Billet du 27 février 2026 : Neutralité variable

Le Québec vient de se rappeler, une fois de plus, qu’il a fait un choix de société, celui de la laïcité lorsqu’on parle de l’État. On l’a vu ces derniers jours de façon très concrète, presque brutale, quand des travailleuses du soutien scolaire ont perdu leur emploi parce qu’elles portaient le voile et qu’elles ont refusé de l’enlever, dans la foulée du resserrement annoncé par le gouvernement.1 L’argument qu’on entend depuis des années, celui qui revient toujours en premier, c’est l’influence. À l’école, un signe religieux visible pourrait peser sur l’élève, l’impressionner, l’orienter. Certains sont même allés jusqu’à évoquer l’endoctrinement. Mais au nom de la cohérence, une question s’impose. Comment justifier qu’on interdise un signe religieux à certaines employées, tout en l’autorisant à d’autres grâce à une clause grand-père ? Cette clause protège des droits acquis. En clair, elle permet à des personnes déjà en poste avant l’entrée en vigueur d’une loi de conserver ce qui sera ensuite interdit aux nouvelles. Une école, deux règles, deux statuts, deux neutralités.

Pendant ce temps, un autre épisode d’actualité a fait sourciller. On a appris que des conférences pro-Israël avaient été présentées à des élèves dans des écoles privées juives du Québec, parfois avec des intervenants associés à l’armée israélienne, dans un contexte où la guerre polarise déjà les esprits.2 Et là, je ne parle pas de religion, je parle de politique, d’identité, de géopolitique. Mais la mécanique ressemble étrangement à celle qu’on redoute quand on parle de signes. L’école donne du poids à une parole. Elle lui prête une aura. Elle la rend normale, presque officielle. Si on est si anxieux à l’idée qu’un symbole puisse influencer, comment ne pas se demander ce que peut faire, dans une salle de classe, devant des jeunes, un récit fortement orienté, livré avec aplomb, parfois avec prestige, parfois avec uniforme en filigrane ?

On me répondra que c’est le privé. D’accord. Sauf qu’au Québec, le privé n’est pas une île flottant loin de l’État, il est largement subventionné. Il y a de l’argent public qui circule, donc une responsabilité publique qui suit. Et c’est là que la laïcité à géométrie variable devient difficile à défendre. D’un côté, l’État serre la vis sur des individus, au nom de la neutralité et de la protection des élèves, tout en acceptant qu’une clause grand-père maintienne une neutralité à deux vitesses. De l’autre, il hésite davantage à baliser des institutions financées par lui lorsque des conférences militantes entrent dans l’école, au nom de l’autonomie. Je ne plaide pas pour un bâillon. Je plaide pour la cohérence. Si l’on croit vraiment que l’école doit protéger l’élève de l’influence, alors cette exigence devrait s’appliquer partout où l’État met sa signature, et de la même manière pour tout le monde.

1 Bourquin, C. (2026, 26 février). Loi renforçant la laïcité : Des travailleuses du soutien scolaire perdent leur emploi à cause de leur voile. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/education/2026-02-26/loi-renforcant-la-laicite/des-travailleuses-du-soutien-scolaire-perdent-leur-emploi-a-cause-de-leur-voile.php?sharing=true

2 Côté, T. E. (2026, 26 février). Des conférences pour défendre Israël. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/ecoles-privees-subventionnees-par-l-etat/des-soldats-israeliens-comme-conferenciers/2026-02-26/des-conferences-pour-defendre-israel.php?sharing=true


Dans mes écouteurs

Cette semaine, mon choix musical s’accroche à It’s You, petite comète au cœur de Heated Rivalry, série canadienne où deux vedettes du hockey, rivales sur la glace, se découvrent une histoire qu’on devine longtemps tue et pourtant immense. Le Saguenéen Peter Peter, recruté pour signer la trame originale, y déploie une électronique douce, presque en apnée. Une pièce qui reste dans la tête comme une lumière de vestiaire.

Peter Peter – It’s You – Heated Rivalry (bande originale) – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Imaginez un centre commercial qui ne vend rien de neuf, mais qui remet en circulation des articles de seconde main et des objets recyclés. À Saint Jérome, Tricentris La Coop prépare ce projet inédit, inspiré d’un modèle suédois. Sous un même toit, 20 à 25 commerces offriront vêtements, souliers, meubles, jouets et appareils électroniques revalorisés. L’objectif est double et franchement encourageant : soutenir le pouvoir d’achat des ménages et rendre une consommation plus durable simple, accessible et agréable.

Encore mieux, plutôt que de construire du neuf, Tricentris transformera une ancienne usine de papier le long de l’autoroute 15, avec une ouverture visée entre février et juin 2027. Le lieu devrait aussi proposer des espaces de travail et des ateliers pour apprendre à réparer, qu’il s’agisse de vêtements, de meubles ou d’électronique. Il pourra également revaloriser les invendus pour éviter le gaspillage. Le projet s’appuie aussi sur ReTuna, en Suède, un centre commercial entièrement consacré aux articles usagés, situé à environ 100 km de Stockholm. Ça donne envie d’y faire un tour.


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