À quelques jours des élections du 5 octobre, force est d’admettre que le thème de l’éducation constitue la grande absence de cette campagne électorale. Bien sûr, les partis en parlent. Ils ont tous des propositions. Le Parti libéral du Québec promet notamment 1 000 ressources spécialisées supplémentaires; Québec solidaire veut ajouter 1 500 membres du personnel de soutien et 500 professionnels; le Parti québécois propose cinq grands chantiers et des états généraux; le Parti conservateur du Québec mise davantage sur l’autonomie des écoles; la CAQ, enfin, insiste surtout sur la poursuite de mesures déjà entreprises. Les engagements existent donc. Pourtant, aucun des cinq grands partis n’a vraiment réussi à faire de l’éducation l’un des axes dominants de sa campagne.
Les trois grands débats télévisés l’ont illustré assez clairement. Le 15 septembre, le Face-à-Face de TVA réunissait les cinq chefs. Dès le lendemain, le 16 septembre, Noovo et Crave présentaient leur Grand Débat des chefs. Puis, le 23 septembre, Radio-Canada tenait le dernier grand affrontement télévisé avant le scrutin. Trois occasions majeures de placer l’école au centre de la discussion, et pourtant elle n’a jamais vraiment réussi à s’imposer comme un enjeu à part entière. À Radio-Canada, par exemple, les cinq grands thèmes retenus étaient l’avenir du Québec, l’insécurité économique, le mur budgétaire, « le Québec fou de ses enfants », durant lequel le sujet a à peine été effleuré, et la santé. L’éducation a ainsi pu surgir au détour de certains échanges, mais elle n’a bénéficié ni d’un véritable bloc ni de la place que l’ampleur de ses difficultés aurait pu justifier.
C’est d’autant plus étonnant que les signaux d’alarme s’accumulent. Pénurie de personnel qualifié, services insuffisants pour les élèves à besoins particuliers, épuisement et rétention difficile du personnel, violence dans les écoles, groupes de plus en plus hétérogènes, bâtiments vieillissants, la liste est déjà longue. À cela vient de s’ajouter cette semaine une enquête de Radio-Canada sur les bulletins modifiés. Au moins 18 000 élèves par année seraient évalués selon des attentes différentes de celles du programme régulier, une mesure qui devrait pourtant constituer un dernier recours.1
Cette dernière question résume assez bien le malaise. Modifier les attentes peut être parfaitement justifié pour certains élèves. Le problème survient lorsque cette modification remplace des services qui auraient pu leur permettre de continuer à progresser dans le programme régulier. Le ministère reconnaît lui-même que cette décision peut compromettre l’obtention du diplôme d’études secondaires. Plus troublant encore, il ne dispose pas des données permettant de savoir combien de ces jeunes arrivent ensuite à se qualifier pour entreprendre un diplôme d’études professionnelles.
Ce qui frappe, au fond, ce n’est donc pas l’absence totale d’engagements, mais l’absence d’un véritable sentiment d’urgence. Malgré les difficultés bien documentées que traverse le réseau, l’éducation est demeurée à la périphérie de la campagne, rarement présentée comme un enjeu structurant pour l’avenir du Québec. L’Association des commissions scolaires anglophones du Québec le déplorait elle aussi, le 17 septembre, en jugeant « largement insuffisante » la place accordée à l’éducation publique depuis le début de la campagne.2 Ce constat me semble révélateur : alors que les problèmes sont nombreux, persistants et profondément liés les uns aux autres, personne n’a daigné imposer l’école au cœur du débat électoral.
Il faut aussi reconnaître que les partis tendent à suivre les préoccupations de l’électorat. Les plus récents sondages montrent que les enjeux économiques et les services publics pris dans leur ensemble pèsent davantage dans le choix électoral que l’éducation considérée isolément. Il y a quelque chose de dommage dans ce recul. Les problèmes scolaires ont rarement le caractère spectaculaire d’une crise des urgences, d’une flambée des prix ou d’une pénurie de logements. Une classe privée aujourd’hui d’un service d’orthopédagogie ne provoque pas nécessairement une crise politique demain matin. Un jeune qui accumule les retards, qui décroche ou qui termine son parcours sans qualification ne devient pas immédiatement une statistique qui fera les manchettes. Les effets apparaissent plus tard, parfois beaucoup plus tard. Et malheureusement, trop tard.
C’est peut-être précisément pour cette raison que l’éducation mérite une place à part. Une société ne récupère jamais tout à fait une génération à laquelle elle n’a pas donné les moyens d’apprendre, de comprendre, de questionner et de penser par elle-même. L’instruction ne sert pas uniquement à préparer des travailleurs ou à distribuer des diplômes. Elle fournit les outils qui permettent de distinguer un argument d’un slogan, une preuve d’une impression et une information d’une manipulation. Lorsqu’une société cesse peu à peu d’en faire une priorité, ce n’est donc pas seulement son école qu’elle fragilise. Elle affaiblit aussi, à plus long terme, sa propre capacité à penser lucidement ce qu’elle devient.
1 Marceau, J. et Dion-Viens, D. (2026, 23 septembre). 18 000 bulletins « modifiés » : des milliers d’élèves québécois sur une « voie de garage ». Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2283707/bulletins-modifies-meq-eleves-quebecois-voie-garage-diplomes
2 Association des commissions scolaires anglophones du Québec. (2026, 17 septembre). L’éducation doit être au cœur de la campagne électorale québécoise. https://qesba.qc.ca/communiques-presse/leducation-doit-etre-au-coeur-de-la-campagne-electorale-quebecoise/
Dans mes haut-parleurs
Cette semaine, tôt un matin, en route vers le travail, la radio m’a offert une de ces petites surprises qui arrivent sans prévenir. Rêver c’est pour les autres, de Sandra Contour, s’est glissée dans l’habitacle et j’ai souri. J’étais déjà de bonne humeur, mais quelque chose dans cette voix, cette mélodie et ces mots un peu désabusés a rendu le matin encore plus léger. La chanson s’est terminée, la route a continué, mais le sourire, lui, est resté. Certaines chansons savent faire ça.
Je vous l’offre à mon tour. Je donne au suivant.
La bonne nouvelle de cette semaine
Au milieu d’une semaine où la tricherie a beaucoup fait parler d’elle, cette histoire avait quelque chose de franchement rafraîchissant. Lian Yunzhi n’a que six ans et elle vient pourtant d’inscrire son nom dans le livre des records en devenant la première personne de genre féminin à résoudre un cube Rubik 3 × 3 avec une moyenne sous les 4,5 secondes. Lors de deux compétitions homologuées tenues en Chine, elle a d’abord réalisé une moyenne de 4,52 secondes sur cinq résolutions, avant d’abaisser cette marque à 4,27 secondes.
Ce qui impressionne encore davantage, c’est tout ce qui se cache derrière ces quelques secondes. À six ans, Lian Yunzhi a déjà mémorisé plus de 1300 séquences de mouvements et s’entraîne deux à trois heures par jour, tout en pratiquant aussi la danse et la musique. Voilà une performance qui rappelle que, derrière un résultat exceptionnel, il y a souvent beaucoup de curiosité, de patience, de répétition et de plaisir à progresser. Et dans une semaine où l’on a beaucoup parlé de raccourcis, ça fait du bien de voir une fillette de six ans nous rappeler, cube en mains, tout ce qu’on peut accomplir en réalisant vraiment.
Source : Agence France-Presse. (2026, 22 septembre). Une Chinoise de six ans établit un record du monde. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/insolite/2026-09-22/rubik-s-cube/une-chinoise-de-six-ans-etablit-un-record-du-monde.php
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