandémie, toutefois, c’est qu’elle nous oblige à prendre nos vacances chez nous. Non seulement cela nous permet-il de découvrir de merveilleux endroits à proximité, tout en nous instruisant sur différents aspects de notre histoire, mais c’est notre économie qui en bénéficie.

C’est ainsi que la semaine dernière, et pour un deuxième été consécutif, j’ai pu me dépayser à quelques heures de route de chez moi, au Québec. 

Le soleil brille, l’eau est bleue et l’herbe est verte. Et c’est chez nous.


Lecture de vacances

J’aurai lu quatre bouquins, durant mes vacances d’été. Le plus récent s’intitule Il y a 25 ans, le Déluge, du journaliste Mikaël Lalancette. Tour de force s’il en est un, il s’agit du deuxième livre de cet auteur, publié cette année. 

Vingt-cinq ans après les inondations qui avaient suivi trois jours de pluies diluviennes, au Saguenay, Mikaël Lalancette, lui-même sinistré, anime à travers ses pages les acteurs et les témoins bien réels de cette tragédie. Chaque chapitre est dédié à des victimes, directes ou collatérales. Si plusieurs ont survécu, ce sont surtout les personnes qui ont perdu la vie qui nous sont présentées, orientant ainsi la lecture vers un devoir de mémoire.

Le livre se veut captivant, comme peut l’être un roman.

Lalancette, Mikaël. (2021). Il y a 25 ans, le Déluge. Les éditions de l’Homme. Montréal. 264 pages.

Dans mes écouteurs

Elle possède une très belle voix, qu’elle exploite dans les chansons qu’elle écrit et compose. Elle s’appelle Claudelle et a lancé l’album Les dahlias ne meurent pas, en mars dernier. Les textes dégagent une poésie agréable, qui s’agence très bien avec le style pop-folk, un brin jazzy, de la musique. La pièce Pourtant, extraite de cet album, est celle que je vous présente en #musiquebleue. 

Claudelle – Pourtant – Les Dahlias ne meurent pas – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Voici une histoire comme je les aime. D’abord, trois frères, dans la vingtaine, agriculteurs et entrepreneurs. Producteurs de fraises, ils avaient déjà développé des partenariats avec les grandes chaînes québécoises de supermarchés. Il leur en manquait une importante, Costco, dont les standards d’emballage et de vente en gros favorisaient uniquement les fermes américaines.

Voyant le projet comme un défi, Olivier, Jonathan et Jérémie Pitre, soutenus par leur père Michel, ont inventé une machine leur permettant de cueillir les fraises plus rapidement, et ainsi fournir les entrepôts québécois de la bannière américaine. Les trois jeunes frères ont réussi là où de puissantes associations avaient échoué, depuis une quinzaine d’années.

L’avenir de leur entreprise s’annonce prometteur.

Lire le reportage de La Presse+.


Journal de vacances du 23 juillet 2021

Je suis de retour d’un ermitage de trois jours dans une réserve faunique de la Mauricie. Pas de téléphone, pas d’Internet, pas de moteurs sur le lac. Seulement la verdure, l’air pur et les sons de la nature. On dit que les enseignants se sont retrouvés en convalescence, et non en vacances, à la fin des classes. Cette convalescence, pour moi, est maintenant terminée. Je peux désormais passer aux vacances, aux vraies.


Sur mon écran

Je n’ai pas encore regardé les premières épreuves des Jeux olympiques de Tokyo. Je commencerai assurément au cours des prochains jours. Une nouvelle est toutefois venue marquer le monde du sport et des médias, cette semaine. Après 10 années de télédiffusion francophone à TVA Sports, les matchs et événements impliquant la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) et la Ligue canadienne de hockey (LCH) retourneront au Réseau des sports (RDS), dès la prochaine saison.

Autant j’ai pu critiquer l’équipe de TVA Sports pour la diffusion des matchs de la LNH, depuis les débuts de la station, autant je n’ai que de bons mots pour ceux qui y ont assuré la couverture des activités de la LHJMQ. Mes six saisons passées sur la galerie de presse du Centre d’excellence sports Rousseau, domicile de l’Armada de Blainville-Boisbriand, m’ont permis de côtoyer les Sébastien Goulet, Steven Finn, Alain Chainey et Mikaël Lalancette. Ce sont des gens très professionnels, en plus d’être de très chics types.

Il n’existe cependant aucun doute à mon esprit quant aux qualités de celles et ceux qui reprendront le collier, à RDS. Les compétences de Stéphane Leroux et d’Andrée-Anne Barbeau sont connues et reconnues. Je demeure persuadé qu’ils entreront dans la danse.


Lecture de vacances

J’ai commencé la lecture de Georges Vézina, l’Habitant silencieux, de Mikaël Lalancette, il y a déjà quelques mois. Avec la fin de l’année scolaire et les nombreuses autres lectures que j’ai dû effectuer pour les besoins de ma formation en psychopédagogie, je m’étais vu forcé de le mettre de côté, avant de le reprendre pour le compléter, cette semaine. 

Il s’agit de la vie de Georges Vézina, gardien de but et première grande vedette du Canadien de Montréal. Originaire de la région du Saguenay, il a laissé son nom à un aréna de la région, à plusieurs artères dans des municipalités québécoises, ainsi qu’au trophée remis annuellement par la LNH à son meilleur gardien de but de la saison. Alors qu’il était en pleine gloire, Vézina a succombé à une tuberculose en 1926, à l’âge de 39 ans.

Avec ses nombreuses recherches pour la rédaction de ce bouquin, l’auteur a abattu une besogne de moine. En fait, l’ouvrage fournit tout le contenu qui pourrait s’avérer nécessaire à un scénariste désirant l’adapter pour le cinéma ou la télévision.

Non seulement ai-je apprécié ce livre de Mikaël Lalancette, j’en recommande la lecture. Il met en lumière un pan oublié de l’histoire sportive du Québec. Captivante et riche, cette biographie ? Absolument ! Le voyage dans le temps recèle plusieurs magnifiques surprises.


Mon coup de gueule

Jeff Bezos est à la tête d’Amazon, la géante du commerce en ligne. L’entreprise a été pointée du doigt, au printemps, après que des employés se soient plaints d’être obligés d’uriner dans des bouteilles parce qu’on les empêchait de prendre quelques minutes de leur quart de travail pour passer à la salle de bain.

Jeff Bezos s’est offert un voyage dans l’espace, en début de semaine. En ces temps de changements climatiques, de pollution et de recherche de solutions aux énergies fossiles, il a répandu une grande quantité de carburant dans la stratosphère.

Lorsqu’il est revenu sur terre, au sens propre de l’expression, Jeff Bezos a poussé l’indécence jusqu’à remercier les employés et les clients d’Amazon, car ce sont eux qui ont « payé pour tout cela ».

Lorsque j’ai entendu cette nouvelle, une bande dessinée de Serge Gaboury, publiée il y a longtemps dans la défunte revue Croc, m’est revenue en tête. Une recherche sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) m’a permis de la retrouver. La voici :

Serge Gaboury – Croc numéro 45 – Avril 1983

Peu importe le qualificatif que vous donnerez à cette bande dessinée, le même peut s’appliquer à Bezos.


Et je cite :

« Il y a peut-être un problème avec un système économique qui permet à une poignée de milliardaires de gonfler massivement leur richesse durant une pandémie et de tournoyer dans l’espace à l’intérieur de fusées spatiales, pendant que des millions de personnes peinent à maintenir un toit au-dessus de leur tête dans le pays le plus riche de la planète. »

Bernie Sanders, sénateur américain, le 22 juillet 2021.

Dans mes écouteurs

L’artiste s’appelle Samuël Jean et il a lancé son premier mini-album, Funambule, en mars. Un son folk rock québécois qui n’est pas sans rappeler celui des Parfaits salauds, dans les années 1990. Des six titres, Gamin est mon préféré, tant pour les paroles que pour la mélodie et les arrangements. C’est ce que je vous propose en #musiquebleue.

Samuël Jean – Gamin – Funambule – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Le Canada figure parmi les meneurs de tous les pays de la planète pour le taux de vaccination contre la COVID-19. Seulement sept pays ont atteint un taux de vaccination de 70 % de leur population et, depuis cette semaine, nous sommes du nombre.

Qui plus est, plus de la moitié (52 %) de la population canadienne a maintenant reçu ses deux doses du vaccin, ce qui nous classe parmi un groupe restreint de 15 pays.

Actuellement, c’est 26 % de la population mondiale qui a reçu au moins une dose de vaccin.

Dans le graphique ci-dessus, le vert foncé indique les pourcentages des populations ayant reçu les deux doses, alors que le vert pâle affiche les proportions de celles et ceux n’ayant reçu que la première.


Billet du 14 mai 2021 : « Se caresser et manger sur les terrances »

Au moment où j’écris ces lignes, le Kraken de Seattle, nouvelle formation de la Ligue nationale de hockey qui entamera ses activités l’automne prochain, n’aligne qu’un seul joueur. Il s’agit de Luke Henman, le capitaine de l’Armada de Blainville-Boisbriand, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Bien sûr, l’équipe se garnira au cours des prochains mois. On construira autour de Henman. Comme quoi il y a du talent dans la LHJMQ.

Le Canadien de Montréal l’a aussi reconnu, cette semaine, quand il a fait signer un contrat d’entrée à Rafaël Harvey-Pinard. Ironie du sort, cette signature est survenue quelques heures seulement après que le CH ait été pointé du doigt pour n’avoir disposé d’aucun joueur Québécois en uniforme lors d’un match, cette semaine, une première en 112 ans d’histoire. Il faut cependant préciser que si aucun joueur de sa formation n’était né au Québec, trois d’entre eux, Jake Allen, Paul Byron et Michael Frolik, sont des produits de la LHJMQ.

Faut-il s’en insurger ? Peut-être pas, il n’y a après tout rien d’étonnant dans cette situation et on s’y habitue rapidement, malheureusement. Pensez à la fois où on a fait grand éclat de l’absence totale de mots en français, même dans ses salutations, dans le premier discours de Saku Koivu à titre de capitaine de l’équipe. Inacceptable, c’était. Non seulement Koivu a-t-il poursuivi dans la même veine durant son long règne de capitaine du Tricolore, mais la plupart de ceux qui lui ont succédé ont suivi la tendance. Alors sans nécessairement s’en insurger, il faut constater que des correctifs peuvent être apportés et que la situation peut être facilement améliorée.

Quelqu’un me faisait remarquer qu’il n’y avait peut-être pas de joueurs québécois chez le Canadien, mais qu’il n’y avait pas plus de joueurs albertains chez les Oilers d’Edmonton, son adversaire, ce soir-là. Peut-être. Mais le Canadien de Montréal se doit de puiser dans son fief pour construire ses alignements. Cette obligation, il la doit à son histoire, la plus grandiose et la plus prestigieuse de toutes les équipes sportives d’Amérique du Nord, avec celle des Yankees de New York. Ses équipes victorieuses de 24 Coupes Stanley, la Sainte-Flanelle les a bâties avec des joueurs d’ici et des joueurs qui ont été développés par l’organisation. Actuellement, les proportions sont faibles dans les deux catégories. Il suffit de lire les premières pages du livre Georges Vézina : L’habitant silencieux, de Mikaël Lalancette, pour comprendre que le Canadien de Montréal était l’équipe des francophones, des Canadiens français, dès le début de son histoire. Quand on parle de Tradition avec un grand T, chez le Canadien, ce n’est pas seulement celle des bras meurtris qui tendent le flambeau, c’est celle des Georges Vézina, des Maurice Richard, des Jean Béliveau, des Guy Lafleur, des Patrick Roy, des Stéphane Richer et des nombreux autres joueurs d’ici qui ont vu leur nom être gravé sur la Coupe.

J’ai couvert les activités de l’Armada de Blainville-Boisbriand durant ses six premières saisons. La loge des dépisteurs des équipes de la LNH n’est pas très loin de la galerie de presse, au Centre d’excellence sports Rousseau. Je peux affirmer y avoir vu des représentants de plusieurs équipes beaucoup plus souvent que ceux du Canadien.

Bien sûr, le nombre de joueurs de la LHJMQ ayant gradué dans la LNH a considérablement chuté, au cours des dernières décennies. On parle d’une cinquantaine, actuellement, soit une moyenne d’un peu plus d’un joueur par équipe. Mais il se trouve quand même des Penguins de Pittsburgh ou un Lightning de Tampa Bay qui ont su donner leur chance à plusieurs jeunes joueurs issus du Québec et qui en comptent en ce moment plus que le Canadien. Les Penguins ont même procédé, à Pittsburgh, à une soirée entièrement francophone, il y a deux ou trois ans.

Chaque année, au repêchage amateur, le talent se situe dans les deux premières rondes. Au-delà de la deuxième ronde, le repêchage devient pratiquement un coup de dés. Marc Bergevin et Trevor Timmins devraient comprendre qu’ils ont tout intérêt à ne pas laisser les autres équipes venir leur damer le pion dans leur propre cour. Après tout, quand on regarde le peu de joueurs repêchés par le Canadien qui ont joué 100 matchs et plus dans la LNH au cours des 15 dernières années, on se dit qu’il n’y a pas grand chose à perdre à tenter sa chance avec les talents locaux.


Dans le cours de français

Je le mentionne chaque année à mes élèves, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue au Canada. Les neuf autres provinces n’ont qu’une seule langue officielle, le français pour le Québec, l’anglais pour les autres.

La ville ontarienne d’Ottawa possède cependant le statut de ville bilingue, en tant que capitale du Canada qui, lui, est un pays fondé à partir de deux langues officielles. Ceci en théorie, bien sûr, parce qu’en pratique, l’une des deux langues peut se retrouver avec quelques imperfections.

C’est ainsi que jeudi après-midi, Santé publique Ottawa a diffusé un message dans un français plutôt approximatif sur Twitter. En voici un extrait :

Difficile de ne pas avoir certaines images dans sa tête…

#LeProfCorrige

Je n’aurai pas à mettre de trop grands efforts pour corriger, Santé publique Ottawa ayant fait amende honorable moins d’une heure plus tard. L’organisme a d’abord présenté ses excuses, avant de publier des phrases revues et corrigées.

On remarque que ces phrases ne sont toujours pas très bien construites, mais elles se tiennent beaucoup mieux.


Dans le cours de mathématiques

Cette semaine, je me suis replongé dans mes souvenirs du début de mon secondaire, alors que je devais enseigner à mes élèves l’ensemble des entiers naturels et l’ensemble des entiers relatifs. Bien entendu, en 6e année du primaire, on ne parle que des nombres entiers, sans préciser s’ils sont naturels ou relatifs.

Comme il m’arrive souvent de le faire, j’ai toutefois procédé à une incursion dans la matière du secondaire, histoire de montrer aux élèves les fameuses lettres à pattes supplémentaires que j’aimais beaucoup dessiner. Ainsi, les nombres entiers naturels étaient représentés par un , alors les entiers relatifs s’affichaient avec un .

Les nombres entiers naturels sont les nombres entiers de 0 jusqu’à l’infini.

ℕ = {0, 1, 2, 3, 4, …}

Il y avait aussi le fameux ℕ *, qu’on appelait N étoilé, qui comprenait la même séquence, à l’exception du 0.

ℕ * = {1, 2, 3, 4, …}

Quant à l’ensemble des entiers relatifs, il comprend tous les entiers négatifs et tous les entiers positifs.

= {…, −3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, …}

Évidemment, on pousse plus loin au secondaire, avec les nombres rationnels et les nombres réels. Mais là-dessus, je me garde une réserve devant mes jeunes élèves. Chaque chose en son temps !


Dans le cours de musique

Depuis les dernières années, la tendance est aux « covers », ces reprises musicales de chansons ou de pièces instrumentales plus ou moins anciennes. Plusieurs artistes de tous azimuts s’y sont ainsi adonnés. Parmi les derniers en lice, Tire le coyote et Jeannot Bournival, qui ont lancé la semaine dernière un court recueil de reprises acoustiques de six chansons québécoises, ayant pour titre Le temps des autres. Dans le lot, mon coup de coeur va à Boom boom, ce merveilleux poème musical de Richard Desjardins.

C’est cependant La vie d’factrie, de Clémence Desrochers, que je vous propose aujourd’hui. Si cette chanson vieille de près de 60 ans a connu quelques reprises à travers les années, je pense entre autres à celles de Renée Claude et de Marie Michèle Desrosiers, c’est à ma connaissance la première fois qu’elle est interprétée par un homme, alors que Tire le coyote lui prête sa voix.

Tire le coyote et Jeannot Bournival – La vie d’factrie – Le temps des autres – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Cette nouvelle, j’ai bien failli ne pas l’inclure dans cette rubrique, pour une question environnementale. Les arrangements convenus entre les diverses parties impliquées me permettent toutefois d’en faire mention ici.

C’est à Beauharnois, en Montérégie, que Google implantera son premier centre de données au Canada. L’investissement de l’entreprise s’élèvera à 735 millions $ et créera une trentaine d’emplois permanents, après que la construction ait nécessité l’embauche de plusieurs centaines de travailleurs d’ici. Des zones infonuagiques sont exploitées à Montréal et à Toronto depuis les deux dernières années.

Le centre sera érigé sur un terrain appartenant actuellement à Hydro-Québec, et de cela auraient pu découler quelques conséquences politiques, en lien avec la question environnementale. C’est que le terrain en question est situé en zone agricole et que malgré l’interdiction de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) d’y construire le bâtiment, le gouvernement du Québec a décrété une mesure d’exception et outrepassé la décision de la CPTAQ en autorisant la construction en zone verte.

Hydro-Québec a ainsi imposé son terrain, malgré l’offre de la ville voisine de Salaberry-de-Valleyfield d’offrir un terrain similaire en zone dédiée aux télécommunications. La société d’état compensera en offrant d’autres terres pour au moins l’équivalent des pertes de territoires agricoles, alors que le gouvernement du Québec investira plus de 6 millions $ dans des organismes et projets voués à l’agriculture. Au final, il semble que tout le monde soit heureux.