Billet du 4 décembre 2020 : Une semaine toute littéraire

Il faut souvent peu de choses pour semer le bonheur. Il y a quelques semaines, la directrice de l’école où j’enseigne, lors d’une rencontre avec mes élèves, leur suggérait d’écrire une lettre à leurs grands-parents et de la leur poster. Les communications ayant beaucoup évolué, le courrier personnel est pratiquement disparu de la réalité moderne. D’ailleurs, aucun de mes élèves, âgés de 11 et 12 ans, ne savait comment poster une lettre. Afin de favoriser les suites à sa suggestion, ma patronne m’a offert une roulette de timbres, dans les jours qui ont suivi.

J’ai donc saisi l’occasion pour démarrer ce projet d’écriture dans ma classe. Hier, nous avons marché jusqu’à une boîte postale située à proximité de l’école et chacun de mes 24 élèves a posté sa lettre. Au cours des prochains jours, autant de grands-parents ou de couples de grands-parents, isolés par les mesures sanitaires, recevront ces mots d’amour. Certains voleront jusqu’en France, au Brésil, au Maroc et en Haïti.

La magie de Noël demeure bien présente.


Dans le cours de français

Plusieurs événements liés à la littérature se sont déroulés, au cours des derniers jours. Outre le Salon du livre de Montréal, qui y est allé cette année d’une édition entièrement virtuelle, les prestigieux prix Goncourt et Renaudot ont été décernés cette semaine. Une première, le Renaudot 2020 de l’essai a été attribué à une Québécoise, Dominique Fortier, pour sa biographie de la poétesse Emily Dickinson. Le livre est intitulé Les villes de papier.


Dans le cours de français, deuxième période

Une association de libraires demande à des personnalités de diffuser une liste de suggestions de livres pour le congé des Fêtes. Parmi elles, le premier ministre du Québec, qui se plie volontiers à l’exercice. Ses suggestions de livres sont diffusées, au même titre que celles des autres personnalités impliquées. Mais comme l’actuel premier ministre n’a toujours pas reconnu que du racisme systémique était vécu au Québec, et aussi parce que parmi ses suggestions se trouve celle d’un auteur qui ne fait pas l’unanimité, l’association de libraires reçoit une série de menaces et d’invectives. Au point où elle décide de retirer les choix du premier ministre de sa liste de diffusion. Ce qui crée le tollé inverse. Les libraires reviennent donc sur leur décision, 24 heures plus tard, et diffusent de nouveau les choix du premier ministre.

C’est bien cela ?

Ah bon.


En tant que lecteur, je remercie François Legault pour sa liste littéraire, que je trouve fort intéressante. Oui, Mathieu Bock-Côté en fait partie. Et en effet, je suis plus souvent qu’autrement en désaccord avec ses positions que je trouve rétrogrades, exclusives et d’un nationalisme se rapprochant de celui des Le Pen. Mais je lis quand même Mathieu Bock-Côté ! Parce que, justement, je veux connaître et comprendre les arguments de celles et ceux dont les opinions diffèrent des miennes.

Quant à la position du premier ministre sur le racisme systémique, je propose d’en débattre sur une autre tribune que celle offerte par les libraires. Il me semble que ce serait plus pertinent.


Dans le cours de musique

Je fais une exception, cette semaine. Comme à l’habitude, j’irai de la présentation d’une musique toute québécoise. Cependant, plutôt que d’y aller avec une émergence artistique, je profiterai de l’espace que je m’offre chaque semaine pour rendre hommage au grand André Gagnon, décédé hier. Peu de gens le savent, mais André Gagnon est à l’origine de la musique de la plupart des chansons de La souris verte, une émission qui a bercé mon enfance. Il a passé sa carrière à composer des oeuvres originales ou à adapter celles d’autres compositeurs, comme Claude Léveillé, dans tous les styles. Son grand succès de l’album Neiges, Wow, s’inscrit dans la plus pure mouvance disco du milieu des années 1970. C’est toutefois un autre succès, tiré de l’album Le Saint-Laurent, que je vous propose en #musiquebleue. En hommage à un pianiste québécois de renommée mondiale, voici Un piano au soleil.


La bonne nouvelle de cette semaine

En septembre dernier, le chroniqueur Patrick Lagacé publiait un billet dans lequel il était question de deux frères jumeaux de 17 ans, originaires du Congo, qui pour suivre leurs cours à distance s’installaient aux abords d’une bibliothèque montréalaise, au froid, car c’était pour eux la seule manière de pouvoir bénéficier d’un réseau sans fil efficace. La chronique avait suscité une immense vague de réactions, de laquelle une campagne de sociofinancement a été mise sur pied afin de soutenir financièrement ces jeunes immigrants et leur mère.

La semaine dernière, Lagacé récidivait en publiant cette fois un reportage sur la mère des deux garçons. Plusieurs fois par an, notamment dans le cadre de cours d’univers social, je répète à mes élèves, exemples à l’appui, à quel point nous sommes chanceux de vivre ici, au Québec, au Canada. Non seulement le contenu de ce texte s’ajoutera-t-il à ma liste d’exemples, mais le courage et la volonté de cette mère d’offrir un bel avenir à ses fils est digne de mention dans ma rubrique de bonne nouvelle hebdomadaire.

Victime de violences au Congo, cette mère a profité d’une tournée au Canada de la troupe de danse dont elle faisait partie pour demander son statut de réfugiée. Les garçons, demeurés au Congo, étaient alors âgés de trois ans. Ils en avaient neuf lorsqu’après maintes démarches, leur mère les a revus, ici, à Montréal. Elle s’est rapidement adaptée à la vie québécoise en suivant, peu de temps après son arrivée, un cours pour devenir préposée aux bénéficiaire, métier qu’elle pratique depuis, toujours dans le même CHSLD. En ne maintenant qu’un lien téléphonique avec eux, elle s’est privée de la majeure partie de l’enfance de ses fils. Malgré cela, et malgré la rigueur de nos hivers, elle répond un franc « Jamais ! » à son interlocuteur, lorsqu’il lui demande si elle éprouve le moindre regret de se trouver maintenant ici.

De toute évidence, la force et la persévérance des fils sont tout droit héritées de leur mère.