Billet du 5 décembre 2025 : L’école du tri précoce

On apprend que, dans certaines écoles secondaires du Québec, le bulletin de 4e année du primaire est désormais utilisé comme critère de sélection à l’entrée du secondaire.1 Quatrième année. Des enfants de 9 ou 10 ans. On ne parle plus ici d’un simple outil d’observation, mais bien d’un premier filtre. D’un avant-goût de classement. D’une décision qui, dans certains cas, pèsera plus lourd que bien des efforts ultérieurs.

Officiellement, on invoque une « meilleure lecture du parcours », une « vidéo plutôt qu’une photo ». L’image est séduisante. Elle donne l’impression qu’on agit pour mieux comprendre l’élève et pour mieux l’accompagner. Mais derrière ce vernis rassurant se dessine une réalité plus brutale. La sélection scolaire commence de plus en plus tôt, et avec elle, le stress, l’angoisse de performance et la peur de ne pas être à la hauteur dès le primaire.

Cette pratique, de plus en plus répandue dans le réseau privé, n’est pas sans effet sur l’ensemble du système. Elle alimente directement la logique de l’école à trois vitesses. À ceux qui performent tôt, et dont les familles ont souvent les moyens de payer, les écoles privées, les programmes particuliers et les parcours valorisés. Aux autres, le régulier, avec ce que cela suppose parfois de portes qui se referment plus vite que prévu. Loin d’atténuer les inégalités, cette mécanique contribue à les organiser, les stabiliser et les rendre plus précoces.

Dans son livre Séparés mais égaux 2, Christophe Allaire Sévigny rappelle que cette ségrégation scolaire n’est pas seulement un problème du présent. Elle constitue une hypothèque lourde sur l’avenir. En séparant les élèves tôt, on fragmente la société de demain. On affaiblit la mixité sociale. On creuse les écarts. On prépare non seulement des parcours scolaires inégaux, mais aussi une cohésion sociale plus fragile et une démocratie plus vulnérable.

Le recours au bulletin de 4e année devient ainsi un geste administratif en apparence banal, mais qui agit comme un puissant levier de tri social précoce, dont les effets dépasseront largement les murs de l’école.

On pourra toujours dire qu’il ne s’agit que d’un critère parmi d’autres. Peut-être. Mais quand on commence à trier à 9 ans, il faut avoir le courage de regarder plus loin que le prochain bulletin. Quelle école sommes-nous en train de bâtir, et quelle société sommes-nous en train de préparer ?

1 Marquis, M. (2025, 3 décembre). Admission au secondaire. Le bulletin de 4e année comme critère de sélection. La Presse.

2 Allaire Sévigny, C. (2025). Séparés mais égaux. Enquête sur la ségrégation scolaire au Québec. Lux Éditeur.


Dans mes écouteurs

Artiste québécois d’origine marocaine, à la fois humoriste, rappeur et auteur, Adib Alkhalidey propose avec Plexus lunaire un album à l’univers planant, où se croisent hip-hop, rock et jazz. L’album explore avec lucidité et poésie des thèmes comme la transformation personnelle, l’amour, la guerre et la survie, à travers des pièces marquantes, confirmant pleinement son identité musicale engagée et sensible.

Voici la pièce Là où la vie est belle.

Adib Alkhalidey – Là où la vie est belle – Plexus lunaire – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

La nature nous fait un clin d’œil et il sent le sous-bois. On apprend que des chercheurs québécois utilisent des champignons pour dépolluer des sols, de l’eau et même du bois imbibé de substances toxiques. Grâce à leur impressionnant réseau de filaments appelé le mycélium et à leur remarquable capacité enzymatique, certains champignons peuvent dégrader des hydrocarbures, des pesticides, certains explosifs et même des produits pharmaceutiques. D’autres agissent comme de véritables éponges écologiques en stockant les métaux lourds. Oui, parfois, sauver la planète commence tout simplement par laisser pousser des champignons.

Mieux encore, du côté de la Côte-Nord, une expérience a permis d’isoler plus d’une centaine de souches de champignons sur du bois de traverses de chemin de fer que l’on croyait complètement stérile. Une véritable explosion de vie là où on ne l’attendait plus. Certes, la mycoremédiation demande de la patience et de la prudence, mais elle est plus douce pour l’environnement, moins coûteuse et porteuse d’avenir. Il s’agit d’une solution qui pousse lentement, mais sûrement. Comme quoi, même sous nos pieds, l’espoir est déjà en train de germer.


L'image qui accompagne ce billet a été générée par l'intelligence artificielle.

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