Billet du 23 octobre 2026 : Des états généraux pour repenser l’école québécoise

Le Québec a un nouveau ministre de l’Éducation. Ou plutôt de l’Éducation nationale, puisque le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon, fraîchement assermenté, a choisi de rebaptiser le ministère, empruntant ainsi une appellation familière à nos cousins français. Faut-il y voir une volonté de réaffirmer le rôle de l’école dans la construction de notre identité collective ? L’intention reste à préciser. Chose certaine, Joël Arseneau n’arrive pas en terre inconnue. Ancien enseignant au collégial, titulaire d’une maîtrise en communication et ex-maire des Îles-de-la-Madeleine, il possède une expérience appréciable de l’éducation et de l’administration publique. Parmi les dossiers qui l’attendent figure la tenue de nouveaux états généraux sur l’éducation, une trentaine d’années après ceux de 1995-1996. À l’époque, cette vaste consultation avait permis de dégager dix chantiers prioritaires qui allaient contribuer à redessiner le paysage scolaire québécois. Trois décennies plus tard, les circonstances ont bien changé. Et les questions à se poser aussi.

Car si les défis auxquels fait face notre système d’éducation sont nombreux, certains dépassent largement les préoccupations qui alimentent habituellement le débat public. Pensons d’abord à une transformation qui s’opère plutôt discrètement dans notre réseau scolaire : le recours grandissant aux données et aux tableaux de bord pour orienter les décisions. Parallèlement, l’intelligence artificielle fait progressivement son chemin dans les pratiques professionnelles, soulevant à son tour de nouvelles questions quant à l’avenir de l’éducation. Jusqu’où ces transformations modifieront-elles nos façons d’enseigner et de gérer nos établissements ? Et quelle place laisseront-elles au jugement professionnel ? Plus fondamentalement, dans un monde où les technologies bouleversent notre rapport au savoir, au travail et aux relations humaines, ne faudrait-il pas réexaminer la mission même de l’école ? À force de multiplier les responsabilités que nous lui confions, savons-nous encore précisément ce que nous attendons d’elle ? Enfin, au-delà des résultats scolaires et des indicateurs de réussite, quelle importance voulons-nous accorder à la motivation, au bien-être et au développement global des élèves ? Leur donner les moyens de réussir est essentiel. Leur donner le goût d’apprendre, de comprendre et de s’accomplir ne l’est pas moins.

Bien sûr, les problèmes immédiats ne disparaîtront pas par la seule vertu d’une consultation publique. La pénurie de personnel, les besoins croissants des élèves et l’état de nos infrastructures appellent des réponses concrètes. Mais les urgences du présent ne devraient pas nous empêcher de réfléchir à l’avenir. Si les prochains états généraux se limitent à chercher des solutions aux difficultés actuelles, nous risquons de passer à côté d’une occasion précieuse de réflexion collective. Au fond, la question est peut-être moins de savoir comment améliorer notre système d’éducation que de déterminer ce que nous voulons qu’il devienne. Souhaitons-nous des états généraux pour réparer l’école québécoise telle qu’elle existe ou pour repenser fondamentalement ce qu’elle devrait devenir ? Voilà une réflexion qui mérite mieux que des réponses dictées par les seules urgences du moment.


Dans mes haut-parleurs

Il arrive que les mots nous manquent pour exprimer ce qui nous habite. C’est ce qui est arrivé à l’autrice-compositrice-interprète Josianne Paradis, qui souhaitait mettre en chanson son rapport au vieillissement, sans parvenir à trouver les mots justes. Elle s’est alors tournée vers Stéphane Lafleur, du groupe Avec pas d’casque. Une rencontre autour d’un café aura suffi pour que celui-ci lui propose, une semaine plus tard, Je n’ai plus l’âge que j’ai. Une chanson d’une grande délicatesse, où le temps qui passe, les transformations du corps et le regard amoureux se côtoient, sans nostalgie excessive ni résignation. Une petite merveille de sensibilité.

Josianne Paradis – Je n’ai plus l’âge que j’ai – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Le 22 septembre dernier, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, Miguel Gosselin Dionne, 38 ans, s’effondre sur le trottoir, victime d’un arrêt cardiaque. Plusieurs passants poursuivent leur chemin sans intervenir. Heureusement, deux femmes refusent de détourner le regard. Annie Mc Donough, qui promène son chien, s’approche et compose le 911. Agathe Martin, une intervenante possédant une formation en soins infirmiers, s’arrête à son tour pour lui porter secours. Par une heureuse coïncidence, une ambulance passe à proximité. Les paramédicaux entreprennent les manœuvres de réanimation et transportent Miguel à l’hôpital. Son cœur s’est arrêté pendant six longues minutes. Trois jours plus tard, il reprend conscience. Il ne garde aucun souvenir de l’événement, mais il sait qu’il doit une fière chandelle à ces deux inconnues qui ont choisi de lui venir en aide.

Dans une société où l’indifférence semble trop souvent prendre le dessus, Annie et Agathe nous offrent une magnifique leçon d’humanité. Grâce à elles, qui ont pris le temps de se soucier d’un inconnu, un cœur continue de battre.

Source :
Morasse, M.-E. (2026, 18 octobre). Son cœur bat encore, grâce à deux passantes. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/2026-10-18/mort-pendant-six-longues-minutes/son-coeur-bat-encore-grace-a-deux-passantes.php


Billet du 8 décembre 2023 : Journal de grève, 3e semaine

J’ai l’habitude d’écrire à la première personne du singulier. Je trouve présomptueux de se servir du pronom « nous » pour faire valoir sa position. Cependant, après de nombreux échanges avec les collègues, je peux affirmer que nous avons vécu deux grandes déceptions, cette semaine.

La première est survenue lundi. La veille, en soirée, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) avait soumis une contre-offre à la plus récente proposition gouvernementale. En matinée, la présidente du Conseil du trésor la rejetait devant les médias, avant même d’en avoir informé le syndicat. Cette façon de procéder propre au gouvernement actuel a été dénoncée seulement deux jours plus tard par six professeurs spécialisés en relations de travail à l’Université de Montréal 1.

Et je cite :

« On utilise le micro et les médias pour faire des déclarations alarmistes et aller chercher l’appui de la population. On se rend compte que ça n’aide pas aux tables de négociation, ça crée des braquages et des gens en colère. »

Mélanie Laroche, professeure en relations industrielles, Université de Montréal, le 6 décembre 2023. (Source : La Presse)

Tôt lundi matin, avant cette sortie de la ministre LeBel, nous étions certains que le retour en classe était imminent. Sincèrement, il y avait de la joie et de la bonne humeur sur les lignes de piquetage. Nous avons brutalement été ramenés à la réalité.

C’est mercredi soir que nous avons vécu la seconde déception : l’annonce de l’offre de bonification salariale de 12,7 % sur cinq ans (16,7 % pour une infime minorité d’employés du secteur public). Selon les prédictions rapportées par plusieurs médias, l’inflation pour cette même période devrait atteindre 18,1 %.

D’abord, comme je l’indiquais dans mon billet du 24 novembre dernier 2, la question salariale ne constitue qu’un élément parmi d’autres dans nos revendications. Malgré le fait que notre rémunération se situe bien en deçà de la moyenne canadienne, nous ne réclamons dans le contexte actuel qu’une indexation au taux d’inflation. Là-dessus, je rappelle qu’à l’automne 2022, les députés se sont voté une hausse salariale de 30 %, pas sur cinq ans, mais sur un an. Je rappelle également qu’en septembre dernier, ce gouvernement offrait une augmentation de 21 % aux policiers de la Sûreté du Québec. Préalablement acceptée en entente de principe, l’offre a finalement été rejetée quand les syndiqués se sont prononcés dessus.

Donc, les députés s’octroient 30 % sur un an, les policiers refusent 21 % sur cinq ans et on n’offre que 12,7 % aux enseignantes et enseignants.

Je reprends mon « Je ». La déception était certes collective, mais après deux semaines de grève du personnel affilié à la FAE, à l’aube d’une grève de six jours du front commun qui viendra fermer toutes les écoles encore ouvertes, si le gouvernement n’offre que 12,7 % un 6 décembre, il est clair à mon esprit que c’est parce qu’il est déterminé à faire perdurer les négociations jusqu’après la période des Fêtes. Je l’ai mentionné dans mon dernier billet et j’ai continué de le constater cette semaine, l’appui de la population à notre cause est toujours aussi fort. Cette stratégie risque de coûter cher à François Legault.

1 Morasse, Marie-Ève. Grève du secteur public : Les interventions publiques « n’aident pas ». La Presse, Montréal. Le 6 décembre 2023.

2 Billet du 24 novembre 2023 : Journal de grève, 1re semaine.


Déformation professionnelle

La députée Christine Labrie est enseignante de formation. Elle s’est portée à la défense de ses ex-collègues à quelques reprises, cette semaine, à l’Assemblée nationale. Ce faisant, elle a employé une épithète que la présidence lui a demandé de retirer. Sur sa page Facebook, madame Labrie a demandé à ses abonnés de lui suggérer un synonyme. Elle s’est cependant permis une liberté que je me permets de dénoncer ici.

#LeProfCorrige (même quand il est en grève)

Ici, le Fac ne passe pas ! Personne ne devrait écrire comme il ou elle parle. On aurait pu utiliser plusieurs marqueurs de relation pour débuter la phrase. Donc, alors, ce qui fait que, etc. Le reste de sa publication demeure impeccable.

Et pour tout le reste, madame Labrie, je vous remercie ! 🙏


Dans mes écouteurs

Musique intéressante que celle du duo Babylones. Actif depuis une dizaine d’années, il vient de produire un deuxième album complet, Humains. Je vous propose la pièce Cannibale.

Babylones – Cannibale – Humains – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

On constate un bel élan de solidarité de la part de la population envers les enseignantes et enseignants en grève. Les médias l’ont maintes fois répété, nous ne disposons pas d’un fonds de grève. Cela signifie que nous ne recevons aucun salaire depuis le 23 novembre et cela perdurera jusqu’à notre retour en classe, quand la grève générale illimitée aura pris fin.

Si la situation actuelle est financièrement difficile pour nous tous, elle est précaire et déjà critique pour plusieurs. À l’initiative de citoyens, des groupes d’entraide se sont rapidement formés. Ce samedi, 9 décembre, les personnes désirant aider le personnel scolaire en grève pourront effectuer des dons (on évite l’argent) à différents endroits.

Il y a également moyen de contribuer en répondant à des besoins exprimés sur la page Facebook Entraide pour les profs en grève.