Billet du 12 mars 2021 : Aux actes manqués

Source : Benneton

Il y a 28 ans, cette image sur une publicité de Benneton avait suscité la colère au Royaume-Uni, au point de causer des actes de vandalisme et autres représailles envers la compagnie. Où en est la société britannique à ce sujet, en 2021 ? Cette semaine, elle marchait sur des oeufs.

Dans le cours d’univers social

Certains éléments de l’histoire de la royauté britannique m’intéressent. Au-delà de ces quelques centres d’intérêt, disons qu’elle me laisse froid. Les mariages d’Henri VIII ont été à l’origine de la mort tragique, voire criminelle, de deux de ses épouses, en plus d’avoir directement mené au schisme anglican. Ce sont là des événements historiques qui se veulent pour moi captivants. Il en est tout autrement des mariages princiers des dernières décennies.

Pourtant, sans écouter l’entrevue donnée par le Prince Harry et Meghan Markle à Oprah Winfrey, j’en ai suivi les résumés dans les médias. Les allégations de racisme visant au moins un membre de l’entourage de la famille royale britannique pourraient changer le cours de l’histoire. Rappelons que ces allégations, qui concernaient la couleur de peau de l’enfant à naître de l’ex-couple princier, n’ont pas été admises par Buckingham Palace, mais n’ont pas été niées non plus. Seul le Prince William, frère de Harry, a jugé bon d’affirmer que la famille royale n’était pas raciste.

Quoi qu’il en soit, il semble que ceci ait pesé lourd dans la décision du couple de quitter l’entourage royal pour joindre la société civile. Devant le désarroi de son épouse, Harry a même avancé un parallèle avec sa mère, la Princesse Diana, malheureuse et décédée prématurément.

Les réactions suite à l’entrevue ont été nombreuses et allaient dans tous les sens. Personnellement, je n’ai pu m’empêcher de penser au film Arthur, avec Dudley Moore et Liza Minnelli. Ayant renoncé à la très imposante fortune familiale pour ne pas perdre celle qu’il aimait, Arthur, qui n’avait jamais connu autre chose que l’opulence, devait envisager une vie plus sobre et la transition se voulait maladroite et difficile. C’est vers ce genre de situation que se dirige Harry, lui qui doit se trouver maintenant un nom de famille. Son fils Archie, premier de la lignée à qui on a refusé le titre de prince, porte le nom de Mountbatten-Windsor, soit celui du Prince Phillip et celui de la famille de la Reine Elisabeth II.

La misère des riches ? J’adhère à autre chose qu’à cette théorie. On peut être riche et malheureux. Harry et Meghan cherchent à s’affranchir pour être heureux.


Dans le cours de mathématiques

Veuillez noter que j’ai rédigé ce bloc avant le match opposant le Canadien aux Flames de Calgary, hier soir.

J’ai jeté un coup d’oeil pour la première fois au classement de la Ligue nationale de hockey, cette semaine. Dans la division Nord, qui regroupe les sept équipes canadiennes, une colonne m’a sauté aux yeux : le Canadien de Montréal est l’équipe qui a subi le moins de défaites en temps réglementaire, avec six. Normalement, lorsque après 25 matchs on subit si peu de revers en temps régulier, on trône au sommet du classement. Ce qui est loin d’être le cas du Tricolore.

C’est que l’équipe a encaissé sept autres défaites en prolongation, ce qui ne leur laisse que 12 victoires cette saison, jusqu’à présent. Dans tous les sports, les équipes dominantes savent remporter les matchs serrés, ce qui de toute évidence n’est pas le cas de la formation montréalaise, qui cette saison présente une fiche de 2-1-7 lors des matchs dont les résultats se sont soldés par la marge d’un seul point.

C’est connu, lors des séries éliminatoires de la LNH, la première équipe qui parvient à remporter 16 victoires obtient le privilège de parader avec la Coupe Stanley. En 1993, année de la dernière Coupe remportée par le Canadien, l’équipe avait remporté 10 des 16 victoires en prolongation. En ce qui concerne les six autres victoires, deux avaient été remportées par la marge d’un point. Ce qui signifie que 12 des 16 victoires du CH, lors des séries de 1993, avaient été obtenues par la différence d’un seul but.

La situation de cette année est à l’opposé de ce qu’elle était en 1993. La bonne nouvelle, c’est qu’il reste encore du temps avant le début des séries éliminatoires et qu’il demeure possible de renverser la vapeur. Il suffit de peu.


Dans le cours d’éducation physique

Wilfried Nancy s’est incrusté dans les structures de l’Impact et du CF Montréal il y a plus de dix ans. Il y a travaillé honnêtement et loyalement, souhaitant obtenir un jour le poste d’entraîneur-chef avec le grand club. À travers les années, il en a vu quatre autres lui damer le pion et a toujours attendu patiemment son tour. On s’est finalement tourné vers lui.

Je lui souhaite de réussir avec brio. Pour moi, c’est l’histoire de Felipe Alou qui se répète. Le gars croupissait dans les filiales des Expos, attendant sa chance, alors que l’équipe semblait chercher toutes les raisons pour ne pas le nommer. Quand personne d’autre n’était disponible, on a enfin nommé Alou par intérim et cet intérim a duré dix ans. Et Felipe Alou revendique aujourd’hui la meilleure fiche de tous les gérants de l’histoire des Expos.

Wilfried Nancy et Dominique Ducharme, je souhaite longue vie à vos intérims respectifs, avec le CF Montréal et le Canadien de Montréal.


Et je cite :

« Merci à toutes les personnes oeuvrant en milieu scolaire: elles doivent être fières d’avoir réussi, au Québec, à maintenir nos écoles ouvertes. »

Égide Royer, psychologue et professeur à l’Université Laval, le 9 mars 2021.

Dans le cours de musique

Je renonce à comprendre les paroles des chansons de Barrdo ! On assemble quelques bouts de phrases pigées un peu partout, on s’assure de quelques rimes et, surtout, on accompagne le tout d’une mélodie accrocheuse qu’on branche sur un courant progressif rappelant celui des années 1970. Ce mélange hétéroclite constitue la recette de l’album [les] méandres de la soif, sorti en août dernier. L’écoute des dix pièces qui le composent nous ramène parfois aux sonorités de l’album Jaune, de Jean-Pierre Ferland. La chanson que j’ai choisie en #musiquebleue, aussi incohérente que les autres, est 4900$. Voici donc Barrdo.

Barrdo – 4900$ – [les] méandres de la soif – #musiquebleue

La bonne nouvelle de cette semaine

Pour une seconde fois en cinq semaines, la bonne nouvelle de mon billet hebdomadaire concerne Mikaël Kingsbury. En février, le skieur remportait une première épreuve lors de son retour à la compétition, après que des fractures à deux vertèbres l’eurent immobilisé durant quelques mois. Cette semaine, Kingsbury était sacré champion du monde, deux fois plutôt qu’une, lors des Championnats du monde de ski acrobatique tenus au Kazakhstan. Après un premier triomphe en simple, lundi, l’athlète de Deux-Montagnes a remis ça le lendemain, atteignant de nouveau la plus haute marche du podium, cette fois lors de l’épreuve des bosses en parallèle.

Ces deux victoires constituent d’excellentes nouvelles pour Mikaël Kingsbury, tant pour son palmarès que pour sa santé. Et la fierté qui l’habite rejaillit sur la population québécoise.


Billet du 24 avril 2020 : Éloignement physique, qu’en pensez-vous ?

Dans le cours de français

Quand on parle de COVID-19, quel genre doit-on employer ?

Dans les médias francophones canadiens, on utilise le féminin. Les médias français, de leur côté, utilisent les deux genres, mais penchent plutôt vers le masculin. Alors, doit-on parler du COVID-19 ou de la COVID-19 ?

L’Office québécois de la langue française constitue le seul organisme linguistique à avoir statué sur la question, et il a opté pour le féminin. Ses raison sont clairement expliquées et je les résume ici. D’abord, COVID-19 est la contraction de Coronavirus Disease 2019, que l’on traduit par maladie à coronavirus 2019. Déjà, maladie étant un nom féminin, on dit naturellement la maladie à coronavirus. D’où la COVID-19.

En France, aucun organisme ne s’est officiellement prononcé. Toutefois, coronavirus étant un nom masculin, l’usage outre-mer a étendu son genre à la contraction COVID-19. C’est pourquoi les Français ont d’abord adopté massivement le masculin, avant que quelques scientifiques, ainsi que le site Éduscol, ne commencent à utiliser le féminin.

Qu’est-ce qui a donc pu les inciter à modifier le genre ? C’est simplement que l’Organisation mondiale de la Santé, dans sa littérature rédigée en français, a officiellement adopté le féminin, évoquant les mêmes arguments que l’Office québécois de la langue française.

#LeProfCorrige

Ici, bien qu’aucune position officielle n’ait été adoptée par les autorités linguistiques de France, on aurait dû lire « les quelque 500 morts quotidiens de la COVID-19 », plutôt que « les quelque 500 morts quotidiens du covid ». Aussi, le sigle n’ayant pas encore été lexicalisé, les majuscules s’imposent (Source).

Viens-je vraiment de reprendre Bernard Pivot sur une question de grammaire ? J’ai chaud, tout à coup. J’ai très chaud !

Dans le cours d’univers social

De toute évidence, plusieurs enseignantes et enseignants du Québec seront appelés à reprendre du service sur leur lieu de travail, d’ici la mi-mai. L’annonce officielle devrait en être faite la semaine prochaine. Le premier ministre s’est cependant avancé en mentionnant que d’ici l’été, l’école serait optionnelle pour les élèves.

J’ai hâte de voir le plan dans son ensemble. Actuellement, je maintiens des contacts quotidiens avec mes élèves, à partir d’activités que je leur fais parvenir et pour lesquelles je leur donne une rétroaction. Et je garde un contact hebdomadaire avec la classe, via une vidéoconférence à laquelle nous participons à chaque début de semaine. Me sera-t-il possible de maintenir ces liens et activités en me présentant en classe avec une partie de mon groupe seulement ?

Égide Royer, une des plus grandes sommités québécoises en matière d’éducation et d’enseignement, insiste pour qu’un éventuel retour à l’école avant septembre ne s’effectue qu’en suivant un motif pédagogique. Il laisse entendre que ce ne serait toutefois pas le cas, se basant sur les informations que François Legault a laissé filtrer, et que les écoles seraient transformées en garderies, le temps de quelques semaines. Il recommande plutôt que le gouvernement du Québec utilise le reste du printemps et l’été pour s’assurer que le corps enseignant dispose de compétences suffisantes pour la formation à distance. Parallèlement, il recommande qu’on s’assure que chaque élève reçoive un outil technologique adéquat pour suivre ses cours à partir de la maison.

Tout porte à croire qu’en effet, les enseignantes et les enseignants seront appelés à jouer un rôle qui s’apparentera plus à celui des éducatrices et éducateurs en milieu de garde qu’au leur. Si ce scénario se confirme, je demande seulement au premier ministre la même franchise envers nous qu’envers les médecins spécialistes, la semaine dernière, lorsqu’il leur a expressément demandé d’effectuer un travail d’infirmière ou de préposé aux bénéficiaires, dans les CHSLD. Cette franchise me donnerait l’impression de contribuer au plan de reprise de façon utile. Et nous serions plusieurs à le prendre positivement, j’en suis convaincu.

Dans le cours de français, deuxième période

Suite à mon billet de la semaine dernière, une amie me demandait mon avis sur l’expression distanciation sociale. Elle mentionnait ne l’avoir jamais entendue avant l’actuelle crise. Je ne crois pas l’avoir lue ou entendue auparavant non plus.

Je me souviens cependant qu’au début du confinement, un intervenant à la télévision indiquait qu’il fallait plutôt parler de distanciation physique, car les interactions sociales demeuraient possibles, notamment grâce aux moyens électroniques.

Alors d’où partons-nous ?

Il faut d’abord savoir que le mot distanciation implique un recul ou un repli de soi face à quelque chose d’abstrait, comme un événement. C’est comme la distinction nécessaire entre les verbes distancer et distancier. Distancer ou se distancer sous-tend l’augmentation d’un écart physique entre des personnes, des objets ou les deux. Alors que distancier, plus souvent qu’autrement employé à sa forme pronominale se distancier, signifie prendre ses distances devant quelque chose qui n’est pas physique, comme les paroles de quelqu’un, par exemple.

Selon l’Office québécois de la langue française, le nom distanciation est directement relié au verbe (se) distancier.

En toute logique, ceci vient donc invalider l’expression distanciation physique, étant donné qu’il est impossible à une distanciation d’être physique.

Peut-elle être sociale, maintenant ? Comme l’adjectif social est lié au nom société, il faut se demander jusqu’à quel point ce nom est concret ou abstrait. Dans le cas qui nous occupe, c’est plutôt concret. La logique voudrait donc, encore une fois, que l’expression distanciation sociale soit incorrecte.

Par quoi pourrait-on la remplacer ? Je ne suis pas linguiste, mais j’opterais pour éloignement physique.

Dans le cours de musique

J’ai aimé la voix et le style de Beyries dès ma première écoute d’une de ses interprétations. Son histoire n’est pas banale. Malgré le fait qu’elle ait, depuis son plus jeune âge, composé des chansons, elle les conservait pour elle, sans jamais les enregistrer. Elle destinait sa carrière à un autre domaine lorsqu’elle fut frappée, dans la vingtaine, par un cancer du sein. Durant ses traitements, elle a exprimé ses émotions à travers notes et poésie, produisant ainsi son premier album, Landing, sorti en 2017. S’ensuivit un excellent album éponyme, en français, en 2018. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est une chanson tirée d’un monoplage lancé le 7 avril dernier, Out of Touch.

Beyries est originaire de Montréal. #musiquebleue (Source)

La bonne nouvelle de cette semaine

Cette semaine, j’ai moins envie de vous transmettre une bonne nouvelle que de souligner trois beaux gestes. Trois personnes qui ont trouvé le moyen de se rendre utiles durant ce temps de pandémie. Trois personnes qui font la différence pour des gens âgés, pour des jeunes, pour des travailleuses et des travailleurs de la santé.

D’abord, Saïd Akjour. Il est un survivant de l’attentat à la grande mosquée de Québec. Atteint d’une balle tirée par l’auteur de la fusillade, le 29 janvier 2017, il a pu reprendre une vie presque normale, malgré une vive douleur chronique qui continue de l’accabler. Cet ex-enseignant est très occupé, par les temps qui courent. En effet, il agit comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de la Vieille Capitale. Son histoire a été relatée sur lapresse.ca, plus tôt cette semaine. Son dévouement est remarquable.

Ensuite, Marie-Ève Lévesque. Enseignante dévouée, elle a pris le taureau par les cornes dès le début de la période de confinement et a créé La classe en ligne, un lieu où elle donne quotidiennement des capsules pédagogiques pour tous les élèves du primaires. Avant la mise en circulation des trousses hebdomadaires du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, bien avant la réquisition des ondes de Télé-Québec, Marie-Ève Lévesque offrait un service similaire pour tous les élèves québécois âgés entre six et douze ans. Voilà une action proactive qui mérite d’être soulignée.

Finalement, une autre action proactive à souligner est celle du député et ex-hockeyeur professionnel Enrico Ciccone. Dès les premiers appels à la mobilisation, non seulement s’est-il porté volontaire pour aider en CHSLD, mais il a également encouragé et obtenu des membres de son personnel de circonscription qu’ils fassent de même. Avant sa première affectation, Enrico Ciccone avait déclaré publiquement qu’il était prêt à exécuter des tâches ménagères si c’était ce qu’on demandait de lui. Il a finalement fait plus. Beaucoup plus. Il en est resté marqué et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il a raconté cette première expérience, sur les ondes de RDI.

Je le mentionnais il y a quelques semaines, la situation actuelle fait souvent ressortir le meilleur de l’être humain. La solidarité s’exprime, comme les constats d’iniquités. La prise de conscience est réelle et plusieurs, comme Madame Lévesque, comme Messieurs Akjour et Ciccone, comme plusieurs autres, n’attendent pas qu’on leur donne la formation de pompier pour sauter sur les lances et arroser l’incendie. Chapeau à vous tous.