Billet du 13 mai 2022 : Anges et démons

Récapitulons :

D’un côté, Vladimir Poutine et ses sbires menacent l’occident de représailles nucléaires si elle continue d’aider l’Ukraine. D’un autre côté, l’armée russe serait sur le point de faire appel à ses réservistes pour aller combattre dans ce pays qu’elle attaque depuis février, et dont la prise ne devait être que formalité.

Poutine jappe fort et montre ses crocs. Mais en ne parvenant pas à s’imposer face à un seul état qu’il attaque, je l’imagine mal réussir à le faire devant les forces de l’OTAN.


Les décès de Mike Bossy et de Guy Lafleur en ont éclipsé deux autres, ceux des comédiens Yves Massicotte et André Richard, qui ont ainsi été soulignés de bien modeste façon. Avec leur envol, c’est tout un pan de ma jeunesse qui continue de s’éteindre. Le premier s’est fait connaître sous les traits de Centour, dans une des premières émissions produites par le ministère de l’Éducation du Québec. Le second a personnifié Fanfan Dédé.

Quant à André Arthur, contrairement à beaucoup d’autres, je me suis gardé d’émettre des commentaires sur les réseaux sociaux, à la suite de son décès. C’est cependant Dany Turcotte qui a le mieux exprimé ce que j’aurais eu envie d’écrire.

Et je cite :

« André Arthur est décédé. Un grand communicateur, un talent immense malheureusement au service du cynisme improductif ! Que l’on se repose en paix ! »

Dany Turcotte, humoriste et animateur, le 9 mai 2022.

Dans le cours de français, première période

Mes yeux d’enseignant ont saigné, cette semaine, quand j’ai aperçu une horreur orthographique dans le congélateur d’un supermarché près de chez moi.

(Photo d’un emballage alimentaire)

Constatez-vous la faute ?

#LeProfCorrige

Ici, on aurait dû voir «Porc effiloché style carnitas», et non «Porc éffiloché style carnitas». On ne doit jamais (jamais x 1000) mettre un accent aigu sur un e précédent une double consonne.


Dans le cours de français, deuxième période

Un jeune rorqual s’est pointé à Montréal, dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, cette semaine. Quelques jours plus tard, un deuxième rorqual est venu l’y rejoindre. Il y a maintenant deux rorquals ou deux rorquaux ?

Il y a bien deux rorquals. Ce mammifère possède un nom en -al qui fait son pluriel en -als, contrairement à la plupart des autres. En passant, il est faux de prétendre que chevals est maintenant accepté dans l’orthographe française. La seule façon d’écrire cheval au pluriel est chevaux.


Dans le cours d’anglais

J’ai éclaté de rire, jeudi, quand j’ai vu passer cette publication du prolifique auteur américain Stephen King, sur Twitter.

Qu’est-ce qui avait bien pu inciter le maître de l’horreur à emprunter une expression aussi québécoise, doublée de l’accent, par-dessus le marché ?

La réponse se trouvait dans son gazouillis précédent.

Traduction : «Si les hommes pouvaient porter des bébés, l’avortement serait un sacrement.»

Monsieur King a ainsi voulu corriger sa faute de frappe, ayant sauté le premier a de sacrament, façon d’écrire sacrement dans la langue de Shakespeare. Si je me fie aux nombreux commentaires, son erreur, bien innocente, a amusé tout un pan de la twittosphère !


Dans le cours de musique

Il y a environ un an, dans cette rubrique, je vous suggérais la pièce Bateaux, une première composition originale pour Marilyne Léonard. Sa voix et son style, tant dans les paroles que pour sa musique, avaient alors su capter mon attention. La semaine dernière, la jeune artiste a lancé son premier album, Vie d’ange. Dans la même lignée que Bateaux, j’ai savouré tous les titres.

Cette semaine, je me gâte en vous proposant un blues qui en est extrait, Seule.

Marilyne Léonard – Seule – Vie d’ange – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Merveilleuse histoire que celle de Gerda Cole et de Sonya Grist. La première est âgée de 98 ans. Elle en avait 18 lorsqu’elle a donné naissance à la seconde, en Angleterre, avant de la confier à l’adoption et de migrer vers le Canada, où elle a obtenu trois diplômes universitaires.

Les deux cherchaient à se retrouver depuis plusieurs années. Le contact a finalement été établi grâce aux recherches du fils de madame Grist, et la rencontre s’est concrétisée à Toronto le samedi 7 mai, veille de la fête des Mères.

Lire le reportage sur radio-canada.ca


Billet du 14 mai 2021 : « Se caresser et manger sur les terrances »

Au moment où j’écris ces lignes, le Kraken de Seattle, nouvelle formation de la Ligue nationale de hockey qui entamera ses activités l’automne prochain, n’aligne qu’un seul joueur. Il s’agit de Luke Henman, le capitaine de l’Armada de Blainville-Boisbriand, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Bien sûr, l’équipe se garnira au cours des prochains mois. On construira autour de Henman. Comme quoi il y a du talent dans la LHJMQ.

Le Canadien de Montréal l’a aussi reconnu, cette semaine, quand il a fait signer un contrat d’entrée à Rafaël Harvey-Pinard. Ironie du sort, cette signature est survenue quelques heures seulement après que le CH ait été pointé du doigt pour n’avoir disposé d’aucun joueur Québécois en uniforme lors d’un match, cette semaine, une première en 112 ans d’histoire. Il faut cependant préciser que si aucun joueur de sa formation n’était né au Québec, trois d’entre eux, Jake Allen, Paul Byron et Michael Frolik, sont des produits de la LHJMQ.

Faut-il s’en insurger ? Peut-être pas, il n’y a après tout rien d’étonnant dans cette situation et on s’y habitue rapidement, malheureusement. Pensez à la fois où on a fait grand éclat de l’absence totale de mots en français, même dans ses salutations, dans le premier discours de Saku Koivu à titre de capitaine de l’équipe. Inacceptable, c’était. Non seulement Koivu a-t-il poursuivi dans la même veine durant son long règne de capitaine du Tricolore, mais la plupart de ceux qui lui ont succédé ont suivi la tendance. Alors sans nécessairement s’en insurger, il faut constater que des correctifs peuvent être apportés et que la situation peut être facilement améliorée.

Quelqu’un me faisait remarquer qu’il n’y avait peut-être pas de joueurs québécois chez le Canadien, mais qu’il n’y avait pas plus de joueurs albertains chez les Oilers d’Edmonton, son adversaire, ce soir-là. Peut-être. Mais le Canadien de Montréal se doit de puiser dans son fief pour construire ses alignements. Cette obligation, il la doit à son histoire, la plus grandiose et la plus prestigieuse de toutes les équipes sportives d’Amérique du Nord, avec celle des Yankees de New York. Ses équipes victorieuses de 24 Coupes Stanley, la Sainte-Flanelle les a bâties avec des joueurs d’ici et des joueurs qui ont été développés par l’organisation. Actuellement, les proportions sont faibles dans les deux catégories. Il suffit de lire les premières pages du livre Georges Vézina : L’habitant silencieux, de Mikaël Lalancette, pour comprendre que le Canadien de Montréal était l’équipe des francophones, des Canadiens français, dès le début de son histoire. Quand on parle de Tradition avec un grand T, chez le Canadien, ce n’est pas seulement celle des bras meurtris qui tendent le flambeau, c’est celle des Georges Vézina, des Maurice Richard, des Jean Béliveau, des Guy Lafleur, des Patrick Roy, des Stéphane Richer et des nombreux autres joueurs d’ici qui ont vu leur nom être gravé sur la Coupe.

J’ai couvert les activités de l’Armada de Blainville-Boisbriand durant ses six premières saisons. La loge des dépisteurs des équipes de la LNH n’est pas très loin de la galerie de presse, au Centre d’excellence sports Rousseau. Je peux affirmer y avoir vu des représentants de plusieurs équipes beaucoup plus souvent que ceux du Canadien.

Bien sûr, le nombre de joueurs de la LHJMQ ayant gradué dans la LNH a considérablement chuté, au cours des dernières décennies. On parle d’une cinquantaine, actuellement, soit une moyenne d’un peu plus d’un joueur par équipe. Mais il se trouve quand même des Penguins de Pittsburgh ou un Lightning de Tampa Bay qui ont su donner leur chance à plusieurs jeunes joueurs issus du Québec et qui en comptent en ce moment plus que le Canadien. Les Penguins ont même procédé, à Pittsburgh, à une soirée entièrement francophone, il y a deux ou trois ans.

Chaque année, au repêchage amateur, le talent se situe dans les deux premières rondes. Au-delà de la deuxième ronde, le repêchage devient pratiquement un coup de dés. Marc Bergevin et Trevor Timmins devraient comprendre qu’ils ont tout intérêt à ne pas laisser les autres équipes venir leur damer le pion dans leur propre cour. Après tout, quand on regarde le peu de joueurs repêchés par le Canadien qui ont joué 100 matchs et plus dans la LNH au cours des 15 dernières années, on se dit qu’il n’y a pas grand chose à perdre à tenter sa chance avec les talents locaux.


Dans le cours de français

Je le mentionne chaque année à mes élèves, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue au Canada. Les neuf autres provinces n’ont qu’une seule langue officielle, le français pour le Québec, l’anglais pour les autres.

La ville ontarienne d’Ottawa possède cependant le statut de ville bilingue, en tant que capitale du Canada qui, lui, est un pays fondé à partir de deux langues officielles. Ceci en théorie, bien sûr, parce qu’en pratique, l’une des deux langues peut se retrouver avec quelques imperfections.

C’est ainsi que jeudi après-midi, Santé publique Ottawa a diffusé un message dans un français plutôt approximatif sur Twitter. En voici un extrait :

Difficile de ne pas avoir certaines images dans sa tête…

#LeProfCorrige

Je n’aurai pas à mettre de trop grands efforts pour corriger, Santé publique Ottawa ayant fait amende honorable moins d’une heure plus tard. L’organisme a d’abord présenté ses excuses, avant de publier des phrases revues et corrigées.

On remarque que ces phrases ne sont toujours pas très bien construites, mais elles se tiennent beaucoup mieux.


Dans le cours de mathématiques

Cette semaine, je me suis replongé dans mes souvenirs du début de mon secondaire, alors que je devais enseigner à mes élèves l’ensemble des entiers naturels et l’ensemble des entiers relatifs. Bien entendu, en 6e année du primaire, on ne parle que des nombres entiers, sans préciser s’ils sont naturels ou relatifs.

Comme il m’arrive souvent de le faire, j’ai toutefois procédé à une incursion dans la matière du secondaire, histoire de montrer aux élèves les fameuses lettres à pattes supplémentaires que j’aimais beaucoup dessiner. Ainsi, les nombres entiers naturels étaient représentés par un , alors les entiers relatifs s’affichaient avec un .

Les nombres entiers naturels sont les nombres entiers de 0 jusqu’à l’infini.

ℕ = {0, 1, 2, 3, 4, …}

Il y avait aussi le fameux ℕ *, qu’on appelait N étoilé, qui comprenait la même séquence, à l’exception du 0.

ℕ * = {1, 2, 3, 4, …}

Quant à l’ensemble des entiers relatifs, il comprend tous les entiers négatifs et tous les entiers positifs.

= {…, −3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, …}

Évidemment, on pousse plus loin au secondaire, avec les nombres rationnels et les nombres réels. Mais là-dessus, je me garde une réserve devant mes jeunes élèves. Chaque chose en son temps !


Dans le cours de musique

Depuis les dernières années, la tendance est aux « covers », ces reprises musicales de chansons ou de pièces instrumentales plus ou moins anciennes. Plusieurs artistes de tous azimuts s’y sont ainsi adonnés. Parmi les derniers en lice, Tire le coyote et Jeannot Bournival, qui ont lancé la semaine dernière un court recueil de reprises acoustiques de six chansons québécoises, ayant pour titre Le temps des autres. Dans le lot, mon coup de coeur va à Boom boom, ce merveilleux poème musical de Richard Desjardins.

C’est cependant La vie d’factrie, de Clémence Desrochers, que je vous propose aujourd’hui. Si cette chanson vieille de près de 60 ans a connu quelques reprises à travers les années, je pense entre autres à celles de Renée Claude et de Marie Michèle Desrosiers, c’est à ma connaissance la première fois qu’elle est interprétée par un homme, alors que Tire le coyote lui prête sa voix.

Tire le coyote et Jeannot Bournival – La vie d’factrie – Le temps des autres – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Cette nouvelle, j’ai bien failli ne pas l’inclure dans cette rubrique, pour une question environnementale. Les arrangements convenus entre les diverses parties impliquées me permettent toutefois d’en faire mention ici.

C’est à Beauharnois, en Montérégie, que Google implantera son premier centre de données au Canada. L’investissement de l’entreprise s’élèvera à 735 millions $ et créera une trentaine d’emplois permanents, après que la construction ait nécessité l’embauche de plusieurs centaines de travailleurs d’ici. Des zones infonuagiques sont exploitées à Montréal et à Toronto depuis les deux dernières années.

Le centre sera érigé sur un terrain appartenant actuellement à Hydro-Québec, et de cela auraient pu découler quelques conséquences politiques, en lien avec la question environnementale. C’est que le terrain en question est situé en zone agricole et que malgré l’interdiction de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) d’y construire le bâtiment, le gouvernement du Québec a décrété une mesure d’exception et outrepassé la décision de la CPTAQ en autorisant la construction en zone verte.

Hydro-Québec a ainsi imposé son terrain, malgré l’offre de la ville voisine de Salaberry-de-Valleyfield d’offrir un terrain similaire en zone dédiée aux télécommunications. La société d’état compensera en offrant d’autres terres pour au moins l’équivalent des pertes de territoires agricoles, alors que le gouvernement du Québec investira plus de 6 millions $ dans des organismes et projets voués à l’agriculture. Au final, il semble que tout le monde soit heureux.