Billet du 10 avril 2026 : Trump et la maturité émotionnelle

Il y a quelque chose de frappant dans certaines prises de parole publiques récentes de Donald Trump. D’abord, le ton : abrupt, injurieux, vulgaire, souvent polarisé. Ensuite, les positions : affirmées avec force, parfois modifiées, puis réaffirmées autrement, sans que la complexité de la situation semble réellement intégrée. Peu importe ici le fond géopolitique, ce qui mérite attention, c’est la forme. Car la forme, en matière de communication humaine, n’est jamais neutre.

Depuis plusieurs décennies, des chercheurs comme John Bowlby1, Mary Ainsworth2, Daniel J. Siegel3 et Gordon Neufeld4 nous ont appris à regarder autrement ces manifestations. Non pas comme de simples traits de caractère, mais comme des expressions d’un certain degré de maturation du système émotionnel et relationnel. Chez l’enfant comme chez l’adulte, le développement du cerveau ne se mesure pas uniquement à l’intelligence ou au pouvoir. Il se lit dans la capacité à réguler ses émotions, à tolérer la frustration, à rester en lien malgré le désaccord, à intégrer la complexité sans la réduire à des oppositions simplistes.

Dans cette perspective, un langage chargé, une escalade verbale rapide ou une tendance à transformer toute situation en rapport de force peuvent être interprétés comme des réponses dominées par les circuits émotionnels immédiats. Siegel parlerait ici d’un manque d’intégration entre les systèmes émotionnels et les fonctions plus réflexives du cerveau. Neufeld, de son côté, verrait possiblement une difficulté à accéder à cette maturité qui permet d’assumer de reconnaître ses limites ou de composer avec l’incertitude sans devoir immédiatement la transformer en victoire ou en menace.

Les travaux de Bowlby et de Ainsworth ajoutent une couche supplémentaire à cette lecture. Ils montrent que, lorsque la sécurité relationnelle est fragilisée, l’individu peut adopter des stratégies de protection qui passent par le contrôle, la domination ou la mise à distance de l’autre. Dans un contexte politique, ces stratégies peuvent prendre la forme d’une confrontation, où l’autre n’est plus un interlocuteur, mais un adversaire à vaincre.

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de poser un diagnostic à distance, ni de prétendre connaître l’histoire développementale d’un individu comme Trump. Mais ces modèles nous offrent un miroir. Ils nous permettent de reconnaître certaines tendances récurrentes, de les nommer, et surtout de réfléchir à ce qu’ils produisent dans l’espace public. Car au-delà des intentions, ce sont les effets qui comptent : montée de la tension, simplification des enjeux, difficulté à construire du commun.

Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Dans un monde complexe, interdépendant, traversé de crises multiples, la véritable force ne réside pas seulement dans la capacité d’imposer. Elle réside dans la capacité de contenir, de nuancer, de relier. Autrement dit, dans une forme de maturité qui n’a rien de spectaculaire, mais qui est profondément structurante. Cette semaine, à la lumière des prises de parole du président américain, cette distinction entre imposer et contenir prend un visage particulier.

Ce que ces chercheurs nous rappellent, c’est que le développement du cerveau humain ne s’arrête pas à l’enfance. Il se poursuit dans chaque situation de tension, dans chaque désaccord, dans chaque moment où une réponse est possible plutôt qu’une réaction.

Et à ce jeu-là, la puissance la plus impressionnante n’est pas toujours celle que l’on croit.

1 Bowlby, J. (1978). Attachement et perte. Volume 1 : L’attachement. Presses universitaires de France.

2 Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (2014). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Psychology Press.

3 Siegel, D. J. (2021). Le cerveau de l’enfant (nouvelle éd.). Les Arènes.

4 Neufeld, G., et Maté, G. (2013). Retrouvez votre rôle de parent : pourquoi les parents doivent compter plus que les pairs. Éditions de l’Homme.


Dans mes écouteurs

Le plus récent album de La Zarra, Der Himmel, m’apparaît comme une œuvre de libération, à la fois fragile et affirmée, où l’artiste se défait des attentes pour retrouver sa propre voix. On y traverse une trajectoire intime, du doute à la lumière, portée par une écriture plus personnelle et des influences musicales qui osent s’écarter des sentiers battus. Et cette voix… cette voix théâtrale, chaude, presque intemporelle, agit ici comme un fil conducteur qui donne sens à l’ensemble. Un album qui ne cherche pas à plaire d’abord, mais à être vrai, et c’est précisément ce qui le rend si agréable à écouter.

En #musiquebleue, voici la pièce titre.

La Zarra – Der Himmel – Der Himmel – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Il y a des gestes qui parlent plus fort que bien des discours. Dans une époque où la place du français suscite régulièrement des débats au Québec, voilà qu’un dirigeant américain du baseball indépendant choisit, pour ses 50 ans, non pas le soleil de la Floride ni les lumières de Las Vegas, mais une semaine d’immersion en français, à Québec. Pendant plusieurs jours, Matt Shepardson s’est plongé dans la langue avec rigueur et humilité, enchaînant les heures d’apprentissage avec un objectif simple et profondément humain : être capable, un jour, d’échanger avec les partisans des Capitales de Québec dans leur langue. Un choix qui, à lui seul, témoigne d’un respect sincère envers la culture québécoise.

Ce qui frappe, au-delà de l’effort linguistique, c’est l’intention. Apprendre une langue, c’est tendre la main. C’est reconnaître l’autre. Et dans les bureaux comme dans les restaurants de Québec, ce geste n’est pas passé inaperçu. On raconte qu’un simple « merci » lancé en français a suffi à créer un lien, à ouvrir une porte, à susciter un sourire. Shepardson ne parle pas encore parfaitement le français, mais il progresse avec constance, porté par une volonté qui incite le respect. Et peut-être est-ce là la plus belle leçon : le respect ne se commande pas, il se mérite. Une phrase à la fois.

Source :
Lalancette, M. (2026, 29 mars). Une semaine d’immersion en français pour le numéro 2 de la Ligue Frontière. Le Soleil. https://www.lesoleil.com/sports/baseball/capitales/2026/03/29/une-semaine-dimmersion-en-francais-pour-le-numero-2-de-la-ligue-frontiere-DR3WQDWUVZGYBJ


L’image d’en-tête a été générée par l’intelligence artificielle.


Billet du 17 décembre 2021 : Une tablée déjà plus grande

La situation a considérablement évolué en 48 heures. Mardi, si certains commençaient à évoquer un éventuel durcissement des restrictions sanitaires, bien malin qui aurait pu prédire qu’il surviendrait aussi rapidement.

En point de presse, jeudi soir, le premier ministre François Legault a confirmé que les calendriers scolaires du primaire allaient être respectés, tant pour le début des vacances des Fêtes que pour le retour en classe, en janvier. Pour moi comme pour la grande majorité de mes collègues enseignants, il s’agit d’une excellente nouvelle. Bien sûr, la lucidité opérant, nous sommes conscients que tout peut changer d’ici là. Mais espérer fait du bien.

Nous replongeons dans les restrictions alors qu’il y a quelques jours à peine, on nous faisait miroiter des rassemblements de 20 personnes pour les fêtes de Noël et du Nouvel An. Qu’à cela ne tienne, la population québécoise, de manière générale, comprend bien la situation. Elle peut décevoir, parfois décourager, mais plus nous y avançons, plus nous comprenons ce qui nous arrive et mieux nous sommes préparés pour affronter cette adversité. La semaine prochaine, nous serons une dizaine de membres de ma famille réunis autour d’une table. C’est déjà plus que l’an dernier. Et j’ose le croire, moins que l’an prochain.


Et je cite :

« Mes grands-parents ont connu la guerre 14-18, l’épidémie de 18, la crise de 29, et la guerre 39-45… Fait que notre COVID, c’est de la petite bière comparé à ça. Peut-on juste faire notre job et arrêter de nous plaindre de la perte temporaire de certains de nos privilèges ? »

André Ducharme, humoriste et animateur, le 16 décembre 2021.

Dans le cours de français

Cette semaine, j’ai eu à enseigner le prédicat à mes élèves de 6e année. Plus tôt cet automne, je leur avais appris le groupe verbal, aussi appelé le groupe du verbe. Difficile d’aborder ces deux notions, à quelques semaines d’intervalle, sans y perdre un groupe d’enfants de 11 et 12 ans.

Prenons la phrase suivante :

L’équipe de hockey joue devant des gradins vides.

Le verbe dans cette phrase est joue. Ce qui suit le verbe, devant des gradins vides, constitue le complément du verbe. Le verbe et son complément [joue devant des gradins vides] constituent le groupe verbal. Et le prédicat.

Si le groupe verbal et le prédicat sont constitués des mêmes mots, quelle est donc la différence entre les deux ? En termes simplifiés, le groupe verbal, c’est ce qu’il est, alors que le prédicat, c’est ce qu’il fait

Ce qu’il est : [verbe + complément du verbe] = groupe du verbe.
Ce qu’il fait : définit l’action posée par le sujet (ou ce qui lui est attribué) = prédicat.

Êtes-vous mêlés ? Imaginez les élèves !

Et je devrai bientôt leur expliquer la différence entre un complément du verbe et un complément de phrase.


Dans le cours de musique

Il y a une dizaine de jours, j’ai vu un reportage sur La Zarra, à la télévision de Radio-Canada. Cette artiste québécoise, née Fatima Zahra, m’était jusqu’alors inconnue, mais il semble qu’elle fasse un malheur en France. Avec son style original et sa voix puissante, elle mélange les genres et nous offre un contenu des plus intéressants. 

De son premier album, Traîtrise, voici la pièce Tu t’en iras. Il est possible que je revienne très prochainement avec une autre chanson de La Zarra !

La Zarra – Tu t’en iras – Traîtrise – #musiquebleue

Visionner le reportage de Radio-Canada sur La Zarra.


La bonne nouvelle de cette semaine

La réalité rejoint la fiction. On pourra bientôt substituer une mâchoire inférieure rongée par le cancer par un implant réalisé à l’aide d’une imprimante 3D. Autre aspect positif de l’histoire, c’est au Québec, précisément au CHU de Québec-Université Laval, que cette technologie a été développée. 

Santé Canada a autorisé la commercialisation de ces implants, en plus d’approuver l’approvisionnement de tous les hôpitaux canadiens qui en feront la demande. On prévoit également que la même technologie permettra sous peu le remplacement d’autres parties du corps humain. 

Lire la nouvelle diffusée par La Presse, le 2 décembre dernier.


Demeurons positifs !

Une septième, à leur 31e affrontement, jeudi soir !

(Merci à mon père pour le visuel)