Le 30 avril, il y a précisément une semaine, passait presque inaperçue la Journée de la non-violence éducative. Elle nous arrive avec un accent très européen, portée par des débats, des lois et des références qui ne sont pas précisément les nôtres. Pourtant, ce qu’elle soulève traverse l’Atlantique sans perdre de sa force. Au Québec aussi il demeure nécessaire de réfléchir à ces gestes que l’on a longtemps rangés dans la catégorie vague de « l’éducation » : les cris, les humiliations, les menaces, les paroles qui rabaissent, les punitions qui isolent plus qu’elles n’accompagnent. Ce ne sont pas toujours des gestes spectaculaires. Ce sont parfois de petites habitudes, héritées d’une époque où l’on confondait encore trop facilement autorité et domination.
La difficulté est de nommer clairement les choses sans les diluer. Il existe une différence entre l’adulte qui, par fatigue, maladresse ou héritage éducatif, reproduit un geste qu’il doit apprendre à abandonner, et celui qui installe la peur comme mode de relation. Cette distinction ne doit jamais servir à excuser l’inacceptable. Elle doit plutôt nous obliger à tenir une ligne claire : aucun enfant ne devrait avoir à grandir sous les cris, les menaces, l’humiliation ou la violence. L’intention de l’adulte peut aider à comprendre une situation, mais elle ne suffit pas à en effacer les effets. L’enfant, lui, reçoit d’abord le geste, la parole, le regard. C’est à partir de cela qu’il se construit ou qu’il se protège. Il ne juge pas l’intention qui se trouve derrière l’intervention : il en absorbe d’abord la charge affective, le sentiment de sécurité ou d’insécurité, puis les traces que cette expérience laisse dans sa manière d’entrer en relation avec l’adulte.
Dans nos écoles, dans nos familles, dans les services de garde et dans tous les lieux où grandissent les enfants, cette journée du 30 avril peut donc devenir autre chose qu’une date symbolique. Elle peut être une invitation à ralentir avant de réagir, à distinguer la fermeté de la dureté, à remplacer le réflexe de punir par le souci de comprendre, puis d’accompagner. La non-violence éducative n’est pas une éducation molle. C’est une éducation exigeante, parce qu’elle demande à l’adulte de demeurer adulte au moment précis où l’enfant, lui, n’y arrive pas encore. Et c’est peut-être là, dans cette présence stable, bienveillante et sainement ferme, que commence véritablement l’éducation.
Dans mes écouteurs
L’Herbier est un trio instrumental montréalais qui mérite qu’on tende l’oreille, ne serait-ce que pour l’originalité de sa proposition : faire dialoguer la musique traditionnelle, le folk acoustique et l’imaginaire des plantes médicinales. Porté par le violon et les compositions de Laetitia Francoz-Lévesque, l’accordéon de Pascal Demalsy et la mandoline brésilienne d’Enzo Lord-Mariano, le groupe crée une musique à la fois enracinée et délicate, où chaque instrument semble avoir sa propre manière de respirer. Son premier album, simplement intitulé L’Herbier, prolonge cette idée avec une série de pièces inspirées notamment de l’ortie, de l’armoise, du millepertuis, de la rose ou de la camomille. L’ensemble donne un album chaleureux, soigné et cohérent, qui se découvre comme une courte promenade musicale parmi des plantes familières auxquelles le trio prête une voix nouvelle.
Voici la pièce Ortie.
La bonne nouvelle de cette semaine
Le Québec ajoute quatre nouvelles étoiles à son ciel gastronomique, et il y a quelque chose de réjouissant à voir nos tables rayonner ainsi. Dans la nouvelle sélection du Guide Michelin, l’Auberge Saint-Mathieu, Hoogan et Beaufort, Le Clan et Sushi Nishinokaze rejoignent le cercle des restaurants étoilés, pendant que Tanière³ demeure le seul établissement québécois couronné de deux étoiles. Derrière ces distinctions, on devine des équipes entières, des gestes répétés mille fois, des produits choisis avec soin, des rêves tenus à bout de bras et servis, un soir après l’autre, dans une assiette.
Cette bonne nouvelle a aussi le mérite de raconter un Québec gourmand qui s’élargit. Montréal, Québec, la Mauricie, Rimouski, Baie-Saint-Paul, Sainte-Anne-de-Beaupré, Drummondville, Piedmont et Sainte-Marie apparaissent dans cette cartographie savoureuse où les grandes tables côtoient les adresses Bib gourmand. On y voit des chefs, des sommeliers, des serveuses et des artisans de l’accueil recevoir une reconnaissance qui dépasse leur salle à manger. Le Québec ne fait pas que manger mieux : il se raconte mieux, avec ses terroirs, ses audaces tranquilles et son sens de la fête. Voilà une étoile qui donne faim !
L’image d’en-tête a été générée par Nano Banana.

