Il y a quelque chose de frappant dans certaines prises de parole publiques récentes de Donald Trump. D’abord, le ton : abrupt, injurieux, vulgaire, souvent polarisé. Ensuite, les positions : affirmées avec force, parfois modifiées, puis réaffirmées autrement, sans que la complexité de la situation semble réellement intégrée. Peu importe ici le fond géopolitique, ce qui mérite attention, c’est la forme. Car la forme, en matière de communication humaine, n’est jamais neutre.
Depuis plusieurs décennies, des chercheurs comme John Bowlby1, Mary Ainsworth2, Daniel J. Siegel3 et Gordon Neufeld4 nous ont appris à regarder autrement ces manifestations. Non pas comme de simples traits de caractère, mais comme des expressions d’un certain degré de maturation du système émotionnel et relationnel. Chez l’enfant comme chez l’adulte, le développement du cerveau ne se mesure pas uniquement à l’intelligence ou au pouvoir. Il se lit dans la capacité à réguler ses émotions, à tolérer la frustration, à rester en lien malgré le désaccord, à intégrer la complexité sans la réduire à des oppositions simplistes.
Dans cette perspective, un langage chargé, une escalade verbale rapide ou une tendance à transformer toute situation en rapport de force peuvent être interprétés comme des réponses dominées par les circuits émotionnels immédiats. Siegel parlerait ici d’un manque d’intégration entre les systèmes émotionnels et les fonctions plus réflexives du cerveau. Neufeld, de son côté, verrait possiblement une difficulté à accéder à cette maturité qui permet d’assumer de reconnaître ses limites ou de composer avec l’incertitude sans devoir immédiatement la transformer en victoire ou en menace.
Les travaux de Bowlby et de Ainsworth ajoutent une couche supplémentaire à cette lecture. Ils montrent que, lorsque la sécurité relationnelle est fragilisée, l’individu peut adopter des stratégies de protection qui passent par le contrôle, la domination ou la mise à distance de l’autre. Dans un contexte politique, ces stratégies peuvent prendre la forme d’une confrontation, où l’autre n’est plus un interlocuteur, mais un adversaire à vaincre.
Bien sûr, il ne s’agit pas ici de poser un diagnostic à distance, ni de prétendre connaître l’histoire développementale d’un individu comme Trump. Mais ces modèles nous offrent un miroir. Ils nous permettent de reconnaître certaines tendances récurrentes, de les nommer, et surtout de réfléchir à ce qu’ils produisent dans l’espace public. Car au-delà des intentions, ce sont les effets qui comptent : montée de la tension, simplification des enjeux, difficulté à construire du commun.
Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Dans un monde complexe, interdépendant, traversé de crises multiples, la véritable force ne réside pas seulement dans la capacité d’imposer. Elle réside dans la capacité de contenir, de nuancer, de relier. Autrement dit, dans une forme de maturité qui n’a rien de spectaculaire, mais qui est profondément structurante. Cette semaine, à la lumière des prises de parole du président américain, cette distinction entre imposer et contenir prend un visage particulier.
Ce que ces chercheurs nous rappellent, c’est que le développement du cerveau humain ne s’arrête pas à l’enfance. Il se poursuit dans chaque situation de tension, dans chaque désaccord, dans chaque moment où une réponse est possible plutôt qu’une réaction.
Et à ce jeu-là, la puissance la plus impressionnante n’est pas toujours celle que l’on croit.
1 Bowlby, J. (1978). Attachement et perte. Volume 1 : L’attachement. Presses universitaires de France.
2 Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (2014). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Psychology Press.
3 Siegel, D. J. (2021). Le cerveau de l’enfant (nouvelle éd.). Les Arènes.
4 Neufeld, G., et Maté, G. (2013). Retrouvez votre rôle de parent : pourquoi les parents doivent compter plus que les pairs. Éditions de l’Homme.
Dans mes écouteurs
Le plus récent album de La Zarra, Der Himmel, m’apparaît comme une œuvre de libération, à la fois fragile et affirmée, où l’artiste se défait des attentes pour retrouver sa propre voix. On y traverse une trajectoire intime, du doute à la lumière, portée par une écriture plus personnelle et des influences musicales qui osent s’écarter des sentiers battus. Et cette voix… cette voix théâtrale, chaude, presque intemporelle, agit ici comme un fil conducteur qui donne sens à l’ensemble. Un album qui ne cherche pas à plaire d’abord, mais à être vrai, et c’est précisément ce qui le rend si agréable à écouter.
En #musiquebleue, voici la pièce titre.
La bonne nouvelle de cette semaine
Il y a des gestes qui parlent plus fort que bien des discours. Dans une époque où la place du français suscite régulièrement des débats au Québec, voilà qu’un dirigeant américain du baseball indépendant choisit, pour ses 50 ans, non pas le soleil de la Floride ni les lumières de Las Vegas, mais une semaine d’immersion en français, à Québec. Pendant plusieurs jours, Matt Shepardson s’est plongé dans la langue avec rigueur et humilité, enchaînant les heures d’apprentissage avec un objectif simple et profondément humain : être capable, un jour, d’échanger avec les partisans des Capitales de Québec dans leur langue. Un choix qui, à lui seul, témoigne d’un respect sincère envers la culture québécoise.
Ce qui frappe, au-delà de l’effort linguistique, c’est l’intention. Apprendre une langue, c’est tendre la main. C’est reconnaître l’autre. Et dans les bureaux comme dans les restaurants de Québec, ce geste n’est pas passé inaperçu. On raconte qu’un simple « merci » lancé en français a suffi à créer un lien, à ouvrir une porte, à susciter un sourire. Shepardson ne parle pas encore parfaitement le français, mais il progresse avec constance, porté par une volonté qui incite le respect. Et peut-être est-ce là la plus belle leçon : le respect ne se commande pas, il se mérite. Une phrase à la fois.
Source :
Lalancette, M. (2026, 29 mars). Une semaine d’immersion en français pour le numéro 2 de la Ligue Frontière. Le Soleil. https://www.lesoleil.com/sports/baseball/capitales/2026/03/29/une-semaine-dimmersion-en-francais-pour-le-numero-2-de-la-ligue-frontiere-DR3WQDWUVZGYBJ
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