Billet du 6 novembre 2026 : Que signifie au juste protéger la langue française ?

Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) a envoyé une lettre aux dignitaires de l’Union européenne, présents à Montréal la semaine dernière, pour expliquer son absence au sommet et les raisons qui l’ont incité à prendre cette décision. Je ne commenterai ni l’absence ni les raisons évoquées par le premier ministre. À défaut de critiquer le fond, je me concentrerai sur la forme. Dans cette lettre de deux pages, plusieurs erreurs de français ont été relevées.

C’est là que je sors de ma réserve et que mon billet quinzomadaire replonge dans un côté politique délaissé depuis quelques années, au profit d’un engagement presque exclusivement consacré aux sujets touchant l’éducation. Il y a plusieurs éléments que je refuse de passer sous silence, tant pour la nouvelle que pour son traitement.

Premièrement, la promotion d’un français bien parlé et bien écrit est un cheval de bataille que je mène depuis longtemps, que ce soit de façon personnelle ou comme pédagogue. Ceci m’a valu une célébrité bien involontaire et heureusement éphémère, lors de la campagne électorale québécoise de 2018. Durant toute cette campagne, j’ai corrigé les fautes dans les publications des personnes candidates des principaux partis, créant le mot-clic #LeProfCorrige et me soumettant à une série d’entrevues médiatiques. L’initiative est partie quand le chef du Parti québécois de l’époque, Jean-François Lisée, avait publié sur Twitter que le PQ était le seul parti capable de bien défendre la langue française, laissant passer dans ce même gazouillis une grossière faute d’orthographe. Aujourd’hui, huit ans plus tard, c’est le chef de ce parti, qui continue de se présenter comme le plus ardent défenseur et promoteur du français en Amérique du Nord, qui a failli en ce sens dès ses débuts comme premier ministre, et à l’international en plus.

Un internaute, Rémi Chapadeau, a relevé 43 erreurs de français dans la missive signée par PSPP. Vous les trouverez dans le deuxième bloc de ce billet. Si certaines de ces erreurs sont flagrantes, d’autres sont subtiles, voire acceptables dans un contexte plus familier, mais certainement pas dans un document officiel.

Deuxièmement, si le manque de rigueur rédactionnelle du premier ministre a suscité quelques réactions sur les réseaux sociaux, il en a été tout autrement dans les médias traditionnels, où on s’est contenté de relayer et commenter le fond du message, sans se préoccuper de la forme. En réalité, c’est seulement Mario Dumont qui, à l’antenne de QUB Radio, a mentionné la présence d’erreurs dans ce document. 1

C’est ce qui m’a amené à me poser cette question : si le français mal parlé et mal écrit ne fait plus réagir, si on ne se préoccupe plus de le parler et de l’écrire correctement, que signifie au juste protéger la langue française ?

Je sens qu’il se trouve de moins en moins de personnes pouvant me répondre de manière crédible.

1 Extrait de l’émission de Mario Dumont diffusée sur QUB, le vendredi 30 octobre 2026


Les corrections de Rémi Chapadeau

LA LETTRE

Grammaire.

1. «L’exemple […] en sont un bon exemple» → «en est». Et un exemple qui est un exemple, c’est un pléonasme.
2. «transmettre l’information aux provinces et lui donner une place» → «leur donner».
3. «de transmettre […] et leur donner» → «et de leur donner».
4. «d’accentuer et raffermir» → «d’accentuer et de raffermir».
5. «un nouveau gouvernement pour les représenter qui a un agenda clair» → «un nouveau gouvernement qui a […] pour les représenter».
6. «la communauté européenne avec qui» → «avec laquelle». «Qui» désigne des personnes.
7. «les ententes […] relèvent des provinces lorsque celles-ci tombent dans leurs champs de compétence». «Celles-ci» renvoie aux provinces, pas aux ententes.
8. «ni chaise à la table, ni l’occasion» → pas de virgule devant le second «ni».

Ponctuation.

9. «qui le plus souvent, de ce côté-ci de l’Atlantique, touchent» → «qui, le plus souvent, de ce côté-ci de l’Atlantique, touchent».
10. «des ressources naturelles qui demeurent des compétences exclusives» → virgule avant «qui», sinon seules les ressources naturelles seraient exclusives.
11. «Nous constatons que dans le cadre de ce sommet,» → «que, dans le cadre de ce sommet,».

Vocabulaire.

12. «a dû, sans doute,» → pléonasme. «A dû» exprime déjà la probabilité.
13. «à travers le temps» → «au fil du temps».
14. «un agenda clair» → «un programme clair».
15. «accentuer nos relations» → «resserrer nos relations».
16. «agit comme porte d’entrée» → «sert de porte d’entrée».
17. «les juridictions les plus européennes» → «les territoires» ou «les États».
18. «notre propension à maîtriser plusieurs langues» → «notre aptitude». Une propension est un penchant.
19. «nos intérêts mutuels» → «nos intérêts communs».
20. «les canaux de communications» → «de communication».
21. «une foule de sujets» → registre familier dans une lettre d’État.

Noms et cohérence.

22. «la communauté européenne» → l’Union européenne. La Communauté européenne n’existe plus.
23. «table des négociations», puis «table de négociations».
24. «champs de compétence», puis «champs de compétences».
25. «21e sommet», puis «activités du Sommet».
26. « »Alliance pour l’avenir »» → deux apostrophes et un guillemet droit au lieu de «Alliance pour l’avenir».
27. «l’AECG» → sigle jamais expliqué.
28. Aucun appel, aucun destinataire nommé.

LES RÉSEAU SOCIAUX

1. «l’offre de Mark Carney d’obtenir le droit de m’assoir» → tel qu’écrit, c’est Carney qui obtient le droit. «L’offre de m’accorder le droit».
2. «en échange d’obtenir de meilleurs sièges» → «en échange de meilleurs sièges».
3. «de représenter et protéger» → «et de protéger».
4. «l’invitation pour une discussion» → «l’invitation à une discussion».
5. «pour ouvrir ces canaux de discussion pour la suite» → deux «pour», et «ces canaux» ne renvoie à rien.
6. «à cet effet» → veut dire «dans ce but». Le sens voulu est «à ce sujet».
7. «À ce titre, j’enverrai» → veut dire «en cette qualité». Le sens voulu est «à cette fin».
8. «dans la position de premier ministre» → calque de l’anglais. «À la place du premier ministre».
9. «La réalité est que» → calque de l’anglais. «En réalité».
10. «des ententes qui impliquent l’Europe» → «qui concernent l’Europe».
11. «J’ai pris la plume et j’ai écrit» → pléonasme.
12. «invisibilisation» → néologisme absent des dictionnaires usuels.
13. «Québec» deux fois dans la même phrase.
14. «donc» deux fois en deux paragraphes.
15. «Bloc Québécois» → «Bloc québécois», selon l’usage français.

Source : Facebook Rémi Chapadeau


Dans mes haut-parleurs

Autrice-compositrice-interprète d’origine wendat, Sandrine Masse puise dans ses racines, sa culture et ses expériences pour créer une musique où se rencontrent folk, chanson et sonorités traditionnelles. Réalisé par Catherine Major, son troisième micro-album, Les veilleuses, aborde des thèmes parfois difficiles, notamment la violence et le silence. Un univers musical sensible, profondément humain, où la parole contribue à reconstruire ce qui a été fragilisé.

Voici la magnifique pièce Les soufflées.

Sandrine Masse – Les soufflées – Les veilleuses – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Il suffit parfois d’une table, de quelques ingrédients et d’un peu de temps partagé pour rapprocher des personnes que les générations séparent. Ici comme ailleurs, les cuisines collectives intergénérationnelles proposent bien davantage qu’une façon économique de préparer des repas. Les plus jeunes y découvrent des recettes et des savoir-faire transmis par leurs aînés, tandis que ces derniers trouvent une occasion de partager leur expérience et de briser l’isolement. À Barcelone, le programme Grandma’s Cooking permet ainsi aux générations de se rencontrer autour de la cuisine traditionnelle catalane, tout en favorisant la lutte contre le gaspillage alimentaire. Au Canada, certaines initiatives réunissent même de jeunes adultes et des personnes âgées aux prises avec des troubles de mémoire.

Ces initiatives nous rappellent que les solutions aux défis sociaux n’ont pas toujours besoin d’être complexes ou coûteuses. Dans une cuisine, chacun peut apporter quelque chose, qu’il s’agisse d’un savoir-faire, d’une idée ou simplement de sa présence. Les plats préparés se partagent ensuite entre les participants, mais ce qui se construit autour des fourneaux ne se mesure pas en portions. Il y a là une façon toute simple de renouer le dialogue entre les générations, de cultiver l’entraide et de redonner une place à celles et ceux que la solitude tient parfois à l’écart. On repart avec de quoi manger, mais aussi avec le sentiment d’avoir compté pour quelqu’un.

Source : Latour, Félicia, « Des cuisines collectives qui rapprochent les générations », Radio-Canada MAJ, 3 novembre 2026.


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Billet du 24 novembre 2023 : Journal de grève, 1re semaine

Depuis que j’ai démarré ce blogue, en février 2020, on peut y lire mes billets hebdomadaires, mes journaux de vacances d’été et mes journaux de vacances des Fêtes. Voici mon premier journal de grève.

Contrairement à mes journaux de vacances, dont je connais d’avance le nombre et les dates de publication, j’ignore complètement à quel moment je cesserai la publication de mes journaux de grève pour reprendre mes billets périodiques, ce débrayage dans lequel nous sommes entrés se réclamant général et illimité.

Allons-y donc une semaine à la fois !


À la manifestation
(Clin d’œil aux Cowboys Fringants)

Combien étions-nous à Montréal, hier, 23 novembre ? Au moment où j’écris ces lignes, j’attends toujours qu’un média s’avance sur les chiffres. Les images diffusées impressionnent, cependant.

La mobilisation est grande. En vingt-huit ans d’enseignement, j’ai vécu quelques journées de grève, bien réparties à travers les années. Chaque fois, même si une majorité de membres du syndicat votaient pour l’arrêt de travail, plusieurs choisissaient l’option inverse. Cet automne, sur une proposition de grève générale illimitée, c’est avec une quasi-unanimité que les 12 syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ont voté en faveur.

Hier, le premier ministre a offert de bonifier l’offre salariale aux enseignants, à condition que nous démontrions plus de flexibilité dans les conventions collectives. Par plus de flexibilité, il entend de ramener à la convention nationale un des éléments les plus importants des conventions locales, soit les affectations dans les écoles. Ceci dans le but d’éviter des situations comme lors des dernières rentrées scolaires, alors que plusieurs centaines de postes d’enseignants n’étaient pas pourvus. Le gouvernement imposerait alors de tenir les affectations en mai ou en juin, plutôt qu’en août.

Le problème est que les affectations se tiennent déjà en mai. Si les centres de services scolaire ont été obligés d’en instaurer une autre en août, de moindre envergure, c’est parce que cette dernière est rendue nécessaire à la suite de changements survenus en été, notamment par des ouvertures de classes faisant suite à des déménagements ou des révisions de zones de desserte. Oui, il est vrai que des enseignantes ou enseignants permanents peuvent damer le pion à des collègues à statut précaire lors de l’affectation d’août, ce qu’ont dénoncé Gaétan Barrette et Marc-André Leclerc lors de l’émission La Joute, à TVA1. Toutefois, je précise ici que, n’en déplaise aux panélistes de La Joute, qui hier ont erré dans plusieurs de leurs propos, l’ancienneté demeure le seul élément pouvant permettre aux titulaires d’améliorer leurs conditions en choisissant un milieu de travail qui leur convient. Contrairement à d’autres corps d’emplois, il est impossible en enseignement de négocier un meilleur salaire ou d’autres avantages avec son employeur.

Autre problème, l’offre salariale n’est qu’un des éléments de nos revendications. Et j’oserais ajouter que cet élément se voudrait négligeable, n’eût été la hausse astronomique du taux d’inflation, depuis la signature de notre dernière convention. L’élément le plus important de nos demandes concerne l’allégement de la tâche et l’aide professionnelle. Là-dessus, la ministre Sonia LeBel s’est montrée directe en affirmant que même si elle disposait des ressources financières nécessaires, le manque de main-d’œuvre l’empêcherait de donner suite à un potentiel engagement en ce sens. Nous en sommes conscients. Mais peut-on commencer dès maintenant à établir une structure qui, à plus long terme, ira dans cette direction ? Nous nous trouvons actuellement dans ce bourbier parce que les différents gouvernements qui se sont succédé ont fait la sourde oreille quand les premiers signaux d’alarme, et tous les suivants, ont été lancés. En toute chose, laisser aller un problème par souci d’économie résulte généralement en investissements majeurs dans des rénovations. C’est là où nous en sommes.

Enfin, pour tous les Mario Dumont de ce monde qui stipulent qu’une réponse favorable à nos demandes coûterait des milliards de dollars, je réplique qu’il en coûtera des dizaines de milliards avant longtemps si on n’agit pas maintenant. Nous en sommes aujourd’hui à plus de 40 % des nouveaux enseignants qui décrochent du milieu dans les cinq premières années de leur carrière, alors qu’un nombre de plus en plus grandissant de vétérans quittent également l’enseignement pour préserver leur santé physique ou mentale. Ajoutons que les facultés de l’éducation des universités québécoises se vident de plus en plus chaque année, quand 50 % des étudiants abandonnent après la première année et que 50 % de ceux qui restent abandonnent à leur tour après la deuxième 2. Si les investissements nécessaires ne sont pas effectués dès maintenant pour rendre la profession attrayante, on se dirige à toute vitesse vers un mur de béton.

Et je cite :

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ».

Abraham Lincoln

C’est l’avenir du réseau de l’éducation au Québec qui se joue actuellement. Rien de moins.

1 La Joute, TVA. Grève des enseignants: «Ça va se finir avec le « cash »». Le 23 novembre 2023.

2 Chartrand, Suzanne-G. Comprendre les causes de la pénurie d’enseignants. Le Devoir, Montréal. Le 13 novembre 2021.


Dans mes écouteurs

Le sentier de neige n’est pas la chanson du temps des Fêtes qui a le plus marqué la discographie québécoise, mais elle a très bien vieilli. D’abord interprétée par les Classels au milieu des années 1960, elle a été reprise dans plusieurs versions, toutes enregistrées au cours des quelques dernières années.

La dernière en lice est celle de Klô Pelgag. C’est elle que je vous propose cette semaine, en #musiquebleue.

Klô Pelgag – Le sentier de neige – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Vous aimez Foresta Lumina et Montréal en histoire ? Moi aussi !

Si certains investissements annoncés par le gouvernement du Québec peuvent paraître douteux, je considère que celui de 34 millions $ dans l’industrie numérique constitue une excellente nouvelle. Il s’agit d’un domaine en pleine expansion pour lequel le Québec possède toutes les chances de développer son expertise et de devenir un leader mondial.