Billet du 14 août 2026 : Qui secoue le bocal ?

Il y a quelque temps, une petite histoire a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. On place des fourmis rouges et des fourmis noires dans un bocal. Elles cohabitent jusqu’au moment où quelqu’un secoue violemment le récipient. Aussitôt, les unes s’attaquent aux autres, chacune croyant que l’autre couleur est responsable du chaos. La morale invitait alors à ne pas seulement regarder les fourmis qui se battent, mais à se demander : qui a secoué le bocal ? L’anecdote n’a rien d’une expérience scientifique, mais comme métaphore de notre époque, elle est redoutablement efficace.

Il suffit de regarder autour de nous. Donald Trump secoue les rapports de force à l’intérieur de son pays comme à l’étranger, menaçant ses alliés, imposant ou brandissant des tarifs et changeant parfois brusquement de ton envers les protagonistes des guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient. Le Canada en fait actuellement l’expérience : de nouveaux tarifs américains de 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits canadiens doivent entrer en vigueur le 19 août si les négociations en cours échouent.1 Mais les secousses ne viennent pas seulement de Washington. Des puissances étrangères cherchent à exacerber les divisions dans les démocraties occidentales, tandis que les réseaux sociaux offrent un terrain particulièrement fertile à ceux qui souhaitent attiser les tensions. Le Québec n’est d’ailleurs pas à l’abri : selon une recherche de l’Université de Montréal publiée en mars dernier, 31,8 % des messages politiques diffusés sur Twitter pendant la campagne électorale québécoise de 2022 contenaient de la désinformation, soit de 3 000 à 25 000 faux messages par jour.2

Pourquoi secouer le bocal ? Parce que le chaos est rarement une fin en soi. Il peut permettre de détourner l’attention, d’affaiblir un adversaire, de mobiliser son propre camp, d’imposer les termes d’un débat ou simplement de capter notre attention et d’en tirer profit. Giuliano da Empoli décrit depuis plusieurs années cette mécanique. Dans Les ingénieurs du chaos, il s’intéresse à ceux qui ont appris à transformer les frustrations, la colère et les divisions en instruments politiques; dans L’Heure des prédateurs, il poursuit cette réflexion dans un monde où l’imprévisibilité, la provocation et le bouleversement des règles sont devenus des attributs du pouvoir.3 Les fractures n’ont donc pas toujours besoin d’être créées. Il suffit parfois de les repérer, de les élargir et de convaincre chaque moitié du bocal que l’autre constitue une menace.

Et les conséquences dépassent largement les joutes partisanes sur les réseaux sociaux. Au Canada, les crimes haineux visant l’orientation sexuelle ont augmenté pendant trois années consécutives pour atteindre un sommet révisé de 889 incidents en 2023. Ils ont reculé à 658 en 2024, mais demeurent à des niveaux nettement supérieurs à ceux observés quelques années auparavant.4 Derrière les stratégies politiques, les algorithmes et les guerres d’influence, il y a donc des personnes qui finissent par subir les effets très réels de nos divisions. Avant de mordre la fourmi d’en face, peut-être devrions-nous lever les yeux et nous demander non seulement qui secoue le bocal, mais surtout ce qu’il a à gagner en nous regardant nous battre.

1 Reuters. « US also wants trade deal before August 19 tariff deadline, Canadian source says », 13 août 2026. Consulter l’article.

2 Université de Montréal. « Sur Twitter, un message sur trois a véhiculé de la désinformation aux élections de 2022 », UdeM Nouvelles, 17 mars 2026. Consulter l’article.

3 Da Empoli, Giuliano. Les ingénieurs du chaos. Paris : JC Lattès, 2019; et L’Heure des prédateurs. Paris : Gallimard, 2025. Les ingénieurs du chaos examine les techniques et les acteurs du populisme numérique; L’Heure des prédateurs prolonge cette réflexion sur les nouvelles formes d’exercice du pouvoir. Les ingénieurs du chaos — JC Lattès | L’Heure des prédateurs — Gallimard.

4 Statistique Canada. « Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2024 », Le Quotidien, 30 mars 2026. Consulter la publication.


Promouvoir la culture québécoise

Depuis quelques années, le 12 août est devenu pour moi un rendez-vous. J’achète des livres québécois tout au long de l’année, mais je prends soin d’en acheter au moins un cette journée-là, sachant que les ventes sont alors comptabilisées et que chaque achat contribue à donner du poids au mouvement « J’achète un livre québécois ». Cette année, j’en ai acheté trois. Dans une magnifique chronique publiée cette semaine dans La Presse, l’écrivain Thélyson Orélien rappelle que tout cela est né en 2014 d’une idée toute simple lancée sur Facebook par deux auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé. Dès la première année, les ventes de romans québécois ont triplé ce jour-là. En 2024, elles étaient 17 fois plus élevées qu’à l’habitude.

Ce succès me rejoint d’autant plus qu’il illustre une conviction que je défends depuis longtemps. Bien sûr, les gouvernements ont un rôle à jouer pour protéger le français et soutenir notre culture. Mais une langue ne demeure vivante ni par décret ni par règlement. Elle vit parce que des gens choisissent de la parler, de la lire, de l’écrire, de la chanter et de la transmettre. Orélien écrit avec justesse qu’« une culture se rassure en créant » et rappelle que l’on s’efface lorsque l’on cesse de croire que ce que l’on fait mérite d’être gardé. Le 12 août en fournit une démonstration éclatante : deux citoyens ont lancé une idée, des milliers d’autres l’ont adoptée et, treize éditions plus tard, cette initiative contribue concrètement au rayonnement de notre littérature. Voilà sans doute l’une des meilleures façons de protéger le français : non seulement le défendre, mais surtout lui donner chaque jour de nouvelles raisons de vivre.

Orélien, Thélyson. « Ce que le 12 août dit de nous ». La Presse, 11 août 2026. https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-08-11/livres-quebecois/ce-que-le-12-aout-dit-de-nous.php?sharing=true


Dans mes écouteurs

Je sais qui est Dumas et je connais sa pièce instrumentale Lune d’été, tirée de son album Cosmologie, sorti en 2023. Ce que j’ignorais, c’est qu’un an plus tard, il a lancé Cosmologie Deluxe, avec certains morceaux revus de manière acoustique. Parmi ceux-ci, un Lune d’été tout aussi instrumental, mais rendu au piano et à la voix, avec un rythme ralenti. Ça mérite une écoute dans cette rubrique !

Dumas – Lune d’été (piano-voix) – Cosmologie Deluxe – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Je reviens sur le mouvement « J’achète un livre québécois » et sur cette idée toute simple selon laquelle la vitalité de notre langue et de notre culture repose aussi sur les gestes que nous posons collectivement. Les premiers résultats du 12 août 2026 en offrent une belle illustration. Sur leslibraires.ca, les ventes ont atteint un nouveau sommet, en hausse de 26 % par rapport à l’an dernier, qui constituait pourtant déjà une année record. La littérature a représenté à elle seule 72 % des achats effectués sur la plateforme.

Ce ne sont encore que des données préliminaires, puisque les statistiques plus larges de Gaspard/BTLF ne sont pas encore disponibles. Mais le signal est difficile à ignorer. Une initiative citoyenne née modestement sur Facebook il y a douze ans continue de prendre de l’ampleur et d’inciter des milliers de personnes à choisir des livres d’ici. On peut débattre longtemps des meilleures politiques pour protéger le français. Pendant ce temps, chaque 12 août, des Québécoises et des Québécois posent un geste très concret : ils lisent notre culture, la font vivre et lui donnent un avenir.


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Journal de vacances du 18 juillet 2025 : Le vacarme des libertés

Cela fait quelques années, peut-être depuis la COVID, que ma conjointe me fait remarquer à quel point les restaurants sont devenus bruyants. Même les plus grandes tables n’y échappent pas. Si le décor, le service, le menu et la qualité des repas sont demeurés, le bruit et le décorum ne sont maintenant pas sans rappeler ceux des cafétérias. Il est devenu difficile d’y tenir une conversation tranquille et posée entre convives.

Parallèlement, je suis revenu en milieu de semaine de mon séjour annuel de quatre jours en pleine nature. Je me rends chaque année au même parc de la Sépaq, situé à 150 km de chez moi. Je ne l’ai pas toujours fréquenté de façon aussi régulière, mais je connais l’endroit depuis 25 ans. Cette année, pour la première fois, j’ai pu être témoin de campeurs ignorant complètement le besoin de quiétude des autres campeurs. Des paroles bruyantes échangées tard le soir et tôt le matin, même durant les heures de couvre-feu. J’ai aussi pu assister à un feu d’artifice alors qu’ils sont strictement interdits, voire dangereux, dans ces lieux où la forêt est très dense. Oui, j’ai porté plainte.

Je suis issu de la génération qui s’est constamment fait répéter que la liberté d’un individu s’arrêtait là où celle des autres commençait. Cette expression, entendue tant à l’école que durant mes années de scoutisme, m’a initié aux notions de libertés individuelles et de libertés collectives. Deux de mes lectures de vacances, j’y reviendrai plus bas, évoquaient par coïncidence les conflits liés aux confrontations entre ces deux notions.

En ce qui me concerne, j’ai toujours eu tendance à favoriser d’abord les libertés individuelles et imposer le fardeau de la preuve, lorsqu’il y a litige, aux tenants des libertés collectives. En d’autres termes, je suis fermement convaincu de la nécessité d’un État laïque, c’est-à-dire d’un gouvernement exempt de toute influence religieuse. Cependant, je demeure perplexe quant à la pertinence d’interdire à ses fonctionnaires de manifester leur foi personnelle par leur habillement, leurs bijoux ou leurs accessoires, au prix d’un droit garanti par la Charte des droits et libertés. D’un autre côté, lorsqu’on demande à des gens d’évacuer un lieu public afin que d’autres individus puissent s’y installer pour effectuer leurs prières, là, j’ai un problème. La liberté de circulation et d’établissement est aussi importante que la liberté de religion et, dans ce cas-ci, le droit acquis devrait faire la différence dans le choix de la prépondérance.

Je constate que les libertés individuelles se répandent et débordent non seulement sur les libertés collectives, mais également dans les espaces d’autres individus. On revendique de plus en plus ses droits, mais on oublie beaucoup trop souvent les obligations et responsabilités qui les accompagnent. La société dans laquelle nous vivons est en pleine mutation et l’évident repli sur soi qui la dépeint maintenant en constitue une manifestation troublante.

L’éducation civique, dès le primaire, joue un rôle clé pour faire comprendre que les droits individuels s’exercent toujours dans un cadre collectif. C’est dans le silence respectueux des classes, quand la situation s’y prête, qu’on sème les graines d’une liberté qui ne piétine pas celle des autres.


Lectures de vacances

Au début de chacune de mes vacances d’été, c’est beaucoup pour lire que je m’évade dans la nature. À ce niveau, la retraite s’est avérée productive cette année. Parmi les livres lus, il y a les deux que j’évoquais plus haut sur lesquels je voudrais m’attarder. Un roman, Le libraire 1, et un essai, L’heure des prédateurs 2.

Je ne connaissais pas Le libraire, de Gérard Bessette, avant qu’une enseignante de français nouvellement arrivée au Québec me le recommande. Elle le faisait lire à ses élèves de secondaire 5. J’ai donc profité des vacances pour le découvrir à mon tour. On y suit Hervé Jodoin, un ex-prof devenu libraire, qui accepte de vendre à un jeune étudiant un livre mis à l’index. Ce geste anodin suffit à déclencher une série de complications révélatrices du climat de censure et de contrôle moral dans le Québec d’avant la Révolution tranquille. Sans être troublante aujourd’hui, cette lecture rappelle avec finesse à quel point les libertés individuelles pouvaient autrefois être mises en péril au nom de l’ordre collectif.

Changement de registre, mais pas de thème : j’ai aussi lu L’heure des prédateurs, un essai percutant de Giuliano da Empoli sur ces nouveaux stratèges de l’ombre — consultants politiques, manipulateurs d’opinion, architectes de l’instabilité — qui façonnent le monde selon leurs intérêts. L’intelligence artificielle y est présentée comme une menace imminente, non seulement parce qu’elle répond à nos besoins avec une efficacité redoutable, mais surtout parce qu’elle vise à les prédire. Certains géants de la tech conçoivent déjà des IA capables d’anticiper nos désirs avant même que nous en soyons conscients, brouillant ainsi la frontière entre influence et manipulation. Dans ce contexte, la question de la liberté individuelle devient vertigineuse : sommes-nous encore maîtres de nos choix quand ils sont devinés, voire suscités, par des machines ? Une lecture troublante, qui fait voir l’avenir sous un jour beaucoup moins neutre qu’on voudrait le croire.

Deux livres très différents, donc, mais qui m’ont tous deux ramené à la même question : celle de la liberté individuelle, hier étouffée par la morale, aujourd’hui menacée par l’algorithme.

1 Bessette, G. (1960). Le libraire. Éditions du Jour.
2 da Empoli, G. (2025). L’heure des prédateurs. Paris : Gallimard.


Dans mes écouteurs

Dans mes escapades musicales de l’été, j’ai fait une jolie découverte québécoise : Jazz à Nous / Souvenirs 90. Ce projet rassemble cinq musiciens d’ici autour de compositions originales et de quelques clins d’œil aux classiques, dont un Sentimental Mood, de Duke Ellington, joliment revisité. On y retrouve des pièces soignées, des ambiances feutrées, des élans bluesy, du jazz sans prétention, mais bien senti. C’est doux, c’est propre, et ça mérite d’être écouté.

Le quintette reprend également le Smiles and Chuckles d’UZEB, dont je propose l’écoute en #musiquebleue, cette semaine.

Smiles and Chuckles (UZEB) – Jazz à nous / Souvenirs 90 – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

À Saguenay, le service Jonquière-Médic offre depuis près de 40 ans un modèle de soins à domicile unique au Québec : sans rendez-vous, gratuit et accessible dès 7 h 30 le matin, il permet à une équipe médicale de visiter chaque jour jusqu’à 25 patients dans leur propre milieu de vie. Cette initiative, relancée en 2023 après une interruption due à la pandémie, cible particulièrement les enfants et les personnes âgées ayant des difficultés à se déplacer. Environ 7400 consultations ont été réalisées en un an et demi, évitant ainsi à de nombreux patients une visite à l’urgence. Pour le Dr Dominic Gagnon, ancien urgentologue et désormais médecin à temps plein au sein de Jonquière-Médic, cette pratique est à la fois valorisante et essentielle à la réduction des listes d’attente.

Soutenue par la communauté et la Ville de Saguenay, l’équipe souhaite maintenant franchir une nouvelle étape en obtenant l’homologation de son système pour obtenir un paiement de la RAMQ et prendre en charge jusqu’à 500 patients sans médecin de famille. Bien qu’elle ne compte pour l’instant qu’une voiture et cinq soignants, l’organisation espère élargir ses services en recrutant davantage de médecins. Ce modèle de proximité, qui mise sur la qualité plutôt que sur le volume, attire l’attention à Québec, où plusieurs voient une piste prometteuse pour améliorer l’accès aux soins. Et si la solution à notre système engorgé circulait discrètement dans les rues de Jonquière, à bord d’une simple voiture de service ?


Billet du 3 mars 2023 : Fin de relâche

Au moment où les premiers clics mèneront à ce billet, je me trouverai à un bureau de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), avant même son heure d’ouverture, afin d’y réaliser une transaction. Avec ce que je lis et entends depuis une dizaine de jours, j’espère ne pas m’y trouver encore quand mon billet de la semaine prochaine sera publié.


Il n’y a pas qu’à la SAAQ qu’on effectue des transactions. Avec la quantité qui a déjà eu lieu dans la Ligue nationale de hockey au cours de la dernière semaine, j’espère qu’il restera quelque chose à annoncer quand mon ami Yanick Bouchard entrera en ondes pour son émission spéciale à la date limite des échanges dans la LNH, à RDS, aujourd’hui !


J’aimerais offrir mes plus sincères condoléances à la grande famille de l’Armada de Blainville-Boisbriand, que j’ai côtoyée de 2011 à 2017 comme membre de la galerie de presse, ainsi qu’aux proches de Jocelyn Dugas, décédé subitement cette semaine. Jocelyn faisait partie de cette courte liste de personnes dont les fonctions paradoxales exigeaient à la fois une exubérance caricaturale et une discrétion exemplaire. Il accomplissait son travail avec brio.

Avec le départ du président Mario Marois, souligné quelques jours plus tôt, le décès de Jocelyn Dugas laisse un deuxième trou béant dans l’équipage de la Flotte blainvilloise boisbriannaise.


Ça passe vite, une semaine de relâche scolaire.


Dans le cours de musique

Fondée en 2004 sous le nom de Misteur Valaire, la formation musicale qui donne dans plusieurs styles s’appelle simplement Valaire depuis 2016. Ce changement de dénomination coïncidait avec la parution de son cinquième album, Oobopopop.

Le 24 février dernier, Valaire lançait son sixième opus, Jazz Futon, un projet fidèle aux variations musicales du groupe. Parmi les seize pièces de l’album, j’ai retenu BEZU, en guise de #musiquebleue pour le billet de cette semaine.

BEZU ? Lisez le mot à l’envers !

C’est bien un hommage à UZEB et à son jazz fusion. Le résultat est formidable.

Valaire – BEZU – Jazz Futon – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Un nom : Mikaël Kingsbury. L’athlète de Deux-Montagnes a inscrit un troisième doublé consécutif aux Championnats du monde de ski acrobatique, remportant l’or à l’épreuve en solo, ainsi qu’à celle des bosses en parallèle, le week-end dernier.

Combinés à sa victoire en solo en 2013 et à celle en parallèle en 2015, ces six titres acquis lors des trois derniers Championnats du monde lui procurent à ce jour huit consécrations, auxquelles s’ajoutent trois médailles d’argent et deux de bronze, depuis 2011.


Billet du 30 décembre 2022 : Journal de vacances des Fêtes (1er de 2)

L’année 2023 se pointera le bout du nez dans moins de 48 heures. Selon nos traditions, qui dit jour de l’An dit nouvelles résolutions. Personnellement, j’ai l’habitude d’en prendre que je suis capable de tenir, aussi simples soient-elles. Pour la prochaine année, ce sera de diminuer mon temps d’utilisation des réseaux sociaux, une tendance chez moi déjà bien enclenchée depuis les six derniers mois.

Comprenez bien, il ne s’agit pas d’abandonner mes réseaux sociaux. J’en ai même ajouté un nouveau, Mastodon, au cours des derniers jours. Il s’agit plutôt de les utiliser selon ce pour quoi ils ont été conçus, afin de faire autre chose que de constamment tenir mon téléphone cellulaire entre mes mains.

D’abord, Snapchat et TikTok. Je ne diffuse rien sur ces réseaux. Je n’y possède des comptes que pour suivre les activités de personnes en particulier. Ma famille dans le premier cas, le médecin Mathieu Nadeau-Vallée dans l’autre.

Je possède deux comptes Instagram, un personnel et un professionnel. Le premier n’est disponible qu’à un nombre restreint de gens, alors que le second est ouvert à tout le monde. J’y publie des photos et quelques vidéos de mes activités, à quelques reprises durant la semaine. C’est pour moi la version moderne des albums-photos et des spicilèges, communément appelés scrapbooks.

Je dispose également de deux comptes Facebook, un personnel et un autre pour #LeProfCorrige. Le but de Facebook est de donner des nouvelles et d’en prendre des personnes qui nous suivent. Le fait de toucher leur cœur, leurs yeux ou leurs oreilles suscite généralement de belles réactions. Adopter un ton éditorial, par exemple en relayant une caricature ou en commentant une chronique, implique une plus grande indifférence de la part des abonnés. Après tout, Facebook s’inscrit dans la lignée du principe qu’il faut éviter de parler de religion ou de politique autour d’un repas !

LinkedIn est un réseau professionnel et doit être utilisé comme tel. J’y diffuse mes billets hebdomadaires et j’y relaie des articles concernant l’éducation, en les commentant avec une seule phrase, bien concise. J’y félicite également mes connaissances pour une promotion, par exemple, et leur souhaite bon succès à chaque changement de statut d’emploi.

Twitter est le réseau ayant subi la plus grande évolution. On peut presque parler de révolution. À l’origine, le but de Twitter était de diffuser des nouvelles, de les commenter et de débattre. Durant mes années de journalisme, le réflexe était instantané : dès qu’un nouvel élément s’ajoutait à une de mes couvertures, il se retrouvait sous le petit oiseau bleu. Pour les gens qui me suivaient régulièrement, il s’agissait d’un puissant incitatif à aller lire l’article qui allait s’ensuivre. Toutefois, les trolls se sont emparés de la plateforme, les débats ont perdu toute civilité et le réseau a fini par prendre la forme d’un lieu de rencontres et de publication d’histoires personnelles. Il est devenu un genre de Facebook pour des individus qui ne se connaissent pas.

Twitter est ainsi passé du réseau social sur lequel je passais le plus clair de mon temps (un peu trop, je le réalise aujourd’hui), à celui que j’ouvre machinalement pour quelques instants, en n’y intervenant presque plus. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé un compte Mastodon, qui reprend la mission première de Twitter, soit d’informer et de débattre en toute civilité. Le billet que vous lisez actuellement sera le premier que j’y publierai. Je tenterai maintenant de ne pas retomber dans le piège des longs moments perdus à y fureter.

Ceci constituera probablement le plus gros défi, tout en étant relatif, de ma résolution pour 2023 !


Lectures de vacances

Je plonge dans le chaos, durant mes vacances. En lecture, du moins.

Les revues littéraires ont fait état du roman Le mage du Kremlin, de Giuliano Da Empoli, que je me suis procuré. Ce dont on a moins parlé, c’est de son œuvre précédente, Les Ingénieurs du chaos, un essai portant sur le même thème, soit les conseillers politiques influents, de qui découlent les grands mouvements populistes mondiaux des dernières années. Né en France et possédant la nationalité suisse, l’auteur y avance l’hypothèse que l’Italie constitue, depuis plusieurs générations, le plus imposant laboratoire de courants politiques. Je termine l’essai avant de passer au roman, qui traite du principal conseiller de Vladimir Poutine.

En parallèle, un ami m’a refilé les trois premiers tomes du roman graphique Hedge Fund, un suspense financier dont le troisième épisode s’intitule La Stratégie du chaos. Là encore, je constate que les auteurs explorent une situation mondiale sous un angle différent, laissé pour compte par les grands médias.

Comme quoi le chaos, inconfortable lorsque subi, possède ses côtés instructifs.


Sur mes écrans

D’un point de vue plus léger, il m’aura fallu plus de deux ans, mais j’ai finalement commencé la série télévisée Ted Lasso. À travers un humour désopilant et souvent très songé, on découvre une psychologie tout aussi brillante.

J’ai maintenant trois saisons à rattraper !


Dans mes écouteurs

Quand Yves Lambert, de La Bottine souriante, et Shauit, un auteur-compositeur-interprète originaire de Maliotenam, s’unissent pour nous offrir une chanson sur un rythme traditionnel, ça donne Ka Utapanashkutshet, une excellente pièce bilingue, soit en innu et en français. En cette fin d’année, elle s’avère de circonstance.

Shauit et Yves Lambert – Ka Utapanashkutshet – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Il y a deux semaines, il était ici question de Yoshua Bengio, un maître québécois de l’intelligence artificielle. Il sera encore question de l’IA dans cette rubrique, cette semaine. Cette fois, la nouvelle provient de Grande-Bretagne, où les personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC) sont trois fois moins nombreuses à en conserver des séquelles, grâce à un système qui permet de diagnostiquer et d’intervenir plus rapidement.

Lire le communiqué de l’AFP sur Radio-Canada.ca


Lecture de vacances, deuxième partie

Je me suis délecté avec la chronique de Paul Journet, publiée ce matin1. Le sarcasme y est omniprésent, mais il s’agit d’une revue de l’année originale, présentée sous forme de nouvelles (et fictives) définitions du dictionnaire. Mes préférées sont Serment au roi, Pierre Poilievre et Woke, sous deux versions. Et Père Noël. Et toutes les autres !

1 Les maux de 2022. La Presse, Montréal. Le 30 décembre 2022.