Billet du 14 août 2026 : Qui secoue le bocal ?

Il y a quelque temps, une petite histoire a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. On place des fourmis rouges et des fourmis noires dans un bocal. Elles cohabitent jusqu’au moment où quelqu’un secoue violemment le récipient. Aussitôt, les unes s’attaquent aux autres, chacune croyant que l’autre couleur est responsable du chaos. La morale invitait alors à ne pas seulement regarder les fourmis qui se battent, mais à se demander : qui a secoué le bocal ? L’anecdote n’a rien d’une expérience scientifique, mais comme métaphore de notre époque, elle est redoutablement efficace.

Il suffit de regarder autour de nous. Donald Trump secoue les rapports de force à l’intérieur de son pays comme à l’étranger, menaçant ses alliés, imposant ou brandissant des tarifs et changeant parfois brusquement de ton envers les protagonistes des guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient. Le Canada en fait actuellement l’expérience : de nouveaux tarifs américains de 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits canadiens doivent entrer en vigueur le 19 août si les négociations en cours échouent.1 Mais les secousses ne viennent pas seulement de Washington. Des puissances étrangères cherchent à exacerber les divisions dans les démocraties occidentales, tandis que les réseaux sociaux offrent un terrain particulièrement fertile à ceux qui souhaitent attiser les tensions. Le Québec n’est d’ailleurs pas à l’abri : selon une recherche de l’Université de Montréal publiée en mars dernier, 31,8 % des messages politiques diffusés sur Twitter pendant la campagne électorale québécoise de 2022 contenaient de la désinformation, soit de 3 000 à 25 000 faux messages par jour.2

Pourquoi secouer le bocal ? Parce que le chaos est rarement une fin en soi. Il peut permettre de détourner l’attention, d’affaiblir un adversaire, de mobiliser son propre camp, d’imposer les termes d’un débat ou simplement de capter notre attention et d’en tirer profit. Giuliano da Empoli décrit depuis plusieurs années cette mécanique. Dans Les ingénieurs du chaos, il s’intéresse à ceux qui ont appris à transformer les frustrations, la colère et les divisions en instruments politiques; dans L’Heure des prédateurs, il poursuit cette réflexion dans un monde où l’imprévisibilité, la provocation et le bouleversement des règles sont devenus des attributs du pouvoir.3 Les fractures n’ont donc pas toujours besoin d’être créées. Il suffit parfois de les repérer, de les élargir et de convaincre chaque moitié du bocal que l’autre constitue une menace.

Et les conséquences dépassent largement les joutes partisanes sur les réseaux sociaux. Au Canada, les crimes haineux visant l’orientation sexuelle ont augmenté pendant trois années consécutives pour atteindre un sommet révisé de 889 incidents en 2023. Ils ont reculé à 658 en 2024, mais demeurent à des niveaux nettement supérieurs à ceux observés quelques années auparavant.4 Derrière les stratégies politiques, les algorithmes et les guerres d’influence, il y a donc des personnes qui finissent par subir les effets très réels de nos divisions. Avant de mordre la fourmi d’en face, peut-être devrions-nous lever les yeux et nous demander non seulement qui secoue le bocal, mais surtout ce qu’il a à gagner en nous regardant nous battre.

1 Reuters. « US also wants trade deal before August 19 tariff deadline, Canadian source says », 13 août 2026. Consulter l’article.

2 Université de Montréal. « Sur Twitter, un message sur trois a véhiculé de la désinformation aux élections de 2022 », UdeM Nouvelles, 17 mars 2026. Consulter l’article.

3 Da Empoli, Giuliano. Les ingénieurs du chaos. Paris : JC Lattès, 2019; et L’Heure des prédateurs. Paris : Gallimard, 2025. Les ingénieurs du chaos examine les techniques et les acteurs du populisme numérique; L’Heure des prédateurs prolonge cette réflexion sur les nouvelles formes d’exercice du pouvoir. Les ingénieurs du chaos — JC Lattès | L’Heure des prédateurs — Gallimard.

4 Statistique Canada. « Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2024 », Le Quotidien, 30 mars 2026. Consulter la publication.


Promouvoir la culture québécoise

Depuis quelques années, le 12 août est devenu pour moi un rendez-vous. J’achète des livres québécois tout au long de l’année, mais je prends soin d’en acheter au moins un cette journée-là, sachant que les ventes sont alors comptabilisées et que chaque achat contribue à donner du poids au mouvement « J’achète un livre québécois ». Cette année, j’en ai acheté trois. Dans une magnifique chronique publiée cette semaine dans La Presse, l’écrivain Thélyson Orélien rappelle que tout cela est né en 2014 d’une idée toute simple lancée sur Facebook par deux auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé. Dès la première année, les ventes de romans québécois ont triplé ce jour-là. En 2024, elles étaient 17 fois plus élevées qu’à l’habitude.

Ce succès me rejoint d’autant plus qu’il illustre une conviction que je défends depuis longtemps. Bien sûr, les gouvernements ont un rôle à jouer pour protéger le français et soutenir notre culture. Mais une langue ne demeure vivante ni par décret ni par règlement. Elle vit parce que des gens choisissent de la parler, de la lire, de l’écrire, de la chanter et de la transmettre. Orélien écrit avec justesse qu’« une culture se rassure en créant » et rappelle que l’on s’efface lorsque l’on cesse de croire que ce que l’on fait mérite d’être gardé. Le 12 août en fournit une démonstration éclatante : deux citoyens ont lancé une idée, des milliers d’autres l’ont adoptée et, treize éditions plus tard, cette initiative contribue concrètement au rayonnement de notre littérature. Voilà sans doute l’une des meilleures façons de protéger le français : non seulement le défendre, mais surtout lui donner chaque jour de nouvelles raisons de vivre.

Orélien, Thélyson. « Ce que le 12 août dit de nous ». La Presse, 11 août 2026. https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-08-11/livres-quebecois/ce-que-le-12-aout-dit-de-nous.php?sharing=true


Dans mes écouteurs

Je sais qui est Dumas et je connais sa pièce instrumentale Lune d’été, tirée de son album Cosmologie, sorti en 2023. Ce que j’ignorais, c’est qu’un an plus tard, il a lancé Cosmologie Deluxe, avec certains morceaux revus de manière acoustique. Parmi ceux-ci, un Lune d’été tout aussi instrumental, mais rendu au piano et à la voix, avec un rythme ralenti. Ça mérite une écoute dans cette rubrique !

Dumas – Lune d’été (piano-voix) – Cosmologie Deluxe – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Je reviens sur le mouvement « J’achète un livre québécois » et sur cette idée toute simple selon laquelle la vitalité de notre langue et de notre culture repose aussi sur les gestes que nous posons collectivement. Les premiers résultats du 12 août 2026 en offrent une belle illustration. Sur leslibraires.ca, les ventes ont atteint un nouveau sommet, en hausse de 26 % par rapport à l’an dernier, qui constituait pourtant déjà une année record. La littérature a représenté à elle seule 72 % des achats effectués sur la plateforme.

Ce ne sont encore que des données préliminaires, puisque les statistiques plus larges de Gaspard/BTLF ne sont pas encore disponibles. Mais le signal est difficile à ignorer. Une initiative citoyenne née modestement sur Facebook il y a douze ans continue de prendre de l’ampleur et d’inciter des milliers de personnes à choisir des livres d’ici. On peut débattre longtemps des meilleures politiques pour protéger le français. Pendant ce temps, chaque 12 août, des Québécoises et des Québécois posent un geste très concret : ils lisent notre culture, la font vivre et lui donnent un avenir.


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Billet du 27 mars 2026 : Entretenir l’avenir

Ce jeudi, j’ai entendu Ricardo Larrivée, cuisinier, communicateur et cofondateur du Lab-École, à l’émission Tout un matin. Son intervention n’avait rien d’un coup de colère improvisé. On sentait au contraire une indignation contenue, nourrie par des faits, des visites, des témoignages, des constats accumulés. Et plus il parlait, plus une impression s’imposait : au Québec, on s’est habitués à voir nos écoles se détériorer comme si cela faisait partie du décor.

Cette prise de parole faisait écho à son reportage Écoles sous pression, qui sera diffusé le lundi 30 mars sur ICI Télé et Tou.tv. Et c’est peut-être cela, au fond, le plus troublant. Pas seulement l’état des bâtiments, mais la façon dont on a fini par banaliser la chose. Des plafonds qui coulent, des murs fatigués, des systèmes de ventilation déficients, des modulaires qu’on installe pour durer quelques années et qui finissent par s’éterniser. On ne parle pas ici d’un détail technique ni d’un simple enjeu d’entretien. On parle des lieux où des enfants passent une bonne partie de leur vie. On parle aussi des lieux où des adultes essaient, chaque jour, d’enseigner, d’accompagner, de tenir debout quelque chose d’essentiel.

Comment en est-on arrivés là? À mes yeux, il faut regarder du côté d’une vieille habitude politique devenue presque une manière de gouverner. Depuis quarante ans, les partis qui se succèdent administrent trop souvent le Québec avec, en arrière-plan, le même objectif premier : se faire réélire. Or l’entretien des infrastructures n’est pas politiquement payant. Réparer une toiture, refaire une maçonnerie, moderniser un système d’aération, cela ne se prête pas aux grandes annonces. Ce n’est ni spectaculaire ni photogénique. Alors on préfère les projets visibles, les inaugurations, les chantiers qu’on peut montrer. Et pendant qu’on coupe des rubans quelque part, on laisse ailleurs vieillir ce qu’il aurait fallu entretenir depuis longtemps.

Le résultat finit toujours par nous rattraper. On découvre alors des écoles à bout de souffle, des classes mal aérées, des locaux où l’on apprend dans des conditions qui ne devraient jamais être considérées comme normales. Et ce délabrement n’est pas sans effet. Il pèse sur le climat, sur le bien-être, sur la concentration, sur le rapport même à l’école. Une société peut bien multiplier les discours sur la réussite, la motivation et la persévérance, mais si elle laisse se dégrader les lieux où tout cela devrait prendre racine, elle se contredit elle-même.

Il faudra pourtant sortir un jour de cette culture du rapiéçage. Cela exigera de cesser de penser en cycles électoraux et de recommencer à penser en générations. En ce sens, la suggestion de Ricardo Larrivée de lancer une sorte de Commission Parent 2.0 mérite d’être entendue. La Commission Parent originale, mise sur pied au début des années 1960 pour revoir en profondeur l’organisation de l’enseignement au Québec, a jeté les bases du système scolaire moderne en recommandant notamment la création du ministère de l’Éducation et du Conseil supérieur de l’éducation; c’est dans cette foulée que naîtra aussi le réseau des cégeps. Aujourd’hui, il ne s’agirait pas de refaire le Québec de 1964, bien sûr, mais de retrouver cette même capacité de penser grand, loin du colmatage et des effets d’annonce. Entretenir d’abord, planifier pour vrai, rénover avant qu’il ne soit trop tard. Construire, oui, quand il le faut, mais surtout prendre soin durablement de ce qui existe déjà. Une école ne devrait jamais devenir un symbole de négligence collective. Elle devrait être, au contraire, la preuve visible que nous savons encore où se trouve l’essentiel.


Dans mes écouteurs

Gabriella Olivo est une autrice-compositrice-interprète à surveiller. Sa discographie compte pour l’instant deux mini-albums, Sola et A todos mis amores, auxquels s’ajoutent plusieurs simples et quelques collaborations, ce qui témoigne déjà d’un univers bien à elle, à la croisée du français et de l’espagnol. Voilà qu’elle ajoute une nouvelle pièce à ce parcours avec la sortie toute récente de la chanson Que je vous aime, pendant qu’un premier album complet semble se profiler à l’horizon pour l’automne 2026.

Gabriella Olivo – Que je vous aime – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Il y a des bonnes nouvelles qui font plaisir bien au-delà d’un campus ou d’un milieu spécialisé. Celle-ci en est une. Le Québécois Gilles Brassard, professeur à l’Université de Montréal et pionnier de la cryptographie quantique, vient de recevoir le prix A. M. Turing, la plus haute distinction en informatique, en compagnie de son collègue Charles H. Bennett. Derrière cet honneur prestigieux, il y a aussi quelque chose de profondément réjouissant : la reconnaissance éclatante d’une vie entière consacrée à la curiosité, à la recherche fondamentale et à l’audace intellectuelle. Dans une époque souvent pressée, voir la patience du savoir ainsi récompensée a quelque chose de franchement lumineux.

Et ce qui rend la nouvelle encore plus belle, c’est qu’elle nous rappelle qu’un chercheur d’ici peut contribuer à transformer le monde à partir d’idées nées dans le calme des universités. Gilles Brassard a notamment contribué à jeter les bases de la cryptographie quantique avec le protocole BB84, ouvrant la voie à des avancées majeures en communications sécurisées et en informatique quantique. Il est aussi seulement le huitième Canadien à recevoir ce prix, ce qui ajoute à la fierté.


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle


Billet du 26 septembre 2025 : Mots qui se ferment, nature qui s’ouvre

Dans la tourmente actuelle autour du langage inclusif, le gouvernement du Québec a tranché : dans ses communications officielles, il n’y aura plus de place pour iel, toustes ou tout autre néologisme du genre. On bannit également les points médians et autres doublets abrégés, comme étudiant·e·s, agent.e.s ou encore administrateur/trice. Ces formes, de plus en plus visibles dans certains courriels ou documents administratifs, avaient pour but de refléter la diversité des identités de genre et de donner une visibilité équitable aux hommes et aux femmes, voire à ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’un ni dans l’autre. Désormais, l’État exigera la rédaction dite « épicène », qui consiste à utiliser des termes neutres (le personnel, le lectorat) ou à énoncer les deux formes binaires (les étudiants et les étudiantes).

En apparence, il s’agit d’une simple question de clarté linguistique. Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, dit vouloir « mettre fin à la confusion » que provoqueraient ces nouvelles façons d’écrire. Mais derrière l’argument grammatical se cache un choix beaucoup plus large : celui d’établir une limite claire. Peu importe l’évolution des usages dans la société, les communications publiques ne reconnaîtront désormais que deux genres, le masculin et le féminin. C’est une manière de dire que, dans l’univers administratif, la non-binarité linguistique, et donc symbolique, n’existe pas. Cette posture contraste fortement avec l’ouverture que l’on retrouve dans d’autres sphères : des dictionnaires comme le Petit Robert ont déjà intégré iel, plusieurs universités québécoises — Laval, Sherbrooke, Montréal — offrent des guides de rédaction inclusive, et des établissements francophones ailleurs dans le monde, de Genève à Bruxelles, s’y engagent progressivement pour refléter les réalités de leurs communautés.1

Et c’est là que se trouve le véritable enjeu. Au-delà des points et des terminaisons, la décision gouvernementale a une portée identitaire. Dans un contexte où le Québec débat intensément des identités de genre, l’État ne se contente pas de fixer des règles de rédaction : il prend position en affirmant qu’il n’existe officiellement que deux genres, le masculin et le féminin. En matière de langue, l’impact est considérable : les mots choisis (ou interdits) orientent la manière dont on conçoit la réalité. Ainsi, au moment même où plusieurs cherchent à ouvrir la langue pour inclure toutes les diversités, le gouvernement ferme la porte en institutionnalisant une vision binaire du monde. C’est au mieux ramer à contre-courant, au pire reculer.

1 Universités québécoises

Francophonie internationale


Quatre Vents de dissidence

Quand les conseils d’établissement ont été créés, en 1998, plusieurs observateurs se demandaient bien ce que ça donnerait. On confiait à des parents et à des membres de la communauté des pouvoirs jugés, à l’époque, un peu trop grands pour des gens qui « ne connaissaient pas vraiment l’éducation ». Or, presque trente ans plus tard, le conseil d’établissement de l’école aux Quatre Vents, à Mont-Laurier, a trouvé une façon bien concrète d’exercer ce pouvoir : refuser d’adopter le budget de l’école, histoire de protester contre le sous-financement chronique en éducation.

C’est alors que la scène prend un air de comédie administrative. Le Centre de services scolaire des Hautes-Laurentides, héritier direct des anciennes commissions scolaires, a dégainé l’artillerie lourde : une mise en demeure envoyée à ces parents bénévoles réunis autour d’une table d’école primaire. On imagine presque la scène : des mamans et des papas, stylo à la main, recevant une lettre pleine de formulations juridiques parce qu’ils ont dit… non.

Et c’est là que réside toute l’incongruité : une structure mise en place par le gouvernement pour donner du pouvoir aux citoyens finit par être muselée par ce même gouvernement, via ses centres de services scolaires. On voulait de la participation, on récolte de la dissidence; on voulait rapprocher les parents des décisions, et on leur envoie plutôt un avis légal. De quoi sourire, certes, mais un sourire teinté d’absurde, celui qu’on esquisse quand l’arroseur est arrosé.


Et je cite :

« 15 ans. Un hoodie, un sac à dos, une main au mauvais endroit au mauvais moment. Fini. Pas une balle, deux balles. La « construction de l’autre », menaçant et qui ne veut pas notre bien, ça a aussi des conséquences tragiques comme celle-là.

Qui a appelé la police pour des jeunes qui vivaient leurs vies de jeunes?

Hier, un enfant est mort, parce qu’il n’avait pas la bonne face ni la bonne couleur de peau pour survivre. J’extrapole? « Il faut attendre le résultat de l’enquête. »

Taser? Attente de la certitude que cet ENFANT EST ARMÉ?

15 ans. Un enfant, un sac à dos, une main au mauvais endroit au mauvais moment.

Le policier qui a tiré n’a pas encore de nom, mais a déjà droit à toutes les justifications.

Protéger et servir? Profiler et punir.

C’est quand qu’on va où? Really? »

– Josiane Cossette, écrivaine et journaliste, le 23 septembre 2025.


Dans mes écouteurs

Bobby Bazini nous arrive avec un cinquième album, un premier en français. Changement de langue et changement de style. Plus pop, moins country, plus jazz, moins blues, avec des notes électroniques donnant dans le psychédélique, accompagnées d’instruments acoustiques.

Cet album s’intitule Seul au cinéma et regroupe neuf pièces s’inscrivant toutes dans la thématique. Celle que je vous propose d’écouter s’appelle Rouler en août.

Bobby Bazini – Rouler en août – Seul au cinéme – #musique bleue

La bonne nouvelle de cette semaine

À Montréal, l’idée de reverdir la ville pour contrer les îlots de chaleur et rendre les quartiers plus agréables à vivre fait son chemin depuis plusieurs années. Et voilà que Paris s’en inspire directement : quatre forêts urbaines sont en train de voir le jour dans la capitale française, avec un objectif de 170 000 arbres plantés d’ici le printemps prochain. On transforme même des rues passantes en ruelles piétonnières verdoyantes, où les habitants redécouvrent le plaisir de marcher à l’ombre.

Ce qui rend la nouvelle encore plus réjouissante, c’est la portée de l’initiative. Les arbres ne sont pas que décoratifs : ils peuvent abaisser la température de la ville de 4 à 8 degrés, purifier l’air et améliorer la santé physique et mentale des citoyens. En d’autres mots, l’exemple de Montréal voyage et inspire des gestes concrets qui rendent les villes plus vertes, plus humaines et mieux préparées aux défis climatiques. Voilà une fierté à partager, et un bel espoir pour l’avenir.

Pour en savoir plus :
Arnould, F. (2025, 20 septembre). Quand la végétalisation de Montréal inspire Paris. Radio-Canada.


Billet du 8 décembre 2023 : Journal de grève, 3e semaine

J’ai l’habitude d’écrire à la première personne du singulier. Je trouve présomptueux de se servir du pronom « nous » pour faire valoir sa position. Cependant, après de nombreux échanges avec les collègues, je peux affirmer que nous avons vécu deux grandes déceptions, cette semaine.

La première est survenue lundi. La veille, en soirée, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) avait soumis une contre-offre à la plus récente proposition gouvernementale. En matinée, la présidente du Conseil du trésor la rejetait devant les médias, avant même d’en avoir informé le syndicat. Cette façon de procéder propre au gouvernement actuel a été dénoncée seulement deux jours plus tard par six professeurs spécialisés en relations de travail à l’Université de Montréal 1.

Et je cite :

« On utilise le micro et les médias pour faire des déclarations alarmistes et aller chercher l’appui de la population. On se rend compte que ça n’aide pas aux tables de négociation, ça crée des braquages et des gens en colère. »

Mélanie Laroche, professeure en relations industrielles, Université de Montréal, le 6 décembre 2023. (Source : La Presse)

Tôt lundi matin, avant cette sortie de la ministre LeBel, nous étions certains que le retour en classe était imminent. Sincèrement, il y avait de la joie et de la bonne humeur sur les lignes de piquetage. Nous avons brutalement été ramenés à la réalité.

C’est mercredi soir que nous avons vécu la seconde déception : l’annonce de l’offre de bonification salariale de 12,7 % sur cinq ans (16,7 % pour une infime minorité d’employés du secteur public). Selon les prédictions rapportées par plusieurs médias, l’inflation pour cette même période devrait atteindre 18,1 %.

D’abord, comme je l’indiquais dans mon billet du 24 novembre dernier 2, la question salariale ne constitue qu’un élément parmi d’autres dans nos revendications. Malgré le fait que notre rémunération se situe bien en deçà de la moyenne canadienne, nous ne réclamons dans le contexte actuel qu’une indexation au taux d’inflation. Là-dessus, je rappelle qu’à l’automne 2022, les députés se sont voté une hausse salariale de 30 %, pas sur cinq ans, mais sur un an. Je rappelle également qu’en septembre dernier, ce gouvernement offrait une augmentation de 21 % aux policiers de la Sûreté du Québec. Préalablement acceptée en entente de principe, l’offre a finalement été rejetée quand les syndiqués se sont prononcés dessus.

Donc, les députés s’octroient 30 % sur un an, les policiers refusent 21 % sur cinq ans et on n’offre que 12,7 % aux enseignantes et enseignants.

Je reprends mon « Je ». La déception était certes collective, mais après deux semaines de grève du personnel affilié à la FAE, à l’aube d’une grève de six jours du front commun qui viendra fermer toutes les écoles encore ouvertes, si le gouvernement n’offre que 12,7 % un 6 décembre, il est clair à mon esprit que c’est parce qu’il est déterminé à faire perdurer les négociations jusqu’après la période des Fêtes. Je l’ai mentionné dans mon dernier billet et j’ai continué de le constater cette semaine, l’appui de la population à notre cause est toujours aussi fort. Cette stratégie risque de coûter cher à François Legault.

1 Morasse, Marie-Ève. Grève du secteur public : Les interventions publiques « n’aident pas ». La Presse, Montréal. Le 6 décembre 2023.

2 Billet du 24 novembre 2023 : Journal de grève, 1re semaine.


Déformation professionnelle

La députée Christine Labrie est enseignante de formation. Elle s’est portée à la défense de ses ex-collègues à quelques reprises, cette semaine, à l’Assemblée nationale. Ce faisant, elle a employé une épithète que la présidence lui a demandé de retirer. Sur sa page Facebook, madame Labrie a demandé à ses abonnés de lui suggérer un synonyme. Elle s’est cependant permis une liberté que je me permets de dénoncer ici.

#LeProfCorrige (même quand il est en grève)

Ici, le Fac ne passe pas ! Personne ne devrait écrire comme il ou elle parle. On aurait pu utiliser plusieurs marqueurs de relation pour débuter la phrase. Donc, alors, ce qui fait que, etc. Le reste de sa publication demeure impeccable.

Et pour tout le reste, madame Labrie, je vous remercie ! 🙏


Dans mes écouteurs

Musique intéressante que celle du duo Babylones. Actif depuis une dizaine d’années, il vient de produire un deuxième album complet, Humains. Je vous propose la pièce Cannibale.

Babylones – Cannibale – Humains – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

On constate un bel élan de solidarité de la part de la population envers les enseignantes et enseignants en grève. Les médias l’ont maintes fois répété, nous ne disposons pas d’un fonds de grève. Cela signifie que nous ne recevons aucun salaire depuis le 23 novembre et cela perdurera jusqu’à notre retour en classe, quand la grève générale illimitée aura pris fin.

Si la situation actuelle est financièrement difficile pour nous tous, elle est précaire et déjà critique pour plusieurs. À l’initiative de citoyens, des groupes d’entraide se sont rapidement formés. Ce samedi, 9 décembre, les personnes désirant aider le personnel scolaire en grève pourront effectuer des dons (on évite l’argent) à différents endroits.

Il y a également moyen de contribuer en répondant à des besoins exprimés sur la page Facebook Entraide pour les profs en grève.