Suivant mes habitudes des dernières années, je profite de la saison estivale pour ralentir le rythme. Jusqu’à la prochaine rentrée scolaire, mon billet hebdomadaire cède sa place à un billet quinzomadaire. On se donne donc rendez-vous le 29 août.
Auteur : Jean-Frédéric Martin
Journal de vacances du 15 août 2025 : Les cicatrices qui guident les choix
Un ami, professeur dans une université québécoise, m’a confié que, selon lui, quelqu’un qui a beaucoup souffert, par exemple une victime de guerre, est presque incapable d’empathie. Cette affirmation m’a intrigué. L’empathie, comme le rappelle le psychologue Paul Bloom, n’est pas un bloc uniforme : elle se décline en empathie cognitive, soit la capacité de comprendre ce que vit l’autre, et en empathie affective, c’est-à-dire la faculté de ressentir une émotion en écho à la sienne.1 Ces deux formes ne vont pas toujours de pair, et chacune peut être sélective ou biaisée selon les circonstances et les personnes. Le traumatisme peut affaiblir l’une, les deux… ou, paradoxalement, les renforcer.
En creusant la question, j’ai découvert que de grandes souffrances peuvent mener à des trajectoires très différentes. Chez certaines personnes, la douleur vécue s’accompagne d’un retrait émotionnel : pour survivre, on se coupe des émotions, y compris de celles qui permettent de se connecter aux autres. Chez d’autres, au contraire, l’expérience du malheur développe une sensibilité accrue à la détresse d’autrui, surtout si elles ont bénéficié de soutien. Rien n’est figé : l’état psychologique du moment, le contexte social et le récit que l’on fait de son histoire peuvent faire évoluer la capacité empathique, à la hausse comme à la baisse.
Cette réflexion m’a amené jusqu’à la scène internationale, et plus particulièrement à Benjamin Netanyahou. Comprendre sa dureté envers Gaza ne se limite pas à analyser la politique du jour. La mémoire collective de l’Holocauste, transmise de génération en génération, a forgé chez le peuple juif une vigilance extrême face aux menaces perçues. Comme l’explique le chercheur Daniel Bar-Tal, cette mémoire « entretient une vision persistante du monde où l’ennemi est perçu comme inchangeable et malveillant ».2 Chez certains dirigeants, cette vigilance s’accompagne d’une empathie très forte pour leur propre camp et d’une empathie réduite pour ceux vus comme ennemis. C’est ainsi que l’histoire, le traumatisme et la psychologie se mêlent, influençant non seulement les émotions, mais aussi les décisions les plus lourdes de conséquences. Comme celles qui se traduisent par des frappes sur Gaza et par la souffrance de milliers d’innocents.
1 Bloom, P. (2016). Against empathy: The case for rational compassion. Ecco.
2 Bar-Tal, D. (2018). Conflits internes insolubles : Fondements et dynamiques socio-psychologiques (M. Borraccino, trad.). Éditions Science et Bien Commun. (Ouvrage original publié en 2013 sous le titre Intractable conflicts: Socio-psychological foundations and dynamics).
Dans mes écouteurs
Une aube est un duo montréalais composé d’une harpiste, Éveline Grégoire-Rousseau, ainsi que d’un producteur de musique électronique, Antoine Bédard. L’album instrumental Galets, sorti cette semaine, constitue son premier opus. Avec un style très nouvel âge, les comparaisons avec la musique de Vangelis sont inévitables.
Voici la pièce Il pleut des abeilles.
La bonne nouvelle de cette semaine
Cette semaine, une belle histoire de succès québécois nous vient de Saint-Apollinaire, sur la Rive-Sud de Québec. L’entreprise Ideal Can, spécialisée dans la fabrication de boîtes de conserve, a littéralement explosé sur le marché canadien depuis le début de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Grâce à une stratégie bien pensée et à une qualité de production irréprochable, la petite usine a triplé son chiffre d’affaires et augmenté sa production de trois fois et demie, tout en se taillant une place enviable en Ontario, un marché qui lui était jusque-là inaccessible.
Pour son président-directeur général, Erick Vachon, cette croissance n’est pas un simple feu de paille : elle repose sur des bases solides et s’inscrit dans un mouvement plus large vers l’autosuffisance alimentaire au pays. Profitant d’une exemption partielle des tarifs sur l’acier et d’une proximité géographique avantageuse, Ideal Can est devenue un partenaire incontournable pour de nombreux transformateurs alimentaires. Et au rythme où l’entreprise investit pour accroître encore sa capacité de production, il y a fort à parier que cette belle histoire de résilience et d’ingéniosité québécoise se poursuivra bien au-delà de la crise commerciale actuelle.
Journal de vacances du 8 août 2025
Suivant mes habitudes des dernières années, je profite de la saison estivale pour ralentir le rythme. Jusqu’à la prochaine rentrée scolaire, mon billet hebdomadaire cède sa place à un billet quinzomadaire. On se donne donc rendez-vous le 15 août.
Journal de vacances du 1er août 2025 : Singulier, comme Foglia
J’ai passé de nombreuses années à pratiquer le journalisme. Du journalisme étudiant, d’abord, avant de prendre la responsabilité des publications officielles de plusieurs organisations dans lesquelles j’ai milité. J’ai été propriétaire d’un site d’informations durant quelques années. J’ai aussi fait de la pige pour des journaux hebdomadaires et pour des revues. Je suis par la suite devenu blogueur. Tout ceci m’a amené à collaborer avec de nombreuses personnes. Parmi celles-ci, plusieurs cherchaient à calquer le style de Pierre Foglia.
Il va sans dire que personne ne s’en rapprochait. Vouloir calquer Foglia, c’est comme vouloir calquer Coluche, Yvon Deschamps ou Virginia Woolf. Ils sont tous uniques dans leurs créneaux. Pour s’inscrire dans leur catégorie ou atteindre leur niveau, il faut à la fois présenter son message sous un angle différent des autres et agencer parfaitement les mots pour le communiquer au lectorat ou à l’auditoire. Il demeure très difficile de le faire sans s’y casser les dents ou la pointe de sa plume. Stéphane Laporte et Boucar Diouf y parviennent plutôt bien.
Depuis que j’écris, je n’ai pas cherché à imiter Foglia. Pas par prétention, mais par lucidité. J’aime trop écrire pour le copier. Ce que j’ai plutôt tenté, au fil du temps, c’est de faire entendre ma propre voix, même si elle tremblait un peu. De poser mes mots comme on pose un regard : avec attention, avec justesse, parfois avec tendresse, parfois avec colère. Écrire, c’est un peu risquer le faux pas. Mais c’est aussi, quand on le fait sincèrement, tracer un sentier que d’autres pourront suivre, ou éviter, mais qu’on aura eu le courage d’ouvrir.
Il s’est éteint cette semaine en emportant son œuvre avec lui. Il nous laisse cependant une leçon à retenir : écrire, c’est oser être singulier.
Regard sur le monde
Avec sa décision récente, le Canada emboîtera le pas à la France, à la Grande-Bretagne, à l’Espagne, à l’Irlande et à plusieurs autres pays en reconnaissant officiellement l’existence d’un État palestinien. Ce geste diplomatique, hautement symbolique, s’inscrit dans une longue histoire de tensions, de guerres et de négociations manquées entre Israël et le peuple palestinien. Le conflit israélo-palestinien, vieux de plus de 75 ans, prend racine à la fin du mandat britannique sur la Palestine, un territoire administré par le Royaume-Uni de 1920 à 1948 sous l’égide de la Société des Nations. Lorsque ce mandat a pris fin, l’ONU a proposé un plan de partage entre un État juif et un État arabe, mais celui-ci a été rejeté par les pays arabes, menant à la création unilatérale de l’État d’Israël et à une série de conflits armés. Depuis, les Palestiniens revendiquent leur propre État, notamment en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, territoires qu’ils considèrent comme les leurs.
Ce qui a mené à cette reconnaissance récente repose sur plusieurs facteurs. D’une part, l’impasse persistante dans les négociations de paix a convaincu de nombreux pays qu’un changement d’approche devenait inévitable. D’autre part, les événements tragiques de l’automne 2023 — notamment l’attaque sanglante du Hamas contre des civils israéliens et la riposte militaire israélienne à Gaza — ont ravivé l’attention internationale sur le conflit. Plusieurs gouvernements ont conclu que la reconnaissance d’un État palestinien pourrait contribuer à rééquilibrer une dynamique diplomatique jusque-là asymétrique. Cette reconnaissance, faut-il le souligner, ne vise pas à cautionner le terrorisme, mais bien à soutenir la vision d’un avenir plus viable, où deux peuples pourraient enfin coexister dans des États distincts, chacun doté de droits, de frontières et d’un avenir.
Les avis demeurent partagés. Les partisans de la reconnaissance estiment qu’il s’agit d’un pas en avant pour la paix et la justice, soulignant que des millions de Palestiniens vivent depuis des décennies sans État, sans citoyenneté véritable et souvent sous occupation. Ils espèrent que ce geste contribuera à rouvrir le dialogue. Les opposants, pour leur part, craignent qu’une telle reconnaissance ne récompense pas seulement l’inaction politique des dirigeants palestiniens, mais qu’elle envoie aussi un message ambigu alors que le Hamas demeure actif et que la sécurité d’Israël n’est pas assurée. Pour eux, la reconnaissance doit venir à la fin d’un processus de paix, et non au début. Pour sortir d’une crise, il faut parfois tracer la voie vers ce à quoi certains donnent encore le nom d’utopie, mais que d’autres perçoivent avec prudence, mais avec espoir, comme un point d’équilibre.
Dans mes écouteurs
Argile est un artiste québécois émergent, repéré récemment comme un souffle nouveau de la scène indie-pop francophone. Son mini-album éponyme, Argile, officiellement lancé le 18 juillet dernier, comprend cinq titres soigneusement ordonnancés. L’artiste se distingue par sa voix douce et posée, ainsi que par son sens du détail en matière d’arrangement sonore.
Dans la pièce La recette, deuxième piste de l’album, la narration poétique se développe à partir de gestes quotidiens transformés en métaphores lumineuses. L’instrumentation y mêle guitares aériennes, nappes synthétiques délicates et percussions organiques, renforçant une tension douce entre fragilité et résilience. Tout au long de cette chanson, Argile tisse une recette intérieure, formulée avec des paroles posées, qui relance l’idée que nos routines peuvent devenir des rites sacrés.
La bonne nouvelle de cette semaine
Il s’est tenu cette semaine, au Palais des congrès de Montréal, un événement d’envergure mondiale qui donne espoir : le Congrès mondial sur les ITSS et le VIH. Sous le thème « La santé sexuelle pour tous », cette grande rencontre a rassemblé plus de 1 500 expertes et experts de partout sur la planète, venus échanger, réfléchir et proposer des solutions concrètes pour améliorer la prévention, le dépistage et les soins liés aux infections transmissibles sexuellement. Montréal, déjà reconnue pour son engagement en santé publique, a ainsi renforcé son rôle de chef de file en accueillant ce rendez-vous porteur de changement.
Parmi les innovations prometteuses présentées : des tests rapides à domicile, de nouvelles stratégies de prévention comme la PrEP (un traitement préventif qui protège efficacement contre le VIH) et la DoxyPEP (un antibiotique pris peu après un rapport sexuel à risque pour prévenir certaines ITSS, comme la chlamydia, la syphilis et la gonorrhée), ainsi qu’un appel clair à briser les tabous qui freinent encore trop souvent l’accès à l’information et aux soins. Dans un contexte mondial où les reculs sont possibles si l’on baisse la garde, ce congrès nous rappelle qu’il est possible de progresser à condition de miser sur la science, la solidarité et l’éducation. Une semaine lumineuse, donc, où la santé sexuelle a eu droit à toute la visibilité qu’elle mérite.
Journal de vacances du 25 juillet 2025
Suivant mes habitudes des dernières années, je profite de la saison estivale pour ralentir le rythme. Jusqu’à la prochaine rentrée scolaire, mon billet hebdomadaire cède sa place à un billet quinzomadaire. On se donne donc rendez-vous le 1er août.
Journal de vacances du 18 juillet 2025 : Le vacarme des libertés
Cela fait quelques années, peut-être depuis la COVID, que ma conjointe me fait remarquer à quel point les restaurants sont devenus bruyants. Même les plus grandes tables n’y échappent pas. Si le décor, le service, le menu et la qualité des repas sont demeurés, le bruit et le décorum ne sont maintenant pas sans rappeler ceux des cafétérias. Il est devenu difficile d’y tenir une conversation tranquille et posée entre convives.
Parallèlement, je suis revenu en milieu de semaine de mon séjour annuel de quatre jours en pleine nature. Je me rends chaque année au même parc de la Sépaq, situé à 150 km de chez moi. Je ne l’ai pas toujours fréquenté de façon aussi régulière, mais je connais l’endroit depuis 25 ans. Cette année, pour la première fois, j’ai pu être témoin de campeurs ignorant complètement le besoin de quiétude des autres campeurs. Des paroles bruyantes échangées tard le soir et tôt le matin, même durant les heures de couvre-feu. J’ai aussi pu assister à un feu d’artifice alors qu’ils sont strictement interdits, voire dangereux, dans ces lieux où la forêt est très dense. Oui, j’ai porté plainte.
Je suis issu de la génération qui s’est constamment fait répéter que la liberté d’un individu s’arrêtait là où celle des autres commençait. Cette expression, entendue tant à l’école que durant mes années de scoutisme, m’a initié aux notions de libertés individuelles et de libertés collectives. Deux de mes lectures de vacances, j’y reviendrai plus bas, évoquaient par coïncidence les conflits liés aux confrontations entre ces deux notions.
En ce qui me concerne, j’ai toujours eu tendance à favoriser d’abord les libertés individuelles et imposer le fardeau de la preuve, lorsqu’il y a litige, aux tenants des libertés collectives. En d’autres termes, je suis fermement convaincu de la nécessité d’un État laïque, c’est-à-dire d’un gouvernement exempt de toute influence religieuse. Cependant, je demeure perplexe quant à la pertinence d’interdire à ses fonctionnaires de manifester leur foi personnelle par leur habillement, leurs bijoux ou leurs accessoires, au prix d’un droit garanti par la Charte des droits et libertés. D’un autre côté, lorsqu’on demande à des gens d’évacuer un lieu public afin que d’autres individus puissent s’y installer pour effectuer leurs prières, là, j’ai un problème. La liberté de circulation et d’établissement est aussi importante que la liberté de religion et, dans ce cas-ci, le droit acquis devrait faire la différence dans le choix de la prépondérance.
Je constate que les libertés individuelles se répandent et débordent non seulement sur les libertés collectives, mais également dans les espaces d’autres individus. On revendique de plus en plus ses droits, mais on oublie beaucoup trop souvent les obligations et responsabilités qui les accompagnent. La société dans laquelle nous vivons est en pleine mutation et l’évident repli sur soi qui la dépeint maintenant en constitue une manifestation troublante.
L’éducation civique, dès le primaire, joue un rôle clé pour faire comprendre que les droits individuels s’exercent toujours dans un cadre collectif. C’est dans le silence respectueux des classes, quand la situation s’y prête, qu’on sème les graines d’une liberté qui ne piétine pas celle des autres.
Lectures de vacances
Au début de chacune de mes vacances d’été, c’est beaucoup pour lire que je m’évade dans la nature. À ce niveau, la retraite s’est avérée productive cette année. Parmi les livres lus, il y a les deux que j’évoquais plus haut sur lesquels je voudrais m’attarder. Un roman, Le libraire 1, et un essai, L’heure des prédateurs 2.
Je ne connaissais pas Le libraire, de Gérard Bessette, avant qu’une enseignante de français nouvellement arrivée au Québec me le recommande. Elle le faisait lire à ses élèves de secondaire 5. J’ai donc profité des vacances pour le découvrir à mon tour. On y suit Hervé Jodoin, un ex-prof devenu libraire, qui accepte de vendre à un jeune étudiant un livre mis à l’index. Ce geste anodin suffit à déclencher une série de complications révélatrices du climat de censure et de contrôle moral dans le Québec d’avant la Révolution tranquille. Sans être troublante aujourd’hui, cette lecture rappelle avec finesse à quel point les libertés individuelles pouvaient autrefois être mises en péril au nom de l’ordre collectif.
Changement de registre, mais pas de thème : j’ai aussi lu L’heure des prédateurs, un essai percutant de Giuliano da Empoli sur ces nouveaux stratèges de l’ombre — consultants politiques, manipulateurs d’opinion, architectes de l’instabilité — qui façonnent le monde selon leurs intérêts. L’intelligence artificielle y est présentée comme une menace imminente, non seulement parce qu’elle répond à nos besoins avec une efficacité redoutable, mais surtout parce qu’elle vise à les prédire. Certains géants de la tech conçoivent déjà des IA capables d’anticiper nos désirs avant même que nous en soyons conscients, brouillant ainsi la frontière entre influence et manipulation. Dans ce contexte, la question de la liberté individuelle devient vertigineuse : sommes-nous encore maîtres de nos choix quand ils sont devinés, voire suscités, par des machines ? Une lecture troublante, qui fait voir l’avenir sous un jour beaucoup moins neutre qu’on voudrait le croire.
Deux livres très différents, donc, mais qui m’ont tous deux ramené à la même question : celle de la liberté individuelle, hier étouffée par la morale, aujourd’hui menacée par l’algorithme.
1 Bessette, G. (1960). Le libraire. Éditions du Jour.
2 da Empoli, G. (2025). L’heure des prédateurs. Paris : Gallimard.
Dans mes écouteurs
Dans mes escapades musicales de l’été, j’ai fait une jolie découverte québécoise : Jazz à Nous / Souvenirs 90. Ce projet rassemble cinq musiciens d’ici autour de compositions originales et de quelques clins d’œil aux classiques, dont un Sentimental Mood, de Duke Ellington, joliment revisité. On y retrouve des pièces soignées, des ambiances feutrées, des élans bluesy, du jazz sans prétention, mais bien senti. C’est doux, c’est propre, et ça mérite d’être écouté.
Le quintette reprend également le Smiles and Chuckles d’UZEB, dont je propose l’écoute en #musiquebleue, cette semaine.
La bonne nouvelle de cette semaine
À Saguenay, le service Jonquière-Médic offre depuis près de 40 ans un modèle de soins à domicile unique au Québec : sans rendez-vous, gratuit et accessible dès 7 h 30 le matin, il permet à une équipe médicale de visiter chaque jour jusqu’à 25 patients dans leur propre milieu de vie. Cette initiative, relancée en 2023 après une interruption due à la pandémie, cible particulièrement les enfants et les personnes âgées ayant des difficultés à se déplacer. Environ 7400 consultations ont été réalisées en un an et demi, évitant ainsi à de nombreux patients une visite à l’urgence. Pour le Dr Dominic Gagnon, ancien urgentologue et désormais médecin à temps plein au sein de Jonquière-Médic, cette pratique est à la fois valorisante et essentielle à la réduction des listes d’attente.
Soutenue par la communauté et la Ville de Saguenay, l’équipe souhaite maintenant franchir une nouvelle étape en obtenant l’homologation de son système pour obtenir un paiement de la RAMQ et prendre en charge jusqu’à 500 patients sans médecin de famille. Bien qu’elle ne compte pour l’instant qu’une voiture et cinq soignants, l’organisation espère élargir ses services en recrutant davantage de médecins. Ce modèle de proximité, qui mise sur la qualité plutôt que sur le volume, attire l’attention à Québec, où plusieurs voient une piste prometteuse pour améliorer l’accès aux soins. Et si la solution à notre système engorgé circulait discrètement dans les rues de Jonquière, à bord d’une simple voiture de service ?
Journal de vacances du 11 juillet 2025
Suivant mes habitudes des dernières années, je profite de la saison estivale pour ralentir le rythme. Jusqu’à la prochaine rentrée scolaire, mon billet hebdomadaire cède sa place à un billet quinzomadaire. On se donne donc rendez-vous le 18 juillet.
Billet du 4 juillet 2025 : Pourquoi nos personnalités politiques réagissent-elles comme des ados ?
Chez certains leaders politiques, les réactions publiques ressemblent de plus en plus à des réflexes adolescents : impulsifs, théâtraux et hermétiques à la critique. Donald Trump, de passage en Floride, s’est récemment illustré en plaisantant sur des migrants enfermés dans un centre surnommé Alligator Alcatraz, allant jusqu’à expliquer comment fuir un alligator en zigzag. Le tout avec un sérieux à glacer le sang… ou à faire lever les yeux au ciel. Chez nous, France-Élaine Duranceau, ministre de l’Habitation, a suggéré que les problèmes de logement découlaient souvent de troubles personnels, et que du « coaching » aiderait les locataires à mieux se vendre aux propriétaires. Traduction libre : si tu ne trouves pas d’appart, c’est peut-être parce que tu ne fais pas bonne impression. Et Bernard Drainville, interpellé par la FAE qui réclame son départ, s’est contenté d’une ligne lapidaire sur Facebook, comme on claque la porte d’un texto. Une réponse froide, sans ouverture, qui laisse entendre qu’il n’a rien à se reprocher. Des adultes au pouvoir, oui, mais parfois bien peu portés sur l’introspection.
Il serait tentant de croire qu’il s’agit là de simples stratégies médiatiques ou d’un style personnel plus abrasif. Mais quand les réactions sont systématiquement impulsives, défensives et centrées sur l’image plutôt que sur le dialogue, on peut y voir autre chose. Les neurosciences nous apprennent que certaines structures du cerveau, comme l’amygdale, prennent parfois le dessus sur le cortex préfrontal, celui qui régule nos comportements rationnels. Quand la peur, la frustration ou l’ego sont activés, les décisions ne passent plus par la réflexion, mais par le réflexe. C’est ce que le psychologue Daniel Goleman appelle un détournement amygdalien dans son ouvrage L’intelligence émotionnelle (1997).1 Et ce phénomène n’épargne pas les gens de pouvoir. Il les touche même d’autant plus qu’ils évoluent dans un environnement où la nuance est souvent perçue comme un signe de faiblesse.
Mais au-delà de la biologie, il faut aussi regarder l’écosystème. Les réseaux sociaux favorisent la rapidité d’exécution plutôt que la profondeur de pensée. La politique spectacle récompense les sorties de scène, pas les entrées en matière, comme dans une téléréalité où l’on se distingue davantage en claquant la porte qu’en tenant un propos sensé. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que celles et ceux qui gravitent au sommet se mettent à ressembler aux ados qu’on accuse souvent de manquer de maturité : hypersensibles au regard des autres, prompts à la réaction, allergiques au doute. Peut-être est-ce là le vrai drame de notre époque : les postes sont plus influents, les enjeux plus complexes, les conséquences plus lourdes, mais les réflexes, eux, n’ont pas suivi.
Quand des cerveaux en mode survie occupent des fonctions qui exigent clairvoyance et maîtrise de soi, ce n’est pas toujours l’expérience qui fait défaut, c’est souvent la maturité.
1 Goleman, D. (1997). L’intelligence émotionnelle : Accepter ses émotions pour développer une intelligence nouvelle. Paris : Robert Laffont. (Édition originale : Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ, 1995)
Dans mes écouteurs
Tommy Demers est un auteur-compositeur-interprète originaire de Valcourt qui s’est fait connaître du grand public lors de son passage remarqué à La Voix en 2023. Avant cela, il avait multiplié les expériences scéniques, tant en musique qu’en comédies musicales, ce qui lui confère une présence et une sensibilité artistique affirmées. Son style navigue entre la pop francophone, la chanson intimiste et des accents rock rétro qui rappellent parfois Vincent Vallières, Richard Séguin ou même Jean Leloup, selon les pièces. Son tout premier album, À cœur ouvert, sorti la semaine dernière, témoigne d’une sincérité désarmante et d’une grande variété d’ambiances, allant du festif au mélancolique.
Voici la pièce Omis de la liste.
La bonne nouvelle de cette semaine
Il y a des peluches qu’on garde pour la nostalgie, d’autres qui accompagnent nos enfants dans leur sommeil… et puis il y a celles qui soulagent vraiment. C’était le cas de l’ourson thérapeutique Béké Bobo, conçu au Québec par une mère pour apaiser les douleurs chroniques de sa fille, et qui a connu une reconnaissance internationale inespérée. De décembre 2024 à juin 2025, Béké Bobo a trôné dans une vitrine du Musée des Arts décoratifs de Paris (MAD), voisin du Louvre, dans une exposition consacrée à l’histoire de l’ours en peluche. L’ourson québécois y figurait non seulement comme jouet, mais aussi comme véritable outil de mieux-être, aux côtés d’œuvres de l’UNICEF. Une distinction rare, pour ne pas dire exceptionnelle, pour une PME familiale d’ici.
Ce n’est pas tous les jours qu’une entreprise québécoise se retrouve à l’honneur dans un musée parisien, encore moins dans une exposition où les peluches sont traitées comme objets d’art et de soin. La fondatrice, Maggy-Nadyne Lamarche, avait d’ailleurs d’abord cru à une arnaque en recevant l’invitation officielle. Mais non : c’était bien l’innovation, l’altruisme et la tendresse de Béké Bobo qui avaient retenu l’attention du MAD. Pour une fois, ce n’était ni un exploit technologique, ni un brevet industriel, ni un jeu vidéo qui faisait parler de nous en France, mais un petit sac de céréales déguisé en ourson. Cela montre que le réconfort, lui aussi, peut mettre en évidence notre savoir-faire.
Horaire d’été
Suivant mes habitudes des dernières années, je profiterai de la saison estivale pour ralentir le rythme. Jusqu’à la prochaine rentrée scolaire, mon billet hebdomadaire cédera sa place à un billet quinzomadaire. On se donne donc rendez-vous le 18 juillet.
Dossier Intelligence artificielle générative
Vous l’aurez deviné, l’illustration qui accompagne ce billet a été générée par l’intelligence artificielle. Dans la réalité, je doute fort qu’on retrouve un jour ces trois mêmes personnes dans une seule image. Est-ce que je me suis amusé en passant ma commande et en évaluant chaque proposition avant d’arrêter mon choix ? Absolument ! 😊
Billet du 27 juin 2025 : Lettre à Bernard Drainville
Monsieur Drainville,
Lundi dernier, en point de presse tôt le matin, l’exécutif de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a réclamé votre départ à titre de ministre de l’Éducation. Plus tard en journée, vous leur avez répondu ceci, à partir de votre compte Facebook :
Une réponse courte, à laquelle je n’apporterai aucun autre qualificatif, mais qui suscite chez moi plusieurs éléments de réplique. Je ne sais pas trop par où commencer, alors je vous laisserai m’imposer l’ordre en y allant chronologiquement.
« Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un syndicat qui a privé nos enfants d’école pendant 5 semaines de grève et qui utilise l’argent de ses membres pour contester la loi sur la laïcité. »
Vos premiers mots m’incitent à commencer par une boutade. Personne n’est mieux placé que les enseignantes et les enseignants pour donner des leçons. C’est leur travail. Le problème, et vous devez en assumer une part de responsabilité, c’est qu’il s’en trouve de plus en plus pour le faire sans détenir de brevet d’enseignement. Malgré cette lacune importante, vous avez trouvé une façon d’en « qualifier légalement » un grand nombre, avec une manipulation administrative que Radio-Canada a dévoilée, cette semaine. 1
« Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un syndicat qui a privé nos enfants d’école pendant 5 semaines de grève et qui utilise l’argent de ses membres pour contester la loi sur la laïcité. »
Dois-je vous rappeler, monsieur Drainville, que ce syndicat bénéficiait d’un vaste appui populaire durant ces cinq semaines de grève ? Malgré ce qu’il leur en coûtait, les familles réalisaient les piètres conditions du système d’éducation dans lequel ils envoient leurs enfants au quotidien. Et c’est au gouvernement, beaucoup plus qu’aux syndicats de l’enseignement, qu’ils en imputaient la responsabilité.
Vous déteniez d’ailleurs le pouvoir de mettre fin à cette grève en tout temps, par une loi spéciale adoptée grâce à votre majorité à l’Assemblée nationale ou par décret. Si vous aviez réellement cru à ce point en la gravité de la situation, j’ose croire que vous l’auriez fait.
« Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un syndicat qui a privé nos enfants d’école pendant 5 semaines de grève et qui utilise l’argent de ses membres pour contester la loi sur la laïcité. »
La FAE a été le syndicat qui m’a représenté durant une grande partie de ma carrière. Croyez-moi, je me suis maintes fois opposé à certaines de ses positions. Mais cette fois-ci, j’accueille favorablement sa démarche devant les tribunaux. Je suis entièrement en faveur de la laïcité de l’État. La FAE l’est aussi, du moins en principe. Ce qu’elle conteste, c’est la disposition qui empêche plusieurs de ses membres de porter certains signes religieux au travail. Ces personnes paient des cotisations, comme les autres. Elles ont le droit d’être défendues.
« L’école existe pour nos enfants, nos élèves.
C’est pour eux que je me bats, jour après jour. »
Ici, monsieur Drainville, j’aurais besoin de précisions. Les enseignantes et les enseignants se battent quotidiennement pour leurs élèves. Les professionnels de l’éducation également. Comme les directions d’écoles. Les orthopédagogues, les techniciennes en éducation spécialisée, les aides pédagogiques, le personnel des services de garde, tous ces gens se dévouent pour les élèves. Je le sais, je suis sur le terrain depuis plus de 30 ans.
Vous êtes ministre de l’Éducation depuis près de trois ans. Je cherche encore une situation où je vous aurais vu vous battre à nos côtés. Quand vous affirmez le faire jour après jour, j’aimerais des exemples. Parce que ceux que j’ai en tête vont dans l’autre sens.
Vous avez beau prétendre qu’il n’y a pas de coupes en éducation, il est difficile de vous croire quand les montants précis nous ont été communiqués. Et de refuser de garantir que chaque élève recevra les services éducatifs auxquels il a droit donne plutôt à penser que le camp que vous avez choisi est celui des politiques de votre gouvernement, pas celui des élèves. 2
Les centres de services scolaires, pris en étau entre les directives ministérielles et les compressions budgétaires déguisées, n’ont souvent d’autre choix que de jongler avec les ressources pour limiter les dégâts.
« Je vais continuer. »
Autorisez-moi donc une suggestion : faites-le avec les personnes qui ont réellement une passion pour l’éducation, et non avec celles qui l’évoquent seulement pour des raisons électorales. Et surtout, faites-le sur le terrain. Parce qu’actuellement, l’image que les gens du milieu se forgent de leur ministre reflète la condescendance et la méconnaissance des dossiers. Et quand, au gré de certaines déclarations maladroites, vous les avez heurtés sur leur salaire 3, leur tâche 4 ou leur formation 5, il m’est difficile de les blâmer.
Veuillez agréer, monsieur Drainville, l’expression de mes sentiments distingués.
Jean-Frédéric Martin, pédagogue
1 Bussières McNicoll, F. (2025, 26 juin). Plus d’enseignants légalement qualifiés « par magie ». ICI Radio‑Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2175568/enseignants-legalement-qualifies-regles-quebec
2 98.5 Montréal. (2025, 18 juin). « Je ne peux pas garantir que chaque élève va avoir tout ce dont il a besoin » [Fichier audio]. https://www.985fm.ca/audio/706665/je-ne-peux-pas-garantir-que-chaque-eleve-va-avoir-tout-ce-dont-il-a-besoin?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Threads%23Echobox%3D1750251426
3 Radio‑Canada. (2023, 17 mai). Salaire des enseignants : Le ministre Bernard Drainville dans la tourmente [Texte en ligne]. Consulté le 27 juin 2025, sur https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1980263/controverse-drainville-salaire-professeur
4 Le Devoir. (2023, 17 août). Éducation : les classes de maternelle sont moins exigeantes, dit Drainville. Le Devoir. Repéré à https://www.ledevoir.com/societe/education/796435/education-les-classes-de-maternelle-sont-moins-exigeantes-dit-drainville
5 Le Devoir. (2023, 29 août). Bernard Drainville confiant qu’il y a un adulte dans chaque classe pour la rentrée. Le Devoir. Repéré à https://www.ledevoir.com/politique/quebec/797043/bernard-drainville-confiant-qu-il-y-a-un-adulte-dans-chaque-classe-pour-la-rentree
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Salut Serge !
La bonne nouvelle de cette semaine
Quelle excellente nouvelle pour les cinéphiles québécois : le prochain film de la célèbre série James Bond sera réalisé par Denis Villeneuve. Oui, le Denis Villeneuve, enfant de Bécancour, formé ici, chez nous, dans nos écoles. L’annonce faite cette semaine confirme que, non seulement il sera réalisateur, mais aussi producteur exécutif, en compagnie de sa conjointe, Tanya Lapointe. Voir un créateur québécois à la tête d’un projet aussi emblématique, c’est plus qu’une fierté nationale : c’est la preuve qu’un regard façonné par notre culture peut maintenant éclairer l’un des univers cinématographiques les plus suivis de la planète.
Le choix de Villeneuve s’impose avec évidence. Son approche cinématographique, à la fois sobre, puissante et empreinte d’une grande humanité, pourrait bien redonner souffle à une série qui cherche constamment à se réinventer. Après Arrival, Blade Runner 2049 et Dune, on sait qu’il saura conjuguer profondeur narrative et puissance visuelle. C’est un moment marquant pour le cinéma québécois : non seulement un des nôtres fait son entrée dans la grande famille Bond, mais il le fait en y apportant son intégrité artistique et sa sensibilité. Cette fois, ce n’est pas seulement l’agent secret qui est en mission spéciale… c’est aussi le Québec.
Billet du 20 juin 2025 : François Legault et le mirage de la priorité éducative
On aime mentionner que l’éducation est une priorité nationale. Pour François Legault, ce n’était pas seulement une priorité, c’était la priorité. Il l’a affirmé à plusieurs reprises, martelé dans ses discours, répété en campagne électorale. En 2018, alors qu’il cherchait à se faire élire, il promettait que « jamais » un gouvernement de la CAQ ne couperait dans les services aux élèves. Cette déclaration, encore en ligne sur sa page Facebook, visait à rassurer un réseau scolaire échaudé par des années de compressions.
Mais certaines promesses, comme certains fantômes, finissent toujours par revenir nous hanter.
Car aujourd’hui, c’est bien un vent glacial de restrictions qui souffle sur notre système public d’éducation. Officiellement, on parle d’un effort budgétaire de 510 millions. En réalité, lorsqu’on additionne les mesures dites d’« optimisation » exigées en parallèle, le manque à gagner frôle le milliard de dollars. Et, contrairement à ce que certains aimeraient faire croire, ces compressions ne s’arrêteront pas aux bureaux administratifs.
Je prends ici un exemple concret. Dans un centre de services scolaire que je connais bien, on a calculé que même en fermant entièrement le centre administratif, et en remerciant tout le personnel qui y travaille, on ne réussirait à combler que 58 % de l’effort budgétaire exigé par le gouvernement. Autrement dit, les 42 % restants devront être retranchés dans les écoles, auprès des élèves. Et cela, même en sacrifiant des emplois déjà essentiels au bon fonctionnement du réseau.
Ce qui mérite d’être souligné à grands traits, c’est la coïncidence troublante entre les efforts exigés du réseau scolaire et les investissements publics improvisés des dernières années. On demande aujourd’hui à l’éducation de générer près d’un milliard de dollars en économies, pendant qu’on a perdu 1,33 milliard $ dans une poignée de projets mal planifiés ou précipités : Northvolt (270 M$), SAAQclic (500 M$), Lion électrique (177 M$), Medicago (283 M$) et les études entourant le troisième lien (100 M$). L’éducation devient ici le contrepoids d’une série de bourdes gouvernementales.
Une priorité de la CAQ, l’éducation ? Permettez-moi d’en rire.
Dans mes écouteurs
Neli Ivanova est une artiste émergente dont la voix enveloppante et la sensibilité à fleur de peau rappellent immanquablement Lhasa de Sela. Avec la même intensité et ce mélange de fragilité et de force, Ivanova tisse une œuvre poétique et introspective, entre chanson, folk et influences du monde. Loin de l’imitation, elle s’inscrit dans une filiation émotive, portant une parole singulière et magnifiquement assumée.
Avec Frères, elle propose une ambiance sonore feutrée. Les arrangements minimalistes laissent toute la place à la voix, soutenue par quelques textures discrètes et des cordes subtiles. Le résultat donne une chanson sobre, raffinée et parfaitement maîtrisée sur le plan acoustique.
La bonne nouvelle de cette semaine
Un nom : Claire Bell. Et une immense reconnaissance envers les bénévoles et les membres des services d’urgence qui ont toujours cru à la possibilité de la retrouver saine et sauve. Et qui ont tout mis en œuvre pour y arriver. L’être humain dans ce qu’il a de plus beau à offrir.









